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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405524

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405524

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS DUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, et un mémoire enregistré le

24 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Dumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 du préfet de l'Hérault portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, si besoin sous astreinte, de lui délivrer une carte de séjour temporaire " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sinon de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente,

- il est insuffisamment motivé,

- il méconnait les articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève une erreur manifeste d'appréciation de la part du préfet,

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et elle méconnait l'article L. 612-10 du code précité.

Par un mémoire, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête :

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,

- et les observations de Me Dumont, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 19 mars 1987, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 26 août 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions contestées sont signées, pour le préfet de l'Hérault et par délégation, par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture. Par un arrêté du

7 juin 2024, régulièrement publié, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions applicables, et notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, et fait également état d'éléments de fait propres à la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, en vertu de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". L'article 9 du même accord stipule que :

" Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

" Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour () ".

5. Il découle des stipulations citées au point précédent qu'un ressortissant marocain sollicitant un titre de séjour en qualité de salarié est tenu de présenter un visa de long séjour à l'appui de sa demande. M. C étant entré irrégulièrement en France via l'Espagne en possession d'un visa de court séjour, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de droit en opposant à l'intéressé l'absence de visa de long séjour pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 : " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. () ".

7. Contrairement à ce que M. C soutient, la profession de peintre en bâtiment n'est pas inscrite sur la liste des métiers en tension de l'annexe concernant l'Occitanie de l'arrêté du 1er avril 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-4 du code précité est inopérant et doit être rejeté. En outre, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la durée de sa présence irrégulière en France ou de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, dite circulaire Valls, qui est dépourvue de caractère réglementaire.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 de ce code à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

9. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. C pourrait être regardé comme justifiant de circonstances humanitaires ou d'un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions précitées. Au surplus, si M. C fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis 2017, les pièces qu'il produit ne permettent pas d'établir le caractère habituel de son séjour avant 2019. L'intéressé déclare être entré en France à l'âge de trente ans, est célibataire et sans charge de famille, n'est pas dénué d'attaches familiales au Maroc où vivent ses parents. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de l'Hérault au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. Si M. C fait valoir la durée de son séjour en France et l'absence de menace à l'ordre du public, il découle de ce qui a été dit au point 9 que l'intéressé n'établit pas suffisamment la durée de sa présence habituelle en France, ne justifie pas d'attaches familiales ou privées en France, ni de facteurs d'intégration. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a commis aucune erreur d'appréciation en prenant une décision d'interdiction de retour sur le territoire français limitée à une durée de trois mois. Il découle des points précédents que le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français de trois mois.

12. Il découle de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 26 août 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire national. Il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à titre d'injonction ou sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

JP. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 novembre 2024.

Le greffier,

F. Balicki

N°2405524pa

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