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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403359

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403359

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2024, un mémoire complémentaire et un bordereau de pièce enregistrés le 26 juin 2024, M. B A, détenu au centre pénitentiaire de Béziers, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté n° 24.092 en date 7 juin 2024 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de quatre ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault le réexamen de sa situation et d'ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu en application de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement, il n'a pas été vérifié son droit au séjour en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public ; - elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est en France depuis 24 ans, qu'il est père d'une fille de huit ans, qu'il est sans famille au Maroc, son père étant décédé, et aux stipulations de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen des circonstances humanitaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 27 juin 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier-conseiller ;

- les observations de Me Rosé, avocate, représentant M. A, présent à l'audience ; elle conclut aux mêmes fins que la requête et déclare renoncer au moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle fait valoir en outre que le risque de fuite justifiant le refus de lui accorder un délai de départ volontaire n'est pas caractérisé du fait même de son incarcération ;

- les observations de M. A qui précise être entré en France en 2000, que son père est décédé à Auxerre le 12 mars 1979 alors qu'il avait un an et a été abandonné par sa mère, qu'il a été élevé par des voisins, qu'il est démuni d'attaches familiales au Maroc et n'aurait pas les moyens d'accueillir convenablement sa fille au Maroc ; qu'il a travaillé en France dans les vignes de manière non déclarée.

- le préfet de l'Hérault, régulièrement convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales du requérant en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Un bordereau de pièces en délibéré présenté pour M. A, par Me Rosé, a été enregistré le 1er juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 13 mai 1978, qui déclare être entré en France le 12 janvier 2000, a été condamné par le tribunal judiciaire de Béziers, le 27 décembre 2022, à douze mois d'emprisonnement pour des faits de vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, tentative et escroquerie, recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement. Ecroué au centre pénitentiaire de Béziers depuis le 23 décembre 2022, le préfet de l'Hérault, par un arrêté du 7 juin 2024, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le Maroc comme pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. Par la présente requête M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur la compétence du magistrat désigné :

4. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ". M. A, incarcéré au centre pénitentiaire de Béziers a reçu notification le 11 juin 2024 de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 7 juin 2024. Sa libération est prévue le 22 juillet 2024 soit avant que le juge ne statue sur sa requête. Il y a donc lieu de juger l'affaire selon la procédure prévue par les dispositions précitées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. L'arrêté attaqué vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment celles du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement sur lequel repose l'obligation de quitter le territoire français et celles de l'article L. 613-1. Il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, pour fixer le pays de destination et l'interdire de retour sur le territoire français pendant une durée de quatre ans en rappelant les différents faits qui lui sont imputables, ayant donné lieu à plusieurs condamnations judiciaires et en précisant que ces faits sont constitutifs, du point de vue de l'ordre public, d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Par ailleurs, s'agissant du refus d'accorder un délai de départ volontaire, l'arrêté souligne que, depuis son entrée irrégulière en France en 2010, il n'a entamé aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative, que lors de son audition il a clairement déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français et qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes déclarant avoir perdu son passeport. En outre, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire pendant quatre ans, ont été examinés les quatre critères relativement à la durée de sa présence en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, en particulier une interdiction judiciaire du territoire national de cinq ans, son comportement qui, au vu des condamnations pénales, constitue une menace pour l'ordre public. L'arrêté indique par ailleurs que la décision ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnaît pas davantage les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en l'absence de justification de menaces ou de risques en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté litigieux comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. Lors de l'audience le conseil du requérant a déclaré abandonner le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

7. Selon l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

8. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault se serait abstenu d'examiner le droit au séjour du requérant. Il ressort des termes de la décision en litige que cette autorité a préalablement apprécié ses conséquences sur la vie privée et familiale de M. A. Si M. A, qui n'a jamais entamé de démarches en vue de régulariser sa situation, soutient pouvoir bénéficier d'un titre de séjour de plein droit en sa qualité de parent d'enfant français, la délivrance d'un tel titre demeure subordonnée à la démonstration d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans et les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile réservent la possibilité à l'autorité administrative de ne pas délivrer un titre de séjour à l'étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Au vu des éléments dont avait connaissance l'autorité préfectorale, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait fondé à se voir délivrer le titre de séjour qu'il revendique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Comme l'a rappelé à plusieurs reprises la Cour européenne des droits de l'Homme, notamment dans sa décision du 18 octobre 2006, affaire 46410/99, d'après un principe de droit international bien établi, les Etats ont le droit, sans préjudice des engagements découlant pour eux de traités, de contrôler l'entrée des non-nationaux sur leur sol. La Convention ne garantit pas le droit pour un étranger d'entrer ou de résider dans un pays particulier, et, lorsqu'ils assument leur mission de maintien de l'ordre public, les Etats contractants ont la faculté d'expulser un étranger délinquant. Toutefois, leurs décisions en la matière, dans la mesure où elles porteraient atteinte à un droit protégé par le paragraphe 1 de l'article 8, doivent être conformes à la loi et nécessaires dans une société démocratique, c'est-à-dire justifiées par un besoin social impérieux et, notamment, proportionnées au but légitime poursuivi.

12. Le requérant se prévaut de la durée de son séjour en France depuis janvier 2000, de la présence en France de sa fille mineure, née le 27 décembre 2015 à Béziers, issue de son union avec une ressortissante française avec laquelle il s'est marié dans cette même ville le 25 novembre 2011 et dont il est divorcé depuis le 7 mars 2023, ainsi que l'absence de toute attache familiale au Maroc. Toutefois, l'intéressé, n'a entamé aucune démarche aux fins de régulariser sa situation administrative depuis son entrée sur le territoire, que ce soit postérieurement à son mariage le 25 novembre 2011 avec une ressortissante française ou postérieurement à la naissance de sa fille de nationalité française le 27 décembre 2015. Si M. A produit une attestation de son ex-épouse datée du 25 juin 2024, au demeurant établie postérieurement à la décision attaquée, dans laquelle cette dernière indique que malgré des problèmes addictifs et judiciaires il a toujours été un bon père et que sa fille souhaite poursuivre cette relation, il n'apporte, au-delà de ses seules affirmations et de cette attestation, que très peu d'éléments épars de nature à justifier qu'il entretiendrait effectivement des liens avec sa fille et n'établit pas l'exercice régulier et habituel de visite avec la mère de sa fille durant ses périodes d'incarcération. Par ailleurs, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur la menace à l'ordre public que constitue la présence en France de M. A. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 26 janvier 2011 à quatre ans d'emprisonnement pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, assorti d'une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de cinq ans, le 7 septembre 2020 par la chambre correctionnelle de la cour d'appel de Montpellier à douze mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique et refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, puis le 27 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Béziers à douze mois d'emprisonnement pour des faits de vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, tentative et escroquerie, recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement. Au regard de la gravité et du caractère récent des deux dernières condamnations pénales, le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public de nature à justifier son éloignement du territoire français et à faire obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Contrairement à ce qui est soutenu, l'autorité préfectorale n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public que représente la présence en France de M. A. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, notamment la protection de l'ordre public, ni que l'intérêt supérieur de sa fille commanderait qu'il soit maintenu sur le territoire français.

En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

14. Pour refuser le délai de départ volontaire à M. A, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur celles des 1°, 4°, et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Si M. A soutient que le risque de fuite n'est nullement avéré du fait même de son incarcération et que la suppression du délai de départ volontaire a pour effet l'application d'un délai de recours contentieux de 48 heures, le requérant a pu utilement exercer son droit au recours contre cette décision et être représenté par un conseil. M. A ne justifie pas être entré régulièrement en France ni avoir entrepris des démarches en vue d'obtenir un titre de séjour. Il a en outre clairement indiqué ne pas vouloir se conformer à une obligation de quitter le territoire français. Déclarant avoir perdu son passeport il ne démontre pas disposer d'un hébergement effectif et permanent, de sorte qu'il ne présente pas de garanties de représentation au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 précité. Dans ces conditions, en faisant application des dispositions des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 sur lesquelles est fondée la décision en litige et en refusant donc d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet de l'Hérault n'a, ni commis d'erreur d'appréciation, ni entacher sa décision du détournement de procédure allégué.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

15. Il résulte de ce qui précède que la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'illégalité et M. A ne saurait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en sa qualité de parent d'enfant français. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :

16. Il résulte de ce qui précède que la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans.

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

18. M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire et la décision en litige relève que l'intéressé ne justifie pas de circonstances humanitaires. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est en proie à une addiction aux stupéfiants pour laquelle il bénéficie, depuis le 18 juillet 2023, d'un suivi au centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie et d'une prise en charge adaptée par l'unité sanitaire du centre pénitentiaire de Béziers engagée depuis le 23 mars 2023, il ne ressort pas de ces pièces que le défaut d'un tel suivi entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier au Maroc d'un traitement approprié à son addiction. Par ailleurs, il ne justifie pas de la régularité et de l'intensité des liens qu'il déclare entretenir avec sa fille. Ainsi, les éléments avancés par le requérant ne constituent pas, en l'espèce, des circonstances humanitaires de nature à justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

19. Ainsi qu'il a été exposé précédemment, M. A a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales dont l'une, en 2011, était assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de cinq ans qu'il n'a pas respecté ayant effectué des allers-retours entre la France et l'Espagne et signalé comme détenu en 2013 à la Junquera (Espagne) pour infraction à la loi sur les étrangers. Il ne justifie pas d'une intégration sociale particulière en France. S'il est le père d'une enfant de nationalité française, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit, l'intensité et la régularité des relations affectives avec cette dernière. Eu égard aux condamnations pénales précitées, le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles que le requérant présente en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. Rousseau

Le greffier,

D. Martinier La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 juillet 2024

Le greffier,

D. Martinier

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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