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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2601089

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2601089

lundi 16 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2601089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSORANO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a été saisi d'une demande de suspension en référé d'un permis de construire. Les requérants, riverains du projet, invoquaient un doute sérieux sur sa légalité, notamment quant à la procédure d'instruction, la sécurité des accès et la conformité aux règles d'urbanisme et d'environnement. Le juge des référés a rejeté la demande de suspension, considérant que les moyens soulevés ne créaient pas un doute sérieux justifiant l'arrêt des travaux, en application des articles L. 521-1 du code de justice administrative et L. 600-3 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrées les 11 février et 11 mars 2026, M. et Mme I... et L... F..., Mme G... Q..., M. et Mme K... et A... F..., M. et Mme B... et C... O..., Mme M... D..., épouse E... et Mme H... N... représentés par Me Sorano, demandent au juge des référés dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d’ordonner la suspension, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de l’exécution de l’arrêté n° PC0341452500028 délivré le 15 décembre 2025 par le maire de la commune de Lunel à la société Vinci Immobilier Méditerranée en vue de la construction d’une résidence de 31 logements avec parking sur les parcelles cadastrées section BC numéros 10 et 11 sises 385, avenue de Mauguio sur le territoire de la commune de Lunel ;
2°) de rejeter toute demande de la SNC Vinci Immobilier Méditerranée ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lunel le versement de la somme de 3 500 euros aux requérants en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur la recevabilité :
- la condition de recevabilité tenant à la notification du recours contentieux est matérialisée ;
- la condition de recevabilité aux délais fixés par l’article R. 600-2 du code de l’urbanisme est remplie ;
- les requérants ont intérêt à agir en qualité de voisins immédiats du projet et eu égard aux impacts du projet sur les conditions de jouissance et d’utilisation de leurs propriétés ;

Sur l’urgence :
- ils bénéficient de la présomption d’urgence issue de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme ;
- la condition d’urgence est remplie, d’une part, eu égard au caractère difficilement réversible de la construction projetée avant que le juge du fond ait pu statuer sur la requête en annulation, et d’autre part, en raison de la dangerosité de l’accès lors des travaux de construction du projet et dès lors que le dossier de permis de construire évoque un simple « miroir de visibilité » devant le portail d’accès pour la sortie des véhicules alors même que projet a vocation à s’implanter dans un secteur fortement urbanisé au croisement de nombreuses infrastructures, notamment scolaires, et où le flux de la circulation routière est déjà très important ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en litige :
- l’auteur ayant signé l’arrêté litigieux était incompétent pour ce faire ;
- l’arrêté litigieux a été délivré à l’issue d’une procédure d’instruction irrégulière l’entachant d’illégalité au regard des articles L. 423-1 et suivants et R. 423-19 et suivants du code de l’urbanisme ;
- le dossier de permis de construire était incomplet en raison de l’absence au dossier de la notice hydraulique, une telle absence d’un document obligatoire ne pouvait ni être compensée par d’autres informations contenues au sein du dossier de demande, ni être régularisée dès lors que le dépôt de pièces complémentaires est intervenu le 19 novembre 2025, soit 21 jours après le délai d’instruction et la naissance de la décision tacite retirée ;
- l’arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l’article R. 423-53 du code de l’urbanisme dès lors que l’avis du gestionnaire de la voie publique aurait dû être sollicité dans la mesure où l’accès est modifié et provoque un changement dans la configuration matérielle des lieux et dans l’usage qui en est fait ;
- l’arrêté litigieux méconnaît les dispositions des articles R. 111-2 du code de l’urbanisme et UD3 du règlement du plan local d’urbanisme :
* d’une part, dès lors que l’implantation du projet va entraîner des nuisances sonores et visuelles importantes, que le flux de circulation sera nettement supérieur au flux actuel, que l’accès n’est pas adapté à l’opération, ni aménagé de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique et en raison du fait que l’opération prend accès sur une piste cyclable ;
* d’autre part, lorsque la commune a informé le pétitionnaire de l’ouverture d’une procédure préalable de retrait de la décision tacite née le 29 octobre 2025, elle a elle-même expressément relevé que le projet était non conforme aux dispositions réglementaires en zone inondable d’aléa résiduel et modéré, aux dispositions de l’article R.111-2 du code de l’urbanisme (risque inondation), à l’article UD4 du règlement du PLU qui dispose que des dispositions particulières pourront être imposées pour limiter l’afflux trop rapide des eaux de ruissellement dans les ouvrages dont les caractéristiques ne seraient pas adaptées à l’importance de ces constructions ou installations et à l’article UD3 dès lors que l’implantation du local à ordures ménagères ne permet pas une visibilité optimale lors des sorties de véhicules sur une voirie disposant d’une voie cyclable menant à un groupe scolaire important ;
- l’arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l’article UD4 du règlement du plan local d’urbanisme à deux égards :
* le service de gestion des déchets de Lunel agglo a rendu un avis dans lequel il considère que le projet méconnaît les dispositions de l’article UD4 eu égard à l’absence d’espace de compostage collectif, sans qu’il ne ressorte des pièces du dossier que ce point aurait été régularisé ;
* le pétitionnaire n’a pas tenu compte des conséquences du projet sur le ruissellement des eaux pluviales, alors même que ce projet remplace une emprise au sol avant travaux de 357 m² à 1243 m² sur une parcelle de 2 863 m², sans que la note hydraulique, produite 21 jours après le terme du délai d’instruction et après l’ouverture de la procédure préalable au retrait de l’autorisation tacite du 29 octobre n’ait pu être exploitée et n’ait pu régulariser le vice.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 et 12 mars 2026, la SNC Vinci Immobilier Méditerranée, représentée par Me Boillot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité de la requête :
- M. et Mme I... et L... F..., M. et Mme K... et A... F..., M. et Mme O..., ainsi que Mme N..., n’étant pas voisins immédiats du projet et accédant à leur maison par des accès différents de ceux qui desserviront le projet, ne justifient pas d’un intérêt à agir dès lors que le projet ne porte pas atteinte à leurs conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de leurs biens, étant précisé que l’argumentation liée à l’augmentation du trafic et aux difficultés de circulation est inopérante ;
- Mme Q..., nue-propriétaire des parcelles BC n° 8 et n° 9 ne justifie pas d’un intérêt à agir puisqu’elle n’est pas domiciliée dans la maison, mais vit à Casteljaloux ;
- Mme M... E... ne justifie pas d’un intérêt à agir non plus, quand bien même elle est voisine immédiate du projet dès lors que la maison existante présente une végétation tellement importante qu’aucun vis-à-vis n’est possible avec la nouvelle opération ;
- Mme N... ne justifie pas être propriétaire de la parcelle BC n° 2 dès lors qu’elle produit un acte de propriété incomplet qui ne mentionne pas l’achat de cette parcelle et méconnaît donc l’article R. 600-4 du code de l’urbanisme ;

