Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 22 mai 2025 prononçant la fermeture administrative de l'établissement « Sucré Salé » pour six mois. La société requérante invoquait l'urgence et plusieurs moyens de légalité, notamment l'insuffisance de motivation, la méconnaissance des droits de la défense, l'inexactitude matérielle des faits et le caractère disproportionné de la sanction. Le juge a estimé qu'aucun de ces moyens n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, sans se prononcer sur la condition d'urgence. Cette décision est fondée sur les articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur l'article 1825 du code général des impôts et l'article L. 3332-15 du code de la santé publique.
Texte intégral
Le juge des référésVu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mai 2025, la société Sucré Salé, représentée par Me Royer, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du préfet de l’Hérault en date du 22 mai 2025 prononçant la fermeture administrative de l’établissement « Sucré Salé » pour une durée de 6 mois ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions la durée de fermeture administrative prononcée à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-l’urgence est caractérisée : l’exécution de la décision contestée va entraîner un préjudice financier important et menace la pérennité de la société compte tenu du montant élevé de ses charges de fonctionnement et des six salariés qu’elle emploie ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : elle est insuffisamment motivée en droit ; elle méconnait les droits de la défense compte tenu de l’absence de transmission des procès-verbaux d’infractions et pièces de la procédure ; elle est entachée d’inexactitude matérielle des faits dès lors qu’il n’est pas établi qu’elle était propriétaire des marchandises, et notamment du tabac, retrouvées dans une réserve et dans un scooter, ni qu’elle aurait effectivement procédé à la vente de protoxyde d’azote auprès de mineurs ; le préfet s’est estimé à tort en situation de compétence liée pour prononcer une fermeture administrative pour une durée de 6 mois ; la mesure de fermeture administrative d’une durée de 6 mois revêt un caractère disproportionné au regard des manquements qui lui sont reprochés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jérôme Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Après avoir notamment constaté le 18 février 2025 la présence, dans une réserve située non loin de l’établissement « Sucré Salé », de plus de 500 paquets de cigarettes et de tabac, le préfet de l’Hérault a, par arrêté en date du 22 mai 2025, prononcé la fermeture administrative de cet établissement pour une durée de 6 mois. La société Sucré Salé, exploitante de l’établissement du même nom, demande au juge des référés d’ordonner la suspension de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes enfin de l’article L 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L.522-1 ».
3. Aux termes de l’article 1825 du code général des impôts : « La fermeture de tout établissement dans lequel aura été constatée l'une des infractions mentionnées à l'article 1817 peut être ordonnée, pour une durée ne pouvant excéder six mois, par arrêté préfectoral pris sur proposition de l'autorité administrative désignée par décret. Cet arrêté est affiché sur la porte de l'établissement pendant la durée de la fermeture ». Aux termes de l’article L. 3332-15 du code de la santé publique : « (…). 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée par le représentant de l'Etat dans le département pour six mois ».
4. A l’appui de ses conclusions aux fins de suspension de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 22 mai 2025, la société Sucré Salé fait valoir que cette décision est insuffisamment motivée en droit, qu’elle méconnait les droits de la défense compte tenu de l’absence de transmission des procès-verbaux d’infractions et pièces de la procédure, qu’elle est entachée d’inexactitude matérielle des faits dès lors qu’il n’est pas établi qu’elle était propriétaire des marchandises, et notamment du tabac, retrouvées dans une réserve et dans un scooter, ni qu’elle aurait effectivement procédé à la vente de protoxyde d’azote auprès de mineurs, que le préfet s’est estimé à tort en situation de compétence liée pour prononcer une fermeture administrative pour une durée de 6 mois et, enfin, que la mesure de fermeture administrative d’une durée de 6 mois revêt un caractère disproportionné au regard des manquements qui lui sont reprochés. Cependant, aucun des moyens ainsi soulevés n’est manifestement propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté du préfet de l’Hérault. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence d’une situation d’urgence justifiant que soit suspendue l’exécution de cette décision, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par la société Sucré Salé comme étant manifestement mal fondées, en application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative précitées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à réduire la durée de fermeture administrative prononcée à son encontre.
5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de la société Sucré Salé, en ce compris ses conclusions présentées en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société Sucré Salé est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société sucré Salé.
Copie pour information en sera adressée au préfet de l’Hérault.
Fait à Montpellier, le 28 mai 2025.
Le juge des référés,
J. Charvin
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 mai 2025
La greffière,
A-L. Edwige