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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406227

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406227

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantBONOMO FAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, M. B A demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a retiré son certificat de résidence et a fixé le pays de son renvoi, en exécution d'une interdiction du territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la seule décision fixant le pays de renvoi :

- il n'a pas été en mesure de présenter des observations ;

- il risque des risques graves de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine ;

S'agissant à la fois des décisions portant retrait de certificat de résidence et de désignation de pays de renvoi :

- elles sont illégales par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant interdiction du territoire français, qui ne pouvait être prononcée tenant le quantum de la peine prononcée contre lui.

Le préfet de l'Hérault a adressé des pièces, enregistrées le 14 novembre 2024.

M. A a adressé des pièces complémentaires, enregistrées le 27 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Crampe dans les fonctions de magistrate chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, magistrate désignée ;

- les observations de Me Bonomo-Fay, représentant M. A, qui renonce à ses conclusions tendant à contester le retrait du titre de séjour, dont le jugement doit intervenir en formation collégiale, et maintient ses écritures en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi. Elle fait valoir en outre que M. A a introduit une requête en relèvement de l'interdiction judiciaire dont il fait l'objet et qu'il pourvoit à l'entretien de son épouse et ses filles et a sollicité un droit de visite.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 29 juin 1986, a fait l'objet, le 13 octobre 2024, d'un arrêté portant retrait de certificat de résidence suite à une interdiction du territoire français prononcée par le tribunal correctionnel de Montpellier le 13 février 2023. Le préfet a également fixé le pays de son renvoi, décision dont il demande, par la présente requête, l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation de la décision fixant le pays de renvoi :

3. Aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". Aux termes de l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-36, R. 421-37, R. 421-40 et R. 424-4, le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : () 2° L'étranger titulaire du titre de séjour fait l'objet d'une décision judiciaire d'interdiction du territoire ; ".

4. Aux termes de l'article L. 700-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles d'exécution : () 7° Des peines d'interdiction du territoire français ; () ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; /3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision fixant son pays de destination, sous réserve qu'une telle décision n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d'un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En premier lieu, si M. A indique avoir introduit une requête en relèvement de la peine complémentaire que constitue l'interdiction judiciaire du territoire, celle-ci n'avait pas donné lieu à jugement à la date de la décision contestée.

7. En deuxième lieu, le préfet a désigné en tant que pays de renvoi pour l'exécution de la mesure d'interdiction du territoire français le pays de nationalité de l'intéressé ainsi que tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Si M. A s'est prévalu dans sa requête sommaire de risques encourus contraires aux stipulations précitées, c'est sans établir ces derniers, ni même assortir son moyen de précisions de nature à en apprécier le bien-fondé.

8. Enfin, M. A ne peut utilement se prévaloir de la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France à l'encontre de la décision prise par le préfet pour fixer le pays de son renvoi, laquelle n'a, en tout état de cause, ni pour objet ni pour effet de séparer l'intéressé de sa famille.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Bonomo-Fay.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La magistrate désignée,

S. Crampe

Le greffier

D. Martinier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 novembre 2024.

Le greffier,

D. Martinier

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