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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2406364

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2406364

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2406364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 11 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a décidé de mettre en œuvre la décision du 16 août 2024 par laquelle les autorités italiennes l'ont expulsé du territoire de cet Etat et lui ont fait interdiction de retour sur ce même territoire pour une durée de cinq ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité non habilitée ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'une procédure lui permettant de présenter ses observations, en méconnaissance de l'article L. 722-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît le principe du contradictoire ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 615-1 et R.615-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a pas produit la décision exécutoire émanant des autorités italiennes et n'a pas mentionné le motif pour lequel il a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R.615-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 et 12 novembre 2024, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Chevillard, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024 :

- le rapport de M. Chevillard, magistrat désigné

- les observations de Me Durand, avocat commis d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet des Hautes-Alpes n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 22 décembre 1968, déclare être entré sur le territoire français en 2024. Par un arrêté du 6 novembre 2024, le préfet des Hautes-Alpes a, sur le fondement de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de mettre en œuvre son éloignement d'office vers le pays dont il a la nationalité. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique () ". Aux termes de l'article 20 de cette même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, par un arrêté 14 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hautes-Alpes du même jour, le préfet a donné délégation à M. Benoît Rochas, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions réglementaires, individuelles () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Hautes-Alpes ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables et notamment les articles L. 615-1, L. 615-2, L.772-4, L. 722-9 et R. 615-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également que le requérant a fait l'objet d'un décret d'expulsion pris par les autorités italiennes, assorti d'une interdiction de retour d'une durée de cinq ans, ainsi que les autres considérations de faits qui le justifient. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 722-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet de la décision prévue à l'article L. 615-1 ne peut intervenir avant que l'étranger ait été mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ".

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition de M. B du 4 novembre 2024 que la possibilité de présenter des observations écrites a été notifiée à l'intéressé et que ce dernier n'en a pas formulé hormis celle de ne pas s'opposer à un départ vers l'Italie. Par ailleurs, l'intéressé, qui a expressément indiqué consentir à être entendu sans la présence d'un avocat, n'a pas souhaité exposer d'observations dans le cadre de l'ensemble de la procédure contradictoire transmise par le préfet d'Hautes-Alpes dans une langue parlée et comprise par le requérant, qui s'exprime également en français à l'audience. En outre, si le requérant soutient que l'arrêté contesté aurait été rédigé préalablement à la notification de la possibilité de présenter ses observations, il ne le démontre pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté. Tel est également le cas tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants : / 1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain ; / 2° L'étranger a fait l'objet, alors qu'il se trouvait en France, d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États membres de l'Union européenne, la République d'Islande, la Principauté du Liechtenstein, le Royaume de Norvège ou la Confédération suisse () ". Aux termes de l'article R. 615-2 du même code : " L'autorité administrative peut, en application du 2° de l'article L. 615-1, décider de mettre en œuvre une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres Etats membres de l'Union européenne, la République d'Islande, la Principauté du Liechtenstein, le Royaume de Norvège ou la Confédération suisse () ". Enfin, aux termes de l'article R. 615-3 du même code : " Avant de décider de mettre en œuvre la décision d'éloignement prise à l'encontre d'un étranger par un Etat mentionné à l'article R. 615-2, l'autorité administrative s'assure, dans tous les cas, de son caractère exécutoire et de ses motifs en consultant à cette fin l'Etat qui l'a édictée ".

9. D'une part, l'arrêté attaqué a été pris au motif que l'intéressé a fait l'objet d'un décret d'expulsion pris le 16 août 2024 par les autorités italiennes assortie d'une interdiction de retour sur ce territoire d'une durée de cinq ans qu'il n'a pas exécuté. Dans, cette mesure, l'intéressé ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée aurait été prise au motif qu'il constituerait une menace grave à l'ordre public au sens du 1°) de l'article de l'article R. 615-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche DCIO produite en défense, que M. B a bien fait l'objet d'une telle mesure d'expulsion décidée par les autorités italiennes et exécutoire de plein droit. Il en ressort également que lors de son interpellation le 4 novembre 2024, la police aux frontières a présenté une demande de réadmission auprès des mêmes autorité, acceptée le jour même. Toutefois, M. B a une nouvelle fois été interpelé le 5 novembre 2024 par les services de police, soit le lendemain de sa réadmission en Italie alors qu'il faisait bien l'objet d'une mesure d'expulsion d'un autre Etat européen. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché l'arrêté attaqué d'erreurs de droit en méconnaissance du 2° de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles R. 615-2 et R. 615-3 du même code. Par suite, les moyens doivent être écartés.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

12. Le requérant, âgé de 56 ans, soutient qu'il est entré en France pour la première fois en 1978, soit à l'âge de 10 ans, que sa mère, ses frères et ses sœurs ont la nationalité française, et qu'il ne dispose d'aucun lien familial ou privé en Algérie. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B a été éloigné vers son pays d'origine par un arrêté 26 juillet 2019, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans à laquelle il s'est conformé. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé, qui est entré à nouveau sur le territoire national en 2024, est sans-domicile fixe et sans ressources et ne démontre ni la nationalité française des membres de sa famille, ni les liens qu'il entretiendrait avec ceux-ci, ni encore qu'il serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet des Hautes-Alpes n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis en prenant à l'encontre de M. B la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 6 novembre 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. B au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1 er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Hautes-Alpes et à Me Durand.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

F. Chevillard Le greffier,

D. Martinier

La République mande et ordonne au des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 12 novembre 2024

Le greffier,

D. Martinier

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