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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402678

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402678

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTOUMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, et un mémoire, enregistré le 18 juin 2024, qui n'a pas été communiqué, Mme A B, représentée par Me Toumi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation quant au caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'irrégularité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 31 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête :

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,

- et les observations de Me Toumi, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 29 mai 2000, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, tant accessible au juge qu'aux parties, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. P., secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer notamment tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 28 décembre 2019 pour y poursuivre des études supérieures en BTS gestion de la PME pour 2019/2020, mais a échoué aux examens. Elle s'est ensuite inscrite à une formation en thanatopraxie pour 2020/2021 sans obtenir de diplôme, s'est orientée vers une formation d'accompagnatrice éducative et sociale pour 2021/2022 mais sans succès et sans justifier des motifs de santé qu'elle allègue, n'a poursuivi aucun cursus en 2022/2023, et enfin est inscrite depuis septembre 2023 à un diplôme universitaire " éthique et prévention dans l'accompagnement de la personne âgée " qui peut entièrement être suivi à distance. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a commis aucune erreur de droit ou d'appréciation en refusant de renouveler le certificat de résidence " étudiant " de Mme B en raison de l'absence de progression et de cohérence des études poursuivies.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre ou à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France fin 2019 pour y poursuivre des études et n'avait pas vocation à demeurer sur le territoire national. Si elle indique avoir noué une relation sentimentale, elle n'apporte aucun justificatif à l'appui de ses allégations et doit donc être regardée comme célibataire et sans charge de famille. Si elle fait valoir que sa sœur est une ressortissante française, elle n'établit pas être dénuée d'attaches familiales au Maroc, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant la décision querellée et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, le moyen fondé sur l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

M. Lauranson, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

J-Ph. GayrardL'assesseur le plus ancien,

M. Lauranson

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 juillet 2024.

La greffière,

B. Flaeschil

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