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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406331

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406331

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMAGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2024 et un mémoire enregistré le 15 décembre 2024, M. D..., représenté par Me Magnan, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet de l’Hérault l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d’office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

d’annuler, par voie de conséquence, l’inscription au fichier d’information Schengen ;

d’enjoindre au préfet de l’Hérault de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Magnan en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :
- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;
- elles n’ont pas été notifiées régulièrement ;
- le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu’il n’a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;
- la mesure d’éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il n’entre dans aucune des catégories permettant au préfet de lui refuser un délai de départ volontaire ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n’est pas motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation eu égard à l’ancienneté de sa résidence et de ses liens en France ;
- la décision fixant le Maroc comme pays de destination porte une atteinte disproportionnée à la vie familiale qu’il mène en France avec son épouse de nationalité algérienne.


Par un mémoire enregistré le 9 décembre 2024, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Charvin, rapporteur.


Considérant ce qui suit :


1. M. B..., ressortissant marocain né en 1997, a été interpelé en gare de Montpellier par les services de police le 5 novembre 2024 et, n’étant pas en mesure de justifier de son droit de séjourner ou de circuler sur le territoire français, a été placé en retenue. Il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du même jour par lequel le préfet de l’Hérault l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d’office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.




En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :


2. Les conditions de notification d’un acte étant sans influence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que la notification de l’arrêté contesté n’aurait pas été régulière ne peut qu’être écarté comme étant inopérant.

3. L’arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment, les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la convention internationale des droits de l’enfant du 26 janvier 1990, l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ainsi que le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et celui des relations entre le public et l’administration. Il vise également les faits qui en constituent le fondement, à savoir les circonstances dans lesquelles M. A... se disant B... a été interpelé par les services de police en gare de Montpellier, les conditions de son entrée et de son séjour en France, ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il mentionne en outre que le requérant a fait l’objet d’une précédente obligation de quitter le territoire qu’il n’a pas exécuté. Par suite, et dès lors que le préfet n’était pas tenu de mentionner l’ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de l’intéressé, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. La motivation de l’arrêté, telle qu’exposée au point précédent, ne révèle, en dépit des explications du requérant quant au déroulement de son interpellation et à sa situation personnelle et familiale, aucun défaut d’examen sérieux de la situation du requérant. Le moyen tiré de l’erreur de droit à n’avoir pas procédé à un tel examen ne peut donc qu’être écarté.

5. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

6. Si M. B... se prévaut de son mariage avec une ressortissante algérienne, il ne ressort d’aucune des pièces versées à l’instance que son épouse séjournerait de façon régulière en France. S’il déclare être en France depuis 2020, il n’établit ni la durée, en l’absence de justification de sa date d’entrée sur le territoire français, ni la continuité de son séjour. Par ailleurs, alors qu’il ressort des mentions de l’arrêté attaqué qu’il a fait l’objet d’une première mesure d’éloignement par arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 6 novembre 2019 qu’il ne justifie pas avoir exécutée, il ne justifie d’aucune intégration sociale ou professionnelle particulière. Dans ces conditions, dès lors que M. B... a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d’origine, il n’est pas démontré qu’il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, la décision par laquelle le préfet de l’Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français n’a pas porté au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.




En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :


7. Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. ». L’article L. 612-3 précise que ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque : « 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; (…) 5° L’étranger s’est soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement ; (…) 8° L’étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu’il ne peut présenter des documents d’identité ou de voyage en cours de validité (…) ».

8. Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire, le préfet de l’Hérault a visé les dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et s’est fondé sur les circonstances que l’intéressé n’a pas effectué de démarches pour régulariser sa situation en France, qu’il se maintient irrégulièrement sur le territoire, qu’il n’a pas déféré à une précédente mesure d’éloignement et qu’il ne présente pas de garanties de représentation effectives. En se bornant à soutenir qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public, M. B... n’établit pas qu’il n’entrerait dans aucune de ces catégories et que les motifs de la décision lui refusant l’octroi d’un délai de départ seraient erronés. Ce moyen doit dès lors être écarté.


En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :


9. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, M. B... n’est pas fondé à soutenir qu’en fixant le Maroc comme pays de renvoi, le préfet de l’Hérault aurait méconnu son droit de mener une vie privée et familiale normale, garantie par les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’ancienneté de son séjour. Ces moyens doivent donc être écartés.


En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :


10. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger n’est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ». Enfin, l’article L. 613-2 du même code dispose que : « (…) les décisions d’interdiction de retour (…) prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L ; 612-8 et L. 612-11 (…) doivent être motivées. ».

11. L’arrêté litigieux vise les dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et fait expressément référence à la durée de la présence de M. B... sur le territoire français et aux circonstances que ses liens familiaux en France ne sont pas établis alors qu’il ne justifie pas être démuni d’attaches familiales dans son pays d’origine. La décision attaquée comporte ainsi l’exposé de l’ensemble des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de sa motivation doit être écarté.


En ce qui concerne la décision portant signalement dans le système d’information Schengen :


12. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen (…) ».

13. S’agissant d’une simple information portée à la connaissance de l’intéressé, celle-ci ne fait pas grief au requérant. Par suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 5 novembre 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.





DECIDE :





Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... et au préfet de l’Hérault.


Délibéré à l’issue de l’audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

Le président-rapporteur,

J. Charvin


La greffière,
A-L. Edwige
L’assesseur le plus ancien,

M. C...



La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 janvier 2025,
La greffière,




A-L. Edwige

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