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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2403754

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2403754

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2403754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024, M. D A C, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2024-66-0838 du 22 juin 2024 par lequel le préfet des Pyrénées Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- Elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- Elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la décision fixant le pays de destination

- elle méconnait les dispositions de l'article 3 et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'un caractère disproportionné ;

Par un mémoire enregistré le7 juillet 2024, le préfet des Pyrénées Orientales conclut au rejet de la requête.

- Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lafay en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lafay ;

- les observations de Me Richard pour M. A C, assisté de M. F, interprète.

1. Né le 17 février 1992, et de nationalité algérienne, M. A C a été interpellé par le Service interdépartemental de la police aux frontières (SIPAF) des Pyrénées-Orientales de Cerbère le 21 juin 2024, sans pouvoir justifier de la régularité de sa situation administrative au regard du séjour en France, et été placé en retenue administrative. Il résulte des recherches effectuées sur le fichier national des étrangers et auprès des autorités d'Espagne, des Pays-Bas et de Suisse, ces deux derniers pays où ses demandes d'asile ont fait l'objet de décisions définitives de rejet, que M. A C circule irrégulièrement en .France et dans l'espace Schengen, et n'a introduit aucune démarche aux fins de régularisation de sa situation administrative au regard du séjour en France ou dans un autre État membre de l'espace Schengen depuis sa réadmission DUBLIN effectuée par les autorités suisses à destination de l'Espagne le 6 mai 2024. Il relève ainsi de la procédure de retour dans son pays d'origine conformément à la directive 2008/115/CE. La consultation des fichiers centraux a montré qu'il avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par le préfet de l'Hérault le 1er octobre 202,1 qu'il était défavorablement connu des services de police, et qu'il était défavorablement connu des services de police pour avoir été signalisé le 26 juin 2022 pour des faits de vol à l'étalage et entrée irrégulière en France. M. A C relevait ainsi des dispositions des articles L.611-1 1° (étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y étant maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité), L. 612-2 3° et L.612-3 1°, 5° et 8° (étranger présentant un risque de se soustraire à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet), L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettaient au préfet des Pyrénées Orientales de prendre à son encontre le 24 juin 2024 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : "Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions en annulation

Sur les moyens communs à toutes les décisions

3. Par un arrêté n° PREF/SCPPAT/2024064-0001 du 4 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 5 mars 2024, produit au dossier, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Mme E B, sous-préfète chargé de mission auprès du préfet, secrétaire générale adjointe de la préfecture des Pyrénées-Orientales, à l'effet de signer, lors des permanences et astreintes qu'elle assure les arrêtés et décisions pris dans le cadre des procédures de refus de séjour, de mesures d'éloignement des étrangers ainsi que les lettres de saisine adressées au juge des libertés et de la détention en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions conventionnelles et législatives dont il a été fait application, expose précisément les motifs, tirés de la situation propre de l'intéressé, pour lesquels le préfet l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français. Par suite, et alors que la décision contestée n'a pas à exposer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait invoqués par le requérant, elle est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit, en conséquence, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, alors qu'il ressort de l'acte attaqué, du procès-verbal d'audition du 10 février 2024 et de ses écritures mêmes qu'il s'est exprimé sur sa situation et sur les conséquences à son encontre de la mesure d'éloignement, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et les décisions subséquentes et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A C soutient que la décision méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales il ne développe aucune argumentation pour en établir l'existence. Par suite le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé, et doit être rejeté.

8. Aux termes de l'article 24-4 du règlement (UE) n ° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " Lorsqu'une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point d), du présent règlement dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision définitive dans un État membre, se trouve sur le territoire d'un autre État membre sans titre de séjour, ce dernier État membre peut soit requérir le premier État membre aux fins de reprise en charge de la personne concernée soit engager une procédure de retour conformément à la directive 2008/115/CE. "

9. Ainsi que cela est mentionné au point 1, M. A C n'a introduit aucune démarche aux fins de régularisation de sa situation administrative au regard du séjour en Espagne depuis sa réadmission DUBLIN effectuée le 6 mai 2024 par les autorités suisses à destination de ce pays, où il avait déposé une demande d'asile en 2017. Il ressort d'ailleurs de la réponse des autorités espagnoles sollicitées de la situation du requérant dans leur pays, qu'il se trouve en situation irrégulière, et qu'il est connu pour séjour illégal en date du 26 octobre 2020. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit en engageant la procédure de retour contestée, plutôt qu'en mettant en œuvre la reprise en charge par les autorités espagnoles.

Sur la décision fixant le pays de destination

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Si M. A C soutient que la décision méconnait les dispositions de l'article 3 visées ci-dessus, et celles de l'article 8 visées au point 6, de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales il ne développe aucune argumentation pour en établir l'existence. Par suite le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé, et doit être rejeté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans

12. Si M. A C soutient que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et présente un caractère disproportionné au regard de circonstances humanitaires, de la durée prononcée, et de l'atteinte au droit à la libre circulation qu'elle constitue, il ne développe aucune argumentation pour en établir l'existence. Par suite le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé, et doit être rejeté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées Orientales du 24 juin 2024, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C, au préfet des Pyrénées Orientales et à Me Richard.

Fait à Montpellier, le 8 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

L. N. LAFAYLe greffier,

D. MARTINIER

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 juillet 2024.

Le greffier,

D. MARTINIER

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