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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2506273

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2506273

lundi 16 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2506273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre OQTF 6 mois
Avocat requérantRUFFEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de Mme A..., une ressortissante albanaise, visant à annuler l'arrêté préfectoral du 10 avril 2025 refusant un titre de séjour et prononçant une OQTF avec interdiction de retour d'un an. Le tribunal a jugé que le signataire de l'arrêté était compétent en vertu d'une délégation régulière et que la motivation de la décision était suffisante. La solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, non communiqué, enregistrés les 29 août 2025 et 6 janvier 2026, Mme B... A..., représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 10 avril 2025 par lequel le préfet de l’Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
d’enjoindre à la préfète de l’Hérault de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Ruffel en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision portant refus de séjour a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en tant qu’il n’a pas été procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elles est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire enregistré le 15 décembre 2025, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Quéméner, rapporteure ;
- et les observations de Me Ruffel, représentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante albanaise née le 14 août 1988, est entrée régulièrement en France sous couvert de son passeport le 16 avril 2019, accompagnée de ses trois enfants. Elle a présenté une demande d’asile, qui a été rejetée par une décision du 16 juin 2019 du directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 25 octobre 2019. Le 2 septembre 2019, le préfet de l’Hérault a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours assortie d’une interdiction de retour d’une durée de quatre mois à laquelle elle n’a pas déféré. Elle a alors présenté une demande de titre de séjour en raison de l’état de santé de l’un de ses fils, qui a été rejetée par un arrêté du préfet de l’Hérault du 16 septembre 2021, assorti d’une nouvelle obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, que l’intéressée n’a pas exécutée. Par la présente requête, elle demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 10 avril 2025 par lequel le préfet de l’Hérault a rejeté sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction :

En ce qui concerne le moyen commun à l’ensemble des décisions :

2. L’arrêté litigieux a été signé pour le préfet de l’Hérault par Mme Véronique Martin Saint Léon, secrétaire générale de la préfecture de ce département, en vertu d’une délégation dument consentie par un arrêté du préfet n°2025-03-DRCL-066 du 3 mars 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu’aux parties sur le site internet de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. L’arrêté litigieux fait mention des motifs de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions prises à l’encontre de Mme A..., qui a été en mesure d’en discuter utilement le bien-fondé, alors même que le préfet, qui n’y est pas tenu, n’aurait pas repris l’ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l’intéressée ou n’aurait pas procédé à un examen des conséquences de sa décision sur ses enfants. La circonstance que ne soit pas visée la convention internationale relative aux droits de l’enfant ne saurait pas davantage caractériser une insuffisance de motivation de la décision en cause. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de la motivation manque en fait et doit être écarté.

4. Il ne ressort ni de la motivation de la décision litigieuse, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de l’Hérault se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme A.... L’erreur de droit ainsi soulevée doit donc être écartée.

5. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ». Pour l’application de ces stipulations et dispositions, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

6. Les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne garantissent pas à un ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale.

7. Mme A... fait valoir qu’elle est entrée régulièrement en France le 16 avril 2019 accompagnée de ses trois enfants, qu’elle y réside depuis lors, soit depuis six ans à la date de la décision attaquée, que ses enfants y sont scolarisés, qu’elle maîtrise la langue française et qu’elle est socialement parfaitement intégrée. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu’à la suite du rejet de la demande d’asile qu’elle a présentée à son arrivée en France, elle n’a pas exécuté les deux mesures d’éloignement prises à son encontre par le préfet de l’Hérault en septembre 2019 et septembre 2021, de sorte que sa présence sur le territoire résulte pour l’essentiel de sa durée de son maintien irrégulier. La requérante se prévaut d’ailleurs d’une bonne intégration notamment au sein d’un large réseau tant de voisinage, qu’amical, confessionnel et professionnel et de son investissement dans la vie associative, notamment à travers des activités de bénévolat pour la ville de Béziers, pour l’association des Restos du Cœur depuis septembre 2022 ou auprès des religieuses du Sacré cœur de Marie ainsi que de son intégration professionnelle auprès des communautés religieuses biterroises. Toutefois, et d’une part, s’agissant de son insertion professionnelle, l’activité exercée par Mme A... s’est limitée à l’occupation d’emplois à temps partiel pour des salaires nets n’ayant jamais excédé 500 euros par mois, ce qui ne suffit ni à lui procurer des revenus suffisants ni à caractériser une insertion socio-économique particulière. D’autre part, si la requérant se prévaut d’un réseau amical, elle ne justifie en France d’aucune attache particulière en dehors de la cellule familiale qu’elle forme avec ses enfants de même nationalité. Enfin elle ne fait valoir aucun obstacle à ce que l’ensemble de la famille retourne dans le pays d’origine de Mme A..., où elle a vécu jusqu’à l’âge de trente ans et où elle ne conteste pas avoir conservé des attaches familiales. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés comme celui tiré de ce que le préfet de l’Hérault aurait commis une erreur d’appréciation de sa situation.

8. Enfin les décisions attaquées n’ont ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de la requérante de leur mère. Et Mme A... ne fait valoir aucun obstacle à la poursuite de leur scolarité dans leur pays d’origine. Il s’ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant sera également écarté.

9. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». Ces dispositions ne prescrivent pas la délivrance d’un titre de séjour de plein droit mais laissent à l’administration un large pouvoir pour apprécier si l’admission au séjour d’un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l’intéressé se prévaut. Il appartient au juge administratif, saisi d’un moyen en ce sens, de vérifier que l’autorité administrative n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation qu’elle a portée sur sa situation.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet de l’Hérault n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en estimant que Mme A... ne justifiait ni d’une situation relevant de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 435-1 doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l’exception et tiré de l’illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

12. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 8 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé par la voie de l’exception et tiré de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. L’arrêté comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s’est fondé pour prononcer à l’encontre de Mme A... une interdiction de retour sur le territoire français, notamment au regard des critères énumérés à l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tiré de l’insuffisance de la motivation de la décision en cause doit dès lors être écarté.

15. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger n’est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français ».

16. Au regard de la situation de Mme A..., telle qu’exposée au point 7, et compte tenu des deux mesures d’éloignement dont elle a déjà fait l’objet, le préfet de l’Hérault n’a pas fait une inexacte appréciation des faits en prononçant à l’encontre de Mme A... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, alors même que sa présence ne constitue pas une menace pour l’ordre public.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A... tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 10 avril 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme quelconque au bénéfice du conseil de Mme A... au titre des frais non compris dans les dépens.


DECIDE :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la préfète de l’Hérault.

Délibéré à l’issue de l’audience du 14 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Valérie Quéméner, présidente,
Mme Sophie Crampe, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2026.


La présidente-rapporteure,
V. Quéméner

Le greffier,
D. Martinier
L’assesseure la plus ancienne,
S. Crampe



La République mande et ordonne à la préfète de l’Hérault en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 mars 2026,

Le greffier,



D. Martinier

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