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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402444

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402444

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, M. D C, représenté par

Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour à titre exceptionnel en qualité de salarié, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;

2°) d'ordonner au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois, subsidiairement, de procéder à son réexamen dans un délai de huit jours et, en tout état de cause, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Moulin en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve par cette dernière de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour et la mesure d'éloignement :

- les décisions sont insuffisamment motivées faute de mentionner la durée de son expérience professionnelle ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie de sa présence depuis l'année 2018 ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle porte atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de l'admettre au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Misslin, substituant Me Moulin, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né le 6 septembre 1990, a sollicité le 13 décembre 2023 son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus de séjour et d'éloignement :

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police, telles que les décisions prises en matière de séjour des étrangers en France, doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision attaquée vise notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne avec suffisamment de précision, les circonstances de fait relatives à la situation familiale et personnelle de M. C sur lesquelles elle est fondée. L'arrêté précise ainsi le parcours migratoire de l'intéressé ainsi que les rejets successifs des demandes d'asile qu'il a présenté à son arrivée en France et le précédent refus de séjour assorti d'une mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Le préfet, après avoir relevé que l'intéressé ne justifie d'aucun visa long séjour, précise que la présentation d'un contrat de travail à un poste de commis de cuisine ne peut être considéré comme un motif exceptionnel d'admission au séjour Dans ces conditions, et alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, l'arrêté comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait telles qu'exigées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et permettent à l'intéressée de la contester utilement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit par suite être écarté.

4. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le préfet de l'Hérault a examiné la situation d'ensemble de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, à supposer même que le préfet ait, à tort, refusé de tenir pour établi la présence de M. C en France de 2018 à 2022, alors qu'il justifie avoir été hébergé dans un centre d'acceuil pour demandeur d'asile et avoir perçu l'allocation pour demandeur d'asile entre les mois de septembre 2017 et les mois d'avril 2021, il resosrt des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision s'il n'avait pas fait état de ce motif. Le moyen tiré de l'erreur de fait sera, dès lors écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Le requérant se prévaut d'une part de sa présence en France depuis l'année 2018 et de ce qu'il exerce une activité professionnelle en qualité de commis de cuisine dans la société l'Oranaise à Montpellier depuis le 21 juin 2023. Toutefois, et même en retenant sa durée de présence alléguée sur le territoire, il est constant que M. C, qui est célibataire et sans charge de famille en France, dispose d'attaches dans son pays d'origine où résident son épouse et leurs trois enfants et où il a conservé des attaches familiales. Par ailleurs, l'insertion professionnelle revendiquée par le requérant, qui ne conteste pas exercer son travail sans autorisation, demeure insuffisante à la date de la décision attaquée. Eu égard aux conditions de son séjour en France et aux liens qu'il conserve dans son pays d'origine, le moyen tiré de la violation des stipulations et dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

9. Si M. C se prévaut de la durée de son séjour, et de son expérience professionnelle acquise en qualité de commis de cuisine, métier en tension, il résulte de ce qui a été exposé au point 7 que ces circonstances ne permettent pas de caractériser une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à justifier une régularisation de son séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de cet article doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article 8 de la même convention prévoit que : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. C, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées, n'établit pas qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Par ailleurs, il résulte des éléments développés au point 7. du présent jugement que le requérant n'établit pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux alors qu'il a vécu la majeure partie de sa vie en Guinée où il n'allègue pas être isolé. Dès lors, c'est sans méconnaitre les stipulations précitées que le préfet a pu fixer la Guinée comme pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour d'une durée d'une année :

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C, dirigées contre la décision refusant de l'admettre au séjour et décidant de son d'éloignement, sont rejetées. Dès lors, ce dernier ne peut se prévaloir de l'irrégularité de cette décision pour soutenir l'irrégularité, par voie de conséquence, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 20 décembre 2023 pris à son encontre doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D C, à Me Moulin et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

A. B Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 juillet 2024.

La greffière,

M. A

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