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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405224

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405224

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBLAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, Mme A... B..., représentée par Me Blazy, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de l’Hérault a refusé de lui renouveler son titre de séjour « étudiant » et l’a obligée à quitter le territoire français ;
d’enjoindre au préfet de l’Hérault de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Blazy en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la compétence de l’auteur de la décision attaquée n’est pas établie ;
- l’arrêté est entaché d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Charvin, rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., ressortissante turque née en 1998, est entrée sur le territoire français le 22 août 2017, sous couvert d’un visa « étudiant ». Elle a obtenu un premier titre de séjour pluriannuel en qualité d’étudiante valable du 10 octobre 2018 au 9 octobre 2021, régulièrement renouvelé jusqu’au 9 octobre 2023. Le 3 octobre 2023, Mme B... a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, elle demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de l’Hérault a rejeté cette demande et l’a obligée à quitter le territoire français.

2. L’arrêté contesté est signé, pour le préfet et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire générale de la préfecture de l’Hérault, qui a reçu délégation par un arrêté
n°2023-10-DRCL-0477 du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, accessible tant au juge qu’aux parties sur le site internet de la préfecture, à l’effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l’Etat dans le département de l’Hérault, et notamment tous les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Le moyen tiré du vice d’incompétence de l’auteur des actes litigieux doit donc être écarté.

3. Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. (…) ». Le renouvellement de la carte de séjour portant la mention « étudiant » est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu’il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi à l’administration, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, de rechercher, à partir de l’ensemble du dossier, si l’intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement des études, en appréciant la réalité, le sérieux et la progression de l’étudiant dans son cursus universitaire.
4. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité d’étudiante, le préfet de l’Hérault s’est fondé sur l’absence de progression de Mme B... dans son cursus universitaire, relevant qu’en sept années de présence en France, elle n’a validé qu’une première année de licence Economie et gestion en 2021 et qu’après deux ajournements en deuxième année, elle s’est réinscrite, pour l’année universitaire 2023-2024, en première année de licence de Langues étrangères appliquées, parcours anglais-portugais, sans justifier en quoi ce changement d’orientation s’intègrerait dans un projet professionnel cohérent. Si, pour contester le refus de renouvellement de son titre de séjour, Mme B... fait valoir que ses notes ont progressé au fil des années, cette circonstance ne saurait suffire à démontrer une progression dans son cursus universitaire dès lors, d’une part, qu’elle n’a validé qu’une première année de licence en six ans et, d’autre part, qu’elle s’est réorientée en 2023 pour s’inscrire à nouveau en première année de licence. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour « étudiant » au motif que Mme B... ne pouvait être regardée comme poursuivant effectivement des études, le préfet de l’Hérault n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, alors même que l’intéressée justifierait par ailleurs d’une entrée régulière sur le territoire français et de moyens d’existence suffisants.

5. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

6. Si Mme B... se prévaut de sa relation amoureuse avec un ressortissant franco-australien, elle ne justifie, par les pièces qu’elle produit, ni de la réalité et de l’intensité de sa relation ni de la communauté de vie du couple, son partenaire vivant au demeurant à Strasbourg. La circonstance qu’elle vivrait auprès de sa sœur qui est également étudiante ne suffit pas davantage à démontrer qu’elle aurait, comme elle le soutient, établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Au surplus, ayant été autorisée à séjourner en France pour y poursuivre ses études, elle n’a donc pas vocation à y résider durablement. Il ressort en outre des pièces du dossier que la requérante est célibataire, sans enfant à charge et n’est pas dépourvue d’attaches dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le préfet de l’Hérault n’a pas porté au droit de l’intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus d’admission au séjour et des buts poursuivis par la mesure d’éloignement. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B... tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 15 février 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.








DECIDE :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., au préfet de l’Hérault et à Me Blazy.


Délibéré à l’issue de l’audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.


Le président-rapporteur,

J. Charvin

La greffière,
L. Salsmann
L’assesseur le plus ancien,

M. C...



La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 18 novembre 2024,
La greffière,



L. Salsmann

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