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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2405530

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2405530

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2405530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, Mme F E épouse C, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 du préfet de l'Hérault portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pendant trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler sinon de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

* S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- Elle est entachée d'un vice de procédure ;

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- Elle est entachée d'une erreur de droit ;

- Elle méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- Elle méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- Elle est insuffisamment motivée ;

- Elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés à l'appui de la requête sont infondés.

Un mémoire, enregistré le 7 novembre 2024, présenté pour Mme E, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,

- et les observations de Me Bazin, représentant Mme E.

Une note en délibéré, enregistrée le 18 novembre 2024, présentée pour Mme E, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F E épouse C, ressortissante algérienne née le

3 novembre 1979, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du

10 juin 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, si la requérante fait valoir qu'elle a vainement demandé le

25 septembre 2024 la communication des dossiers médicaux utilisés par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), un tel moyen est inopérant pour contester la décision litigieuse alors, au demeurant, que les pièces médicales ont été transmises à l'office par la requérante elle-même, qui, au surplus, a obtenu la communication des dossiers médicaux selon lettre de l'OFII du 10 octobre 2024.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions applicables, et notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et fait également état d'éléments de fait propres à la situation de la requérante. La circonstance que l'arrêté ne vise pas l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme E, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. En se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 mai 2024 donnant son avis sur l'état de santé de ses enfants A B et D, le préfet de l'Hérault a également procédé à un examen particulier et sérieux de leur propre situation alors même qu'il n'a pas visé l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit donc être écarté comme non fondé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants mineurs dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade. Il est alors loisible au préfet de consulter pour avis le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

6. Si le préfet de l'Hérault a indiqué à tort que la requérante, ressortissante algérienne, ne pouvait se prévaloir de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a néanmoins statué sur la demande de l'intéressée au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de son pouvoir de régularisation. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en visant l'article L. 425-10 du code précité, le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur de droit.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un certificat de résidence. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un certificat de résidence dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les enfants A B et D sont atteints d'une maladie génétique incurable appelée maladie de Carumati-Engelmann se manifestant par une ossification excessive du crâne et des os longs, provoquant des douleurs et une faiblesse musculaire nécessitant des traitements surtout antalgiques. Si la requérante fait valoir que cette pathologie n'a été diagnostiquée qu'en France et que ses enfants bénéficient d'une prise en charge pluridisciplinaire dont ils ne peuvent bénéficier dans leur pays d'origine, elle n'apporte toutefois aucun élément suffisamment probant pour contredire l'avis du collège des médecins de l'office selon lequel les deux enfants peuvent bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Si la requérant ajoute que ses enfants sont désormais scolarisés en France, elle n'apporte aucun élément démontrant l'impossibilité pour qu'ils reprennent leur scolarité en Algérie. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants, au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni commis une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de sa décision sur leur situation.

9. D'autre part, si Mme E fait également valoir qu'elle a un frère et des oncles et tantes qui résident régulièrement en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée en France avec trois de ses enfants mineurs le 26 juin 2023, soit moins d'un an avant la décision querellée, et qu'elle n'est pas dénuée d'attaches familiales en Algérie où vivent son mari et un autre enfant et où elle a vécu jusqu'alors l'essentiel de son existence. Elle ne fait état d'aucun facteur d'intégration dans la société française. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du

5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3, 8 et 9, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation, de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il découle de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 10 juin 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire national. Il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à titre d'injonction ou sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E, épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E épouse C, au préfet de l'Hérault et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

JP. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 novembre 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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