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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403435

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403435

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantJARRAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, et des mémoires enregistrés le 24 juin 2024 et le 23 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Jarraya, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, et de prononcer une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle a déposé, dans les délais, une demande de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle méconnaît la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative aux droits des citoyens de l'Union européenne et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement au sein de l'Union ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial-Pech de Laclause-Escale-Knoepffler, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;

- les moyens invoqués par la requête ne sont pas fondés.

Vu

- le jugement n° 2403356 du tribunal administratif de Montpellier du 17 juin 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villemejeanne, rapporteure,

- et les observations Me Jarraya, représentant Mme B, et de Me Diaz, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 20 mars 1983, déclare être entrée en France le 15 septembre 2021. Etant mariée à un ressortissant espagnol, elle a bénéficié d'une carte de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, valable du 7 septembre 2022 au 6 septembre 2023. Elle a sollicité le renouvellement de son titre. Par un arrêté du 11 juin 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de faire droit à cette demande, a prononcé sa remise aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 17 juin 2024, sous le n°2403356, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a, par application des dispositions combinées L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, rejeté les décisions du 11 juin 2024 portant remise aux autorités espagnoles et assignation à résidence dans le département des Pyrénées-Orientales pour une durée de quarante-cinq jours. Elle a renvoyé le surplus des conclusions de la requête à une formation collégiale du tribunal administratif de Montpellier qui demeure saisie des conclusions à fin d'annulation du refus de renouvellement de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée est signée, pour le préfet des Pyrénées-Orientales, par M. Bruno Berthet. Par un arrêté du 29 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Bruno Berthet, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, aux fins de signer " tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () " et l'habilitait à signer notamment les refus de titre de séjour et les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et en particulier des éléments tenant aux conditions d'entrée et de séjour en France de Mme A B et à sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée qui précise la situation familiale de la requérante, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, pour refuser de faire droit à la demande de Mme B, le préfet des Pyrénées-Orientales a considéré que l'intéressée qui disposait d'une carte de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne valable jusqu'au 6 septembre 2023 n'avait déposé sa demande de renouvellement que le 4 janvier 2024. En vertu des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les demandes de renouvellement de la carte de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen UE/EEE/Suisse-Toutes activités professionnelles " présentées par les ressortissants de pays tiers en leur qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne doivent être présentées, en principe, au moyen d'un téléservice, et, au plus tard, le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour, et que de telles demandes peuvent être présentées jusqu'à cent-vingt-jours avant la date d'expiration. Le préfet des Pyrénées-Orientales a, dès lors, examiné sa demande comme étant une première demande et non un renouvellement de carte de séjour. Néanmoins, il ressort du document intitulé " confirmation du dépôt d'une pré-demande " qui mentionne qu'il " constitue une preuve de dépôt " que Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 9 août 2023 dans le délai de deux mois qui précède l'expiration de ce document de séjour. La demande de la requérante s'analysait donc comme une demande de renouvellement de titre de séjour. Toutefois, les conditions de renouvellement de la carte de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ne diffèrent pas de celles régissant une première demande. Il s'ensuit que la circonstance que le préfet se serait considéré à tort comme saisi d'une première demande de carte de séjour est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. En cinquième lieu, Mme B se borne à se prévaloir de la violation de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement au sein de l'Union, sans préciser les stipulations de la directive que le refus de renouvellement aurait méconnu. Au surplus, les dispositions dont il a été fait application à la requérante, en particulier les articles L.233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article R.233-14 du même code, transposent le droit de séjourner librement sur le territoire des États membres conformément aux objectifs de la directive qui n'a pas eu pour ou pour objet d'interdire aux états de conditionner le droit à cette libre circulation. Ainsi, en se bornant à soutenir que le préfet a méconnu la directive par le seul fait qu'il a constaté que la requérante ne satisfait pas aux conditions lui ouvrant droit au séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne, Mme B ne démontre pas l'illégalité du refus de renouvellement au regard de la directive 2004/38/CE susvisée. Par suite, le moyen, tel qu'invoqué, doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, ressortissante marocaine titulaire d'un titre de séjour espagnol valable jusqu'en 2027, est entrée, le 5 septembre 2021, accompagnée de son époux, de nationalité espagnole, et de cinq de leurs huit enfants nés sur le territoire espagnol. Bien que son époux ait bénéficié d'un contrat à durée déterminée dans le bâtiment à compter du 19 septembre 2021 et qu'elle ait obtenue un titre de séjour en 2022, les pièces versées au débat ne suffisent pas à démontrer qu'elle aurait constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Comme il a été dit, d'une part, elle bénéficie d'un titre de séjour en Espagne, d'autre part, son époux, qui a fait l'objet d'un licenciement économique le 13 mai 2022 et produit seulement une promesse d'embauche en date du 10 mai 2024 ne démontre pas exercer une activité professionnelle sur le territoire. Par ailleurs, il n'est pas démontré que la requérante serait dépourvue de tout lien personnel ou familial en Espagne ou dans son pays d'origine. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait impossible que la cellule familiale se reconstitue en Espagne, ou au Maroc, pays dont est originaire la requérante. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B à une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. En septième lieu, aux termes des stipulations l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. La décision par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de renouveler le titre de séjour Mme B n'a pas pour objet ni pour effet de la contraindre à regagner son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

12. En huitième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

13. Mme B fait état de sa qualité de mère de trois enfants mineurs de nationalité espagnole qui vivent et sont scolarisés sur le sol français depuis le 5 septembre 2021. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il leur serait impossible de poursuivre une scolarité en Espagne, pays dont son époux à la nationalité et où elle est titulaire d'une carte de résidence permanente et où la cellule familiale peut se reconstituer. Dès lors, et en l'absence de circonstances particulières, le refus de titre de séjour ne peut être regardé comme méconnaissant les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant précitées.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 de la convention internationale des droits de l'enfants : " 1. L'enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. 2. Les Etats parties veillent à mettre ces droits en œuvre conformément à leur législation nationale et aux obligations que leur imposent les instruments internationaux applicables en la matière, en particulier dans les cas où faute de cela l'enfant se trouverait apatride. ".

15. Mme B ne peut utilement se prévaloir des stipulations précitées, qui créent uniquement des obligations entre États, sans ouvrir de droits à leurs ressortissants.

16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante, la somme demandée par le préfet des Pyrénées-Orientales sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1 er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

P. Villemejeanne

Le président,

J-P. GayrardLe greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 septembre 2024.

Le greffier,

S. Sangaré

sa

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