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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2402718

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2402718

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2402718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHENNANI NORDDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2024, M. C A, représenté par Me Hennani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente, à défaut d'en justifier ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière car elle méconnaît le droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée par le défaut de visa long séjour pour lui refuser l'octroi d'un titre de séjour étudiant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle.

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Corneloup.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 13 août 2003 à Montpellier, est entré en France le 17 juillet 2019 muni d'un visa court séjour valable du 16 juillet au 29 août 2019. Il a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur valable du 30 janvier 2020 au 12 août 2022. Il lui a ensuite été remis une autorisation provisoire de séjour du 2 mars 2022 au 1er septembre 2022 afin de lui permettre de terminer son année scolaire en cours et de solliciter, dans son pays d'origine, le visa de long séjour nécessaire pour poursuivre ses études sur le territoire français. Le 19 mars 2024, il sollicite la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant et au titre de sa vie privée et familiale. Il demande, par la présente requête, l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a opposé un refus à sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, produit aux débats, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault sous réserve d'exceptions n'incluant pas les décisions en litige. Alors que l'arrêté prévoit expressément que sont notamment concernés tous les actes relatifs au séjour et à la police des étrangers, cette délégation, qui n'est pas trop générale, habilitait M. B à signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1° Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2° Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; - le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; - l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions () ".

4. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. En l'espèce, M. A n'établit pas qu'il aurait été dans l'impossibilité de faire valoir ses observations et de porter à la connaissance de l'administration tout élément relatif à sa situation personnelle avant que le préfet de l'Hérault ne rejette sa demande de titre de séjour et l'assortisse d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, il ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne. Le moyen ainsi invoqué ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" prévue à l'article L. 422-1 ; () ".

7. M. A conteste le motif tiré de l'absence de visa long séjour, par lequel le préfet se serait estimé lié, et se prévaut de ce que sa situation entre dans le champ d'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant la dispense de visa long séjour. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France en juillet 2019 alors qu'il était mineur, a été scolarisé à partir de l'âge de 16 ans au lycée professionnel agricole de Castelnau-le-Lez en classe de seconde, au titre des années scolaires 2019/2020 et 2020/2021. Suite aux bons résultats obtenus, il a poursuivi sa scolarité en 1re générale au lycée Jean Mermoz au titre de l'année 2021/ 2022, puis en terminale dans ce même établissement au titre de l'année suivante où il a obtenu le diplôme du baccalauréat, spécialités mathématiques, physique-chimie. Parallèlement à sa demande de titre présentée le 19 mars 2024, il s'est inscrit pour l'année universitaire 2023/2024 en 1re année de licence " Physique, chimie et sciences de l'ingénieur (PCSI) ". Toutefois, il résulte également de l'instruction que M. A s'est inscrit dans une formation universitaire sans ignorer la précarité de sa situation sur le territoire dès lors que par courrier du 2 mai 2022, il lui avait été précisé que l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été accordée pour la période du 2 mars au 1er septembre 2022 devait lui permettre seulement de terminer son année scolaire en cours mais qu'il devait retourner ensuite dans son pays d'origine pour y solliciter le visa de long séjour requis. Le requérant ne démontre pas avoir entrepris de telles démarches et s'est maintenu en situation irrégulière pendant dix-huit mois avant de solliciter son admission au séjour le 19 mars 2024. Dans ces conditions, alors même que le requérant se prévaut de sa qualité de mineur lors de son entrée sur le territoire, de la poursuite d'études supérieures et de ses bons résultats, ces circonstances ne sauraient l'exonérer de la présentation d'un visa de long séjour pour poursuivre ses études en France. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions précitées que le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour étudiant. Le moyen tiré de l'erreur de droit sera écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. M. A fait valoir qu'il est né à Montpellier mais a vécu ensuite au Maroc avec ses parents en raison des activités professionnelles de son père, qu'il est revenu en France à l'âge de 15 ans, chez sa grand-mère maternelle, titulaire d'une carte de résident, qui l'a hébergé et a contribué à son entretien et son éducation dans le cadre d'une mesure de kafala et que de nombreux membres de sa famille sont présents sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas, malgré un parcours scolaire méritoire et la présence en France de certains membres de sa famille, qu'il aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France alors, notamment, qu'il ne démontre pas que ses parents seraient également en France et qu'il serait alors isolé, en cas de retour, dans son pays d'origine et qu'il conserve la possibilité de revenir séjourner en France une fois en possession de son visa de long séjour. La décision ne saurait ainsi être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

15. Compte tenu de sa durée limitée à trois mois, et eu égard aux constats opérés précédemment, l'interdiction de retour opposée à M. A n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couegnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024

La Présidente-rapporteure,

F. Corneloup

L'assesseure la plus ancienne,

M. D

La greffière

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 juillet 2024.

La greffière,

A. Junon

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