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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402537

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402537

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHAVRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 31 mai 2024, et des pièces complémentaires non communiquées, enregistrées le 1er, 10 et 11 juin 2024, M. A B, représenté par Me Barnabé Chavrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa présence continue et ininterrompue sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son activité professionnelle sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses attaches personnelles sur le territoire français.

- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental.

Sur la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 27 mai 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mai 2024.

Les pièces complémentaires, enregistrées les 1er, 10 et 11 juin, ont été présentées pour M. B par Me Chavrier, après clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand ;

- et les observations de Me Chavrier représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

2. M. B, ressortissant italien, né le 1er janvier 1999 et qui déclare être entré en France en 2019, demande l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2024 notifié le 30 avril 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Ceux de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile disposent: " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : (); / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (). / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné, le 18 avril 2024, par le tribunal correctionnel de Perpignan à une peine d'un an d'emprisonnement dont huit mois avec sursis probatoire pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un PACS et violence aggravée par deux circonstances, suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours. Si M. B soutient qu'il ne présente pas de risque de récidive, compte tenu des faits en cause et du caractère extrêmement récent de sa dernière condamnation, le préfet des Pyrénées-Orientales a pu estimer, alors même que l'intéressé dispose d'une promesse d'embauche, qu'il prétend résider de manière régulière et interrompue sur le territoire français depuis 2019 et attendre deux enfants français de deux mères différentes, que sa présence de en France constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, c'est sans méconnaître l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision de diverses erreurs manifestes d'appréciation que le préfet des Pyrénées-Orientales a pu prendre la décision en litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ". En vertu de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

6. En premier lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire vise les motifs de droit et de faits qui en constituent le fondement, au vu de l'examen de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et, comme le souligne le préfet en défense, que la décision portant refus de départ volontaire est fondée sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les articles précités ni même entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en caractérisant une menace pour l'ordre public.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseur le plus ancien,

Mme Bayada La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier 20 juin 2024

La greffière,

M-A. Barthélémy

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