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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402632

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402632

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRENVERSEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 juin 2024, Mme D A B, représentée par Me Renversez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative, le réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 30ème jour suivant la notification du jugement à intervenir si la décision de refus de séjour ou d'obligation de quitter le territoire devait être annulée pour un motif de forme ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour si la décision de refus de séjour ou d'obligation de quitter le territoire devait être annulée pour un motif de fond et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 30ème jour suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, l'effacement de son inscription dans le système d'information Schengen et tout autre fichier interne mentionnant avoir été en situation irrégulière ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- en ne tenant pas compte des circonstances particulières propre à sa situation permettant de la dispenser d'un visa long séjour, le préfet a commis une erreur d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter des observations préalables à la décision fixant le pays vers lequel elle serait éloignée ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- devant effectuer un stage à l'étranger, la mesure de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui a pour conséquence de rendre impossible l'obtention d'un visa d'entrée dans l'espace Schengen, constitue une mesure d'expulsion automatique de cet espace ;

- la durée fixée à trois mois est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de 1'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les observations de Me Renversez, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A B, née le 26 septembre 2002 à Tunis, de nationalité britannique, est entrée en France le 23 novembre 2022 sous couvert de son passeport biométrique. Inscrite pour l'année 2023/2024 à une formation de BTS commerce international à l'école Supérieure de Commerce de Gestion (ESICAD) de Montpellier, elle a sollicité, le 19 mars 2024, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 15 avril 2024, dont Mme A B demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui accorder le titre de séjour sollicité, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a assorti sa décision d'une interdiction de retour d'une durée de trois mois.

Sur les conclusions en annulation :

Sur le refus de séjour :

2. L'arrêté contesté a été signé, pour le préfet de l'Hérault, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général. Par arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, accessible aux parties et au juge, et produit aux débats, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. C, à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault sous réserve d'exceptions n'incluant pas les décisions en litige. Alors que l'arrêté prévoit expressément que sont notamment concernés tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers, cette délégation habilitait M. C à signer l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. L'arrêté attaqué vise, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ses articles 3, 6 et 8, ainsi que les dispositions des articles L. 411-2, L. 422-1, L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 3° et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à Mme A B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

5. Mme A B, entrée en France à l'âge de vingt ans, n'entre pas dans le champ de la dérogation prévue au deuxième alinéa de l'article précité et est dépourvue de visa de long séjour. Dans ces circonstances, le préfet de l'Hérault a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour précité.

6 Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault ne s'est pas borné à lui refuser l'admission au séjour sur le seul motif de l'absence de visa de long séjour mais qu'il a également pris en compte la situation d'ensemble de Mme A B telle qu'elle lui en avait donné connaissance et a examiné s'il pouvait lui être délivré un titre de séjour à un autre titre en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard Mme A B ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 26 mars 2002 des ministres de l'emploi et de la solidarité, de l'intérieur et de l'éducation nationale relative aux conditions d'entrée et de séjour en France des étudiants étrangers et aux modalités de renouvellement des cartes de séjour " étudiant ", laquelle se borne à formuler des recommandations et est dépourvue de valeur réglementaire. Par suite, Mme A B n'est pas fondée à soutenir qu'en ne tenant pas compte des circonstances particulières propre à sa situation permettant de la dispenser d'un visa long séjour, le préfet aurait commis une erreur d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Sur le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. "

10. Il ne ressort pas de ces dispositions selon lesquelles le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, que Mme A B aurait dû être invitée à présenter des observations préalables à la décision fixant le pays de renvoi.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

12. Il résulte de ces dispositions que l'autorité préfectorale a la faculté de prendre une interdiction de retour à l'encontre d'un étranger disposant d'un délai de départ volontaire. Il incombe, dès lors, à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que l'autorité préfectorale a apprécié la possibilité d'édicter une telle interdiction en se fondant sur les circonstances que Mme A B ne justifie pas de circonstances humanitaires, qu'elle est entrée en France le 23 novembre 2022, que ses liens familiaux en France ne sont pas établis et qu'elle ne démontre pas être démunie d'attache familiales dans son pays d'origine, que l'intéressée n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement antérieure et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public. En tenant compte de ces éléments, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en prenant à son encontre une mesure d'interdiction de retour en France ni de disproportion en limitant sa durée à trois mois sur les deux années possibles.

14. Si Mme A B soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français conduit à une expulsion automatique de l'ensemble de l'espace Schengen pour cette même durée du fait de son inscription dans le système d'information Schengen, cette inscription, qui n'est qu'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, est sans incidence sur la légalité de cette décision.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D A B, au préfet de l'Hérault et à Me Renversez.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charvin, président,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

Le président,

J. CHARVIN

La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 juillet 2024

La greffière,

C. Arce

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