jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2402864 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | HOSSEINI NASSAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mai 2024, M. A se disant Ismail F, représenté par Me Hosseini Nassab, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 2024.66.0687 du 19 mai 2024 par lequel le préfet des Pyrénées Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans ;
3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- Elle est entaché d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L.572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa situation relevait de la procédure " Dublin " et non de l'article L.611-1 du même code ;
- Elle est entachée d'une erreur de qualification juridique en ce que les faits qui lui sont reprochés ne peuvent caractériser un " un danger réel et actuel pour l'ordre public ".
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire
- elle méconnait l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :
- elle est insuffisamment motivée (défaut d'examen des quatre critères - la situation ne constitue pas une menace pour l'ordre public) ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'un caractère disproportionné (les faits sont insuffisants pour caractériser la menace à l'ordre public).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lafay en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lafay ;
- les observations de Me Hosseini Nassab pour M. A se disant F, assisté de M. G, interprète.
1. Ayant déclaré être né le 12 janvier 1995, et être de nationalité algérienne, M. A se disant Ismail F est entré en France depuis 4 ans irrégulièrement, a ses dires. Il s'est ainsi maintenu irrégulièrement sur le territoire français, et n'a introduit aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation. Remis au service de la police aux frontières du Perthus par les autorités espagnoles en application des accords binationaux franco-espagnols de réadmission immédiate signés à Malaga, après que l'entrée sur le territoire espagnol lui a été refusée par les autorités espagnoles, et dépourvu de tout document d'identité et de voyage, il a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative. La consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) a montré qu'il était défavorablement connu des services de police, sous l'identité de D ou Zenesni ou Zmasmi C, de nationalité marocaine, pour des faits de " détention frauduleuse en vue de la vente de tabac-manufacture" le 06/01/2022, de "transport, cession, acquisition illicite de substance plante ou médicament classé comme psychotrope " le17/02/2022, de " vente à la sauvette offre vente et exposition en vue de la vente de biens dans un lieu public sans autorisation " le 22/02/2022 et de " vente et détention frauduleuse au détail de tabac" le 16/04/2022. M. A se disant F relevait ainsi des dispositions des articles L.611-1 1° (étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y étant maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité), L. 612-2 3° et L.612-3 1°, et 8° (étranger présentant un risque de se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet), L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettaient au préfet des Pyrénées Orientales de prendre à son encontre le 19 mai 2024 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : "Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions en annulation
4. par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2024064-0001 du 4 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 5 mars 2024, le préfet des Pyrénées Orientales a donné délégation à Mme E B, sous-préfète chargé de mission auprès du préfet, secrétaire générale adjointe de la préfecture des Pyrénées Orientales, à l'effet de signer, lors des permanences et astreintes qu'elle assure les arrêtés et décisions pris dans le cadre des procédures de refus de séjour, de mesures d'éloignement des étrangers ainsi que les lettres de saisine adressées au juge des libertés et de la détention en application du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
5. Aux termes de l'article L611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. " Aux termes de l'article L572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. " aux termes de l'article L.521-13 du même code : " L'étranger est tenu de coopérer avec l'autorité administrative compétente en vue d'établir son identité, sa nationalité ou ses nationalités, sa situation familiale, son parcours depuis son pays d'origine ainsi que, le cas échéant, ses demandes d'asile antérieures. Il présente tous documents d'identité ou de voyage dont il dispose. "
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 18 mai 2024, que le requérant, dépourvu de document d'identité ou de voyage, a déclaré s'appeler Ismail F, né le 12 janvier 1995 à telcem en Algérie et être de nationalité algérienne, être domicilié chez un compatriote à Paris XII au 22 rue Santerre, où se trouvaient ses documents algériens, ne pas avoir effectué de demande d'asile dans un pays européen, et travailler comme chauffeur livreur dans la région parisienne en ayant été embauché avec son passeport algérien, et comptait revenir en France à l'issue de ses vacances en Espagne.
7. Alors que la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) avait révélé que M. A se disant F était défavorablement connu des services de police sous le nom de M. D, de nationalité marocaine, ce n'est que postérieurement à l'arrêté attaqué du 19 mai 2024, que, par un courrier du 20 mai 2024, M. A se disant F indiquait avoir déposé une demande d'asile en Allemagne et que la consultation du fichier Eurodac révélait que l'intéressé avait déposé une demande d'asile depuis le 14 février 2024, sous le nom de C D, né le 22 février 2002 au Maroc, ainsi que le mentionne le document émanant des autorités allemandes produit à l'instance. Le requérant reconnaissant devant le juge des libertés ne pas en avoir fait part à l'officier de police judiciaire. Il résulte des principes du droit d'asile et des dispositions de l'article L. 521-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui recherche le bénéfice de la protection internationale doit respecter les exigences des autorités chargées de l'asile et collaborer avec elles dans un esprit de coopération. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A se disant F, alors qu'il lui incombait de communiquer aux autorités tous les éléments de sa situation personnelle, n'a pas révélé qu'il avait déposé une demande d'asile. En conséquence, en l'absence d'autres éléments en possession de l'autorité administrative, M. A se disant F ne pouvait être regardé comme un demandeur d'asile et relevait, dès lors, des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, X se disant F n'est pas fondé à soutenir qu'il sollicitait la reconnaissance de la qualité de réfugié à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
8. Si le requérant conteste que les faits qui lui sont reprochés, et dont le préfet des Pyrénées Orientales fait état dans sa décision, puisse constituer une menace pour l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise à son encontre, dès lors que cette décision n'est pas fondée sur ce motif.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire
9. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité(), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
10. Si M. A se disant F soutient que la décision du préfet est fondée sur sa volonté de ne pas se conformer à la décision d'obligation de quitter le territoire français, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle n'est pas fondée sur ce motif, mais sur les circonstances prévues aux articles susmentionnés. Il en résulte que le préfet des Pyrénées Orientales était fondé, sans commettre d'erreur d'appréciation, à refuser d'accorder à M. A se disant F un délai de départ volontaire.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans
11. Aux termes de l'article L.612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L.612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
12. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet ; elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace ; en revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
13. Il résulte des circonstances mentionnées aux points 1 et 6 que la situation de M. A se disant F répondait à deux des quatre conditions de l'article L.612-10 du code, pour lesquelles le préfet a procédé à un examen complet et exhaustif, à savoir la durée de sa présence en France (récente), la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France (présence irrégulière et maintien de sa clandestinité, absence d'établissement du centre de ses intérêts privés, absence de liens personnels et familiaux avec la France). A supposer que les faits retenus par le préfet pour caractériser la menace pour l'ordre public, rappelés au point 1, serait insuffisants à en établir l'existence, les autres conditions suffisaient au préfet pour prendre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée maximale de cinq ans. Eu égard à ces circonstances la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, ne présente pas de caractère disproportionné, et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de X se disant F tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées Orientales du 19 mai 2024, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A se disant F est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A se disant F est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant C F, au préfet des Pyrénées Orientales et à Me Hosseini Nassab.
Fait à Montpellier, le 23 mai 2024.
Le magistrat désigné,
L.N. LafayLa greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 mai 2024.
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026