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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402513

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402513

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantSEIGNALET MAUHOURAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I Par requête et mémoire, enregistrés les 30 avril et 13 mai 2024 sous le n° 2402512, Mme F E, représentée par Me Seignalet Mauhourat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aude lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, et a fixé le délai de départ et le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour vie privée ou salarié ou de réexaminer sa demande, dans un délai de 15 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la signataire de l'arrêté est incompétente ;

- l'arrêté est entaché de défaut d'examen réel et sérieux de sa situation familiale et professionnelle ;

- l'arrêté méconnait l'article L435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le pouvoir de régularisation du préfet ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par mémoire, enregistré le 11 juin 2024, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués sont infondés.

II Par requête, enregistrée le 30 avril 2024 sous le n° 2402513, M. A C, représenté par Me Seignalet Mauhourat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de l'Aude lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, et a fixé le délai de départ et le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour vie privée ou salarié ou de réexaminer sa demande, dans un délai de 15 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il invoque les mêmes moyens que dans la requête précédente.

Un mémoire, enregistré le 14 juin 2024, postérieurement à la clôture d'instruction a été produit pour le préfet de l'Aude.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rabaté a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par ces deux requêtes, Mme E et son époux, M. C, ressortissants albanais nés respectivement les 20 novembre 1987 et 29 avril 1983, entrés irrégulièrement en France le 25 aout 2017, dont la demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile les 2 février et 12 juillet 2023, 21 novembre 2017 et 10 juillet 2018, et qui ont fait l'objet d'arrêtés d'éloignement qu'ils n'ont pas exécutés, demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 25 mars 2024 par lesquels le préfet de l'Aude leur a refusé l'admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire français, et a fixé le délai de départ et le pays de renvoi. Ces requêtes étant relatives aux membres d'une même famille et présentant à juger les mêmes questions, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. La signataire des arrêtés, la secrétaire générale de la préfecture, Mme B D, avait reçu délégation par un arrêté du préfet de l'Aude n° DPPPAT-BCI-2023-069 du

11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, accessible tant au juge qu'aux parties, à l'effet de signer, notamment, tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur des arrêtés doit donc être écarté.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les arrêtés soient entachés de défaut d'examen réel et sérieux de la situation familiale et professionnelle des intéressés.

4. En vertu de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Les faits que Mme E ait disposé d'un contrat à durée indéterminée comme cuisinière de novembre 2022 à octobre 2023 et que son époux travaille comme menuisier depuis novembre 2021 ne permettent pas, à eux-seuls, de considérer qu'ils feraient état de motifs exceptionnels justifiant que le préfet mette en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour leur délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

6. En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si les intéressés se prévalent de leur durée d'installation en France, depuis août 2017, ils n'y ont été admis qu'au titre de l'asile, lequel leur a été refusé, et s'y sont maintenus irrégulièrement. Rien ne fait obstacle à ce que leurs trois enfants les accompagnent en Albanie, où ils pourront poursuivre leur scolarité et où la famille n'est pas isolée. Par suite, et même si les intéressés sont insérés socialement et professionnellement sur le territoire et si leurs enfants ont de bons résultats scolaires, le moyen tiré de la violation de l'article cité au point précédent sera écarté.

8. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de leur situation

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des recours, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, et celles relatives à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes de Mme E et de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à M. A C, et au préfet de l'Aude.

Délibéré à l'issue de l'audience du 17 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Doumergue, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

C. Doumergue

La greffière,

A-L. Edwige

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 juillet 2024.

La greffière,

A-L. Edwige

N° 2402512, 2402513

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