Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, M. A... B..., représenté par Me Caudrelier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté n° 41/24 du 23 septembre 2024 portant révocation et radiation des cadres ;
2°) d’enjoindre à la commune de Minerve de procéder à sa réintégration et de reconstituer sa carrière à compter du 23 septembre 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Minerve une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son dossier ne lui a pas été transmis en intégralité, notamment en ce qui concerne les témoignages, en méconnaissance de l’article L. 532-4 du code général de la fonction publique ;
- l’avis du conseil de discipline ne lui a pas été communiqué en méconnaissance de l’article 14 du décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait en méconnaissance de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la matérialité des faits n’est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2025, la commune de Minerve, représentée par Me d’Audigier, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. B... la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- les observations de M. B...,
- et les observations de Me d’Audigier, représentant la commune de Minerve.
Une note en délibéré présentée par M. B... a été enregistrée le 6 février 2026.
Considérant ce qui suit :
M. B..., adjoint administratif principal occupant les fonctions de secrétaire de mairie au sein de la commune de Minerve, a fait l’objet d’un premier arrêté de révocation daté du 2 novembre 2022, annulé par un jugement du tribunal administratif de Montpellier du
5 juillet 2024. Le maire de la commune de Minerve a alors pris un second arrêté portant révocation daté du 23 septembre 2024. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 23 septembre 2024.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
En premier lieu, il résulte des termes de la décision attaquée qu’elle comporte l’ensemble des considérations de droit et de faits qui en constituent le fondement et mentionne avec suffisamment de précisions les faits reprochés à l’intéressé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 14 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : « L'avis émis par le conseil de discipline est communiqué sans délai au fonctionnaire intéressé ainsi qu'à l'autorité territoriale qui statue par décision motivée ».
Il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline s’est réuni le
9 septembre 2024 et a rendu un avis daté du même jour. Cet avis a été transmis à la commune de Minerve par courrier du 11 septembre 2024, reçu le 19 septembre suivant, alors que la décision attaquée a été prise le 23 septembre 2024 soit postérieurement à cette réception. La commune soutient avoir transmis à M. B... cet avis du conseil de discipline concomitamment à la notification de l’arrêté attaqué et produit l’accusé de réception correspondant. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée n’aurait pas été rendue après l’avis du conseil de discipline et de ce que l’agent n’aurait pas été destinataire dudit avis manquent en fait et doivent être écartés.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 532-4 du code général de la fonction publique : « Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes ».
Dans le cas où, pour prendre une sanction à l’encontre d’un agent public, l’autorité disciplinaire se fonde sur le rapport établi par une mission d’inspection, elle doit mettre cet agent à même de prendre connaissance de celui-ci ou des parties de celui-ci relatives aux faits qui lui sont reprochés, ainsi que des témoignages recueillis par les inspecteurs dont elle dispose, notamment ceux au regard desquels elle se détermine. Toutefois, lorsque résulterait de la communication d’un témoignage un risque avéré de préjudice pour son auteur, l’autorité disciplinaire communique ce témoignage à l’intéressé, s’il en forme la demande, selon des modalités préservant l’anonymat du témoin. Elle apprécie ce risque au regard de la situation particulière du témoin vis-à-vis de l’agent public mis en cause, sans préjudice de la protection accordée à certaines catégories de témoins par la loi.
Dans le cas où l’agent public se plaint de ne pas avoir été mis à même de demander communication ou de ne pas avoir obtenu communication d’une pièce ou d’un témoignage utile à sa défense, il appartient au juge d’apprécier, au vu de l’ensemble des éléments qui ont été communiqués à l’agent, si celui-ci a été privé de la garantie d’assurer utilement sa défense.
Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 15 juillet 2024, la commune de Minerve a informé M. B... qu’il avait droit à la communication de son dossier composé de son dossier individuel dans son intégralité, du rapport de saisine du conseil de discipline et des documents annexés. M. B... a demandé à l’administration par courrier du 14 août 2024 de lui transmettre ces documents. Il est constant que les documents transmis comprenaient la pièce 12 qui est le rapport d’enquête du centre de gestion du 15 septembre 2022 diligentée par le maire de la commune pour faire la lumière sur l’un seulement des reproches adressés à l’intéressé, à savoir les allégations de comportement agressif de l’agent mais ne comprenaient pas les auditions des agents communaux réalisées lors de cette enquête en méconnaissance des dispositions de l’article L. 532-4 du code général de la fonction publique. Toutefois, le rapport d’enquête détaille les faits reprochés et reprend en les citant les propos reprochés à M. B... qui ont été dénoncés par les agents entendus. Dans ces conditions, M. B..., informé en détails de l’ensemble des faits reprochés, a été en mesure d’assurer utilement sa défense malgré l’absence de communication des auditions des témoins qu’il n’a d’ailleurs pas sollicitées. Le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit donc être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
Aux termes de l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : (…) 4° Quatrième groupe : (…) b) La révocation ».
Il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'apporter la preuve de l'exactitude matérielle des griefs sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
Il ressort des termes de l’arrêté du 23 septembre 2024 portant révocation que le maire de Minerve a retenu que M. B... avait commis de graves manquements à ses obligations professionnelles à savoir la falsification de documents administratifs et de signatures, le non-respect des règles sanitaires malgré la présence d’un agent vulnérable, les violences verbales à l’encontre des collègues de travail et le comportement agressif envers les usagers et enfin de détournement de fonds.
S’agissant des violences verbales à l’encontre des agents communaux et des élus et des comportements agressifs envers les usagers, il ressort du rapport d’enquête établi par le centre de gestion après audition de l’ensemble du personnel municipal et des élus que cinq agents et trois élus ont révélé ces agissements dont les termes exacts ont été retranscrits dans le rapport d’enquête qui a été communiqué à M. B... qui ne les conteste pas. S’agissant du détournement de fonds, il ressort des pièces du dossier que ces faits sont établis dès lors que, si la plainte déposée à l’encontre de M. B... a fait l’objet d’un classement avec abandon des poursuites, ce classement a été associé à un rappel à la loi et à une obligation de réparer le dommage causé à la victime. S’agissant du non port du masque, il ressort du rapport d’enquête que trois élus ont attesté que l’intéressé ne portait pas le masque de protection respiratoire alors obligatoire alors qu’un agent était identifié comme personne vulnérable, ce que ne conteste pas le requérant. Les allégations du requérant quant à l’absence de retard dans le traitement des factures ou à l’absence de commande de matériel personnel sur le compte de la commune alors que ces griefs n’ont pas été repris dans la décision attaquée, sont inopérants. En revanche, par les pièces qu’elle produit, la commune n’établit pas la falsification par M. B... d’un pass sanitaire, ni la falsification de la signature du maire. Il résulte cependant de l’instruction qu’en l’absence de ces deux derniers griefs, le maire de la commune de Minerve aurait pris la même décision au vu de la gravité des griefs établis.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de l’arrêté du 23 septembre 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté contesté, n’implique pas la réintégration de l’intéressé et la reconstitution de sa carrière. Par suite, les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au maire de Minerve de prendre de telles mesures doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Minerve, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B... la somme qu’il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par la commune de Minerve.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Minerve présentées en application de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la commune de Minerve.
Délibéré après l'audience du 6 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mars 2026.
La rapporteure,
C. C...
Le président,
V. Rabaté
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 6 mars 2026.
La greffière,
B. Flaesch