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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403532

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403532

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403532
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKOUAHOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024, M. D C et Mme B A épouse C, représenté par Me Kouahou, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de les orienter vers un lieu d'hébergement sur Montpellier, dans un délai de 24 heures et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à leur conseil, Me Kouahou, la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils ne disposent actuellement d'aucune solution d'hébergement, en l'absence de réponse du dispositif de veille SIAO-115, qu'ils passent leur nuit dans un box loué, que Mme C souffre de plusieurs pathologies nécessitant un traitement et que leurs enfants ne peuvent suivre une scolarité normale ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence pour violation des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et au regard de la jurisprudence du Conseil d'Etat, ainsi qu'aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Gayrard, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, titulaires de cartes de résident, parents de trois enfants âgés de ont été expulsés de leur logement le 11 avril 2024. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au juge des référés d'enjoindre au préfet de l'Hérault de les orienter vers un lieu d'hébergement dans un délai de 24 heures.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. et Mme C.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ". Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. M. et Mme C font valoir qu'ils ont été expulsés de leur domicile le 11 avril 2024 et ne se sont vus proposer aucune solution d'hébergement de la part du dispositif de veille SIAO-115. Il résulte toutefois de l'instruction que les consorts C ont fait l'objet d'une procédure d'expulsion de leur logement sis 1 rue Monge à Montpellier suite à une ordonnance du juge des référés du tribunal judiciaire de Montpellier en date du 27 juin 2022. Ils n'ont entrepris une demande de logement locatif social que le 26 mars 2024 et ont également fait un recours amiable devant la commission départementale de médiation en vue d'une offre de logement que le 26 avril 2024. En outre, il résulte de l'instruction que M. C exerce le métier de maçon qui lui procure un revenu mensuel d'environ 1300 euros et que la famille bénéficie d'aides sociales d'un montant mensuel d'environ 750 euros, pouvant permettre d'accéder à un logement du secteur privé, comme pour leur précédent logement occupé pendant treize ans. Enfin, au vu du certificat de santé produit concernant Mme C, et dès lors que la scolarité de leurs trois enfants s'achève très bientôt, les requérants ne justifient pas de la gravité de situation alors qu'ils indiquent pouvoir dormir dans un box loué dans l'attente d'une solution d'hébergement. Dans ces conditions, M. et Mme C ne justifient pas d'une situation d'urgence. Il s'ensuit que leur requête, en ce compris leurs conclusions tendant au paiement de leurs frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : M. et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de leur requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C, au préfet de l'Hérault et à Me Kouahou.

Fait à Montpellier, le 25 juin 2024.

Le juge des référés,

JP. Gayrard

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 juin 2024

Le greffier,

D. Martinier

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