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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403398

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403398

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantGUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 15 juin et 5 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Guy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à défaut de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette même somme à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs à l'arrêté contesté :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente et la délégation de signature n'était pas jointe à la décision attaquée ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté méconnaît le 5° de l'article 6 et l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bayada a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 12 avril 1947, est entrée en France sous couvert d'un visa court séjour le 15 juillet 2022. Le 15 février 2024, elle a sollicité son admission au séjour au regard de son état de santé et au titre de sa vie privée et familiale en se prévalant de la présence en France de ses enfants de nationalité française. Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination de cette mesure. Mme C en demande l'annulation pour excès de pouvoir.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé pour le préfet de l'Hérault par

M. B D, sous-préfet de l'arrondissement de Béziers. Or, ce dernier bénéficiait d'une délégation de signature, accordée le 9 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault et versée au dossier, à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau , ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " () ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7 () les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ".

5. Si Mme C a sollicité un certificat de résidence portant la mention visiteur, sur le fondement des dispositions précitées, en se prévalant de la présence en France de ses trois enfants majeurs et de la circonstance qu'elle réside auprès de sa fille, elle ne justifie toutefois pas, par les pièces qu'elle produit, qu'elle serait à la charge de cette dernière alors qu'elle indique dans sa demande percevoir la retraite de son époux, décédé en juin 2022. Par ailleurs, elle ne conteste pas ne pas disposer du visa long séjour prévu par les stipulations combinées des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien. Elle ne remplissait donc pas les conditions requises pour se voir délivrer un certificat de résidence portant la mention " visiteur " sur le fondement de ces stipulations. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien en refusant à l'intéressée la délivrance du titre de séjour qu'elle sollicitait.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est arrivée pour la dernière fois en France le 15 juillet 2022, à l'âge de 75 ans, après avoir vécu pendant de nombreuses années en Algérie, auprès de son époux, et, malgré le décès de ce dernier survenu le 1er juin 2022, elle n'établit pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. La requérante fait, d'une part, valoir, qu'elle peut se prévaloir de liens forts avec la France dès lors que son époux, aujourd'hui décédé, y a exercé pendant de nombreuses années une activité professionnelle, percevait une pension servie par les caisses de retraite françaises et disposait d'un certificat de résidence algérien en tant que retraité. Cependant, ces seuls éléments, qui sont relatifs à la situation de son époux, ne sauraient caractériser une intégration particulière de Mme C au sein de la société française, alors qu'elle n'apporte aucune précision sur la durée et ses les conditions de séjour en France, où elle se borne à alléguer qu'elle aurait résidé de manière régulière. D'autre part, si elle se prévaut de la présence en France de deux de ses enfants majeurs, de nationalité française, elle ne justifie que ces derniers ne pourraient subvenir à ses besoins ou venir lui rendre visite en Algérie. Par ailleurs,

Mme C soutient que son état de santé ne lui permet plus d'envisager un retour dans son pays d'origine dès lors qu'elle ne pourrait y suivre son traitement médical, sans toutefois produire une pièce en justifiant, alors qu'elle ne remet pas en cause le refus d'admission au séjour fondé sur son état de santé qui lui a été opposé par la même décision.

8. Dans ces circonstances, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;/ 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

10. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou par les stipulations équivalentes prévues par l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Il résulte de ce qui précède que Mme C ne remplissant pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour opposée à

Mme C n'est pas établie ainsi qu'il vient d'être dit. Dès lors, le moyen tiré de cette illégalité et invoqué par voie d'exception à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, les moyens tirés de ce que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destinations auraient été signées par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire et seraient insuffisamment motivées doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 2 et 3.

13. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement attaquée méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 6-5° de l'accord franco-algérien, et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 17 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par Mme C soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à Me Guy et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Bayada

Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

A. Farell

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 19 septembre 2024.

La greffière,

A. Farell

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