Sur l’urgence :
- la présomption d’urgence de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme est réfragable et peut être renversée, car si les requérants se bornent à soutenir que la construction autorisée par le permis de construire contesté sera difficilement réversible et qu’ils bénéficient d’une présomption d’urgence, la SNC Vinci Immobilier Méditerranée s’engage à ne pas mettre en œuvre le permis de construire délivré par la commune de Lunel avant qu’il n’ait acquis un caractère définitif et il n’y a aucune probabilité d’exécution imminente, rendant ainsi le risque de dommage irréversible insuffisant pour justifier une situation d’urgence ;


Sur le doute sérieux quant à la légalité :
- il ressort de l’arrêté de délégation du 10 décembre 2025 produit par les requérants eux-mêmes que M. P... a reçu délégation de fonction et de signature dans le domaine de l’urbanisme, notamment pour la signature des autorisations d’urbanisme ;
- le moyen tiré de l’illégalité de la procédure d’instruction du permis de construire doit être rejeté dès lors que l’arrêté du 15 décembre 2025 a eu pour effet de retirer implicitement le permis de construire tacite en date du 29 octobre 2025, sachant qu’un courrier de procédure préalable contradictoire a été adressé le 29 octobre 2025 au pétitionnaire et étant précisé que cet arrêté du 15 décembre 2025 prend acte des nouvelles pièces déposées et des modifications intervenues à la suite des différents avis rendus et fixe des prescriptions spéciales ;
- le moyen tiré de l’incomplétude du dossier sera également rejeté en ce que, contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, la note hydraulique a non seulement été produite le 19 novembre 2025 par la société pétitionnaire, et prise en compte pour l’instruction de la demande de permis de construire, mais il est également à noter que les services concernés ont été à nouveau saisi pour avis postérieurement à ce dépôt, que les pièces complémentaires sont également expressément visées par l’arrêté du 15 décembre 2025 et que l’article 2 prévoit que les prescriptions relatives à la gestion des eaux pluviales émises par Lunel Agglo devront impérativement être respectées ;
- la commune de Lunel est bel et bien désormais gestionnaire de cette voie de telle sorte que l’avis du département de l’Hérault n’avait pas à être sollicité et que les dispositions de l’article R. 423-53 du code de l’urbanisme n’ont pas été méconnues ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme sera rejeté dès lors que :
* les requérants ne démontrent pas la réalité du risque qu’ils invoquent ;
* la vitesse est limitée à 30 km/h avec présence de ralentisseurs ;
* l’accès donne sur une ligne droite assurant une excellente visibilité ;
* au niveau du virage, la route est à sens unique sans qu’aucun véhicule n’ait vocation à arriver sur l’avenue de Mauguio ;
* plusieurs accès à des parkings collectifs donnent déjà sur l’avenue de Mauguio et nécessitent de traverser la piste cyclable ;
* l’avenue de Mauguio présente une bande de roulement de plus de 5 mètres et une largeur totale de plus de 7 mètres ;
* le projet prévoit une implantation du portail d’accès en recul de l’avenue de Mauguio afin de ne pas déboucher directement ni sur la route, ni sur la piste cyclable ;
* le projet prévoit l’implantation d’un miroir afin d’améliorer la visibilité, sans être gêné par le local dédié aux ordures ménagères ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l’article UD4 du règlement du plan local d’urbanisme sera écarté en ses deux branches dès lors que, d’une part, le projet doit impérativement prévoir une aire de compostage partagée tel qu’il ressort des prescriptions de l’article 4 de l’arrêté du 15 décembre 2025 et en tout état de cause, il ressort d’une plan de masse du projet qu’une telle aire est prévue, et d’autre part, dès lors que le projet, qui a fait l’objet d’un avis favorable du service Eaux pluviales de Lunel Agglo et pour lequel une note hydraulique a été fournie par la société pétitionnaire, prévoit une compensation de l’imperméabilisation de l’ordre de 120 l/m², un débit de fuite conