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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2404846

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2404846

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2404846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et mémoire, enregistrés les 20 août et 10 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 du préfet de l'Hérault qui lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français sans délai, et fixe le délai de départ et le pays de renvoi, et une interdiction de retour de 3 ans ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de le faire revenir sur le territoire français et de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation avec autorisation provisoire de séjour, dans des délais d'un mois et 15 jours et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle et mettre à la charge de l'Etat à verser à son avocat ou à lui-même une somme de 2 000 euros au titre des articles

37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'article R776-2 du code de justice administrative ne s'applique pas, car il n'a pu avoir copie de l'arrêtée, et la notification de l'arrêté, qui ne mentionne pas les voies et délais de recours pour le refus de séjour et son droit à déposer sa requête auprès du chef du centre pénitentiaire, est irrégulière ;

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors qu'il vit en France depuis plus de 10 ans ;

- les articles 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont violés ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire méconnaissent les articles L423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la même convention, en dépit de ses condamnations et vu l'ancienneté et l'intensité de ses attaches en France ;

- l'obligation de quitter le territoire est fondée sur un refus de séjour illégal ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire illégale.

Par mémoire, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet du recours, et soutient que la requête est tardive, et que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté et les observations de Me Bautes, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 8 juillet 1992, demande d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 du préfet de Hérault qui lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français sans délai, et fixe le délai de départ et le pays de renvoi, et une interdiction de retour de 3 ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre

M. C au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire :

3. Le requérant, qui a reçu une copie de l'arrêt attaqué, qu'il produit et conteste devant ce tribunal, ne peut utilement arguer de la violation des articles 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. L'arrêté attaqué a été signé par le préfet de l'Hérault, M. B. Par suite, le moyen tiré de son incompétence sera écarté.

5. En vertu de l' article L423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée

d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. Si le requérant est entré en France en 1993, il est célibataire, n'y est pas inséré professionnellement, et ne démontre pas être isolé au Maroc. Il ressort aussi des pièces du dossier qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Montpellier le 30 mai 2012 à

200 euros d'amende pour usage de stupéfiants, le 28 janvier 2016 à un an d'emprisonnement pour violence commise en réunion, le 6 avril 2016 à six mois d'emprisonnement pour menace de crime ou délit, le 24 octobre 2018 à quatre mois d'emprisonnement pour récidive de port d'arme et conduite d'un véhicules en ayant fait usage de stupéfiants. L'intéressé a aussi été condamné par le président du tribunal judiciaire de Montpellier le 20 mai 2021 à

30 jours amende pour recel, et à 60 jours amende pour récidive de conduite de véhicule avec usage de stupéfiants, et le 17 mai 2022 à 3 mois d'emprisonnement pour la même récidive, et enfin a été condamné le 30 aout 2023 par le tribunal correctionnel de Montpellier à deux ans d'emprisonnement pour violences aggravées par deux circonstances. Dans ces conditions, nonobstant ses attaches familiales et la durée de son séjour en France, le moyen tiré de la violation des articles cités au point 5 doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

8. Le requérant n'ayant pas demandé l'admission exceptionnelle, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour.

Sur l'interdiction de retour :

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet.

10. En vertu de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. L'interdiction de retour, après avoir visé les textes applicables, se réfère aux 4 critères prévus par l'article cité au point précédent, en indiquant avec précision la situation de l'intéressé sur ces points. Elle énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation sera écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la demande d'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, doit être rejetée. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, et celles relatives aux articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent aussi être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Bautes, et au préfet de l'Hérault.

Délibéré à l'issue de l'audience du 11 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure le plus ancien,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 novembre 2024.

La greffière,

B. Flaeschsa

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