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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403397

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403397

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2024, M. A B, représenté par Me Laporte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 17 mai 2024 refusant de lui délivrer un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " d'une durée d'un an et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de séjour et d'éloignement :

- elle est entachée d'incompétence faute de délégation régulière de signature ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant eu égard à l'ancienneté de son séjour et son intégration familiale, professionnelle et sociale en France ;

Sur l'interdiction de retour :

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024 le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Bazin, substituant Me Laporte.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 17 mai 2024 le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B, ressortissant marocain né en 1983, un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois mois. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Si M. B n'établit pas sa résidence continue sur le territoire français depuis sa date alléguée d'entrée en France en décembre 2019, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'il est marié et vit en concubinage, depuis le 7 janvier 2022, avec une compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'en 2028 et qu'il travaille en qualité d'ouvrier d'exécution du bâtiment sous couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis juin 2023. Alors que sa conjointe travaille également sous couvert d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'agent de service depuis avril 2022, elle est également mère de deux enfants nés en France qui vivent à leurs côtés et dont l'un, âgé de 18 ans poursuit des études universitaires et l'autre, âgé de 14 ans est scolarisé en 4ème. Enfin, M. B établit sa volonté d'intégration sociale par la production d'attestations rendant compte de sa participation à des cours d'apprentissage de la langue française et à des activités bénévoles. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, qui lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français et prononce une interdiction de retour sur le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations précitées.

4. Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête il y a donc lieu de prononcer l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2024 pris par le préfet de l'Hérault à l'encontre de M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonctions :

5. Le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", d'une durée de validité d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui en défense et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 17 mai 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. B, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", d'une durée de validité d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Laporte.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

A. Farell

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 septembre 2024.

La greffière,

A. Farell

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