vendredi 21 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2501229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | PROCEDURES 96 H H / 48 H |
| Avocat requérant | HOSSEINI NASSAB NADJAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2025, M. A B, représenté par Me Hosseini Nassab, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2025 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce même territoire pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité non habilitée ;
- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a droit à un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
- la décision attaquée est illégale par voie d'exception en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Var, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance avant la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Chevillard, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 février 2025 :
- le rapport de M. Chevillard, magistrat désigné ;
- les observations de Me Hosseini-Nassab, avocat commis d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Le préfet du Var n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 5 décembre 1983, déclare être entré sur le territoire français en 2020. Par un arrêté du 14 février 2025, le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce même territoire pour une durée de trois ans. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique () ". Aux termes de l'article 20 de cette même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé pour le préfet du Var par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture. M. C a reçu, par un arrêté 10 décembre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, délégation de signature à l'effet de signer tous les actes en matière d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes applicables et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ressort des termes même de cet arrêté que le préfet du Var a considéré que l'intéressé n'a effectué aucune démarche administrative afin de régulariser sa situation depuis l'expiration de son titre de séjour le 26 juin 2018 et se trouve en situation irrégulière, que son comportement constitue une menace à l'ordre public, dans la mesure où il a été signalé pour des faits de port d'arme en 2010, de violences en 2017 et de recel de vol en 2020 et qu'il entre, en conséquence, dans les dispositions de l'article L.611-1-2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste serait insuffisamment motivée ou qu'elle aurait été prise en l'absence d'examen sérieux de sa situation personnelle. Par suite, ces deux moyens ne peuvent être qu'écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Par ailleurs, l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être présent en France depuis 2000, est marié avec une ressortissante française avec qui il a eu six enfants, de même nationalité, nés respectivement en France en 2007, 2009, 2010, 2012, 2017 et 2019. Toutefois, l'intéressé, qui mentionne dans son audition par les services de police avoir fait l'objet d'un signalement pour des faits de port d'arme en 2010 et de violences en 2017, a été condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement pour des faits de recel de vol par un jugement rendu par le tribunal judicaire de Nice en décembre 2020, condamnation portée à une peine de quatre ans d'emprisonnement assortie d'une interdiction du territoire des Alpes-Maritimes pour une durée de cinq ans. Si M. B soutient à l'audience qu'il résidait avec son épouse et ses enfants avant sa condamnation pénale et que ces derniers ont régulièrement usé de leur droit de visite pendant son incarcération, il ne produit aucune pièce tendant à le démontrer. Par ailleurs, si le requérant soutient que l'interdiction de territoire précitée l'empêche de voir ses enfants qui résident dans le département des Alpes-Maritimes, les seules attestations émanant de ses enfants, à l'exclusion d'autres documents émanant de tiers, sont insuffisant pour démontrer qu'il participe de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. En outre, M. B précise à l'audience que son épouse ne travaille pas. Dans cette mesure, il n'est aucunement démontré que cette dernière et ses enfants seraient matériellement empêchés de rendre visite à M. B qui réside dans le Var. Ainsi, eu égard à la gravité des faits pour lequel M. B a été condamné et en l'absence de contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, c'est sans commettre d'erreur de droit, que le préfet du Var a considéré que l'intéressé constituait une menace à l'ordre public et pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans que n'y fasse obstacle sa qualité de parent français. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. B constitue une menace à l'ordre public. Par ailleurs, aucune preuve d'une communauté de vie avec son épouse ou de contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ne ressort des pièces versées au dossier. En outre, si le requérant soutient que ses frères et sœurs résident régulièrement en France, la seule attestation de l'un de ses frères ne permet pas de l'établir. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté au même titre que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. Eu égard aux motifs exposés aux points 7 et 8, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 doit également être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
12. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, compte-tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 7 concernant la menace à l'ordre public que représente le requérant et en l'absence de garantie effective de représentation le concernant, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. En dernier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 février 2025 par lequel le préfet du Var a obligé M. B à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction au réexamen de sa situation et au titre de l'article L.761-1 du code de justice doivent également être rejetées.
D E C I D E
Article 1 er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Var et à Me Hosseini-Nassab.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.
Le magistrat désigné,
F. Chevillard La greffière,
C. Touzet
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 février 2025
La greffière,
C. Touzet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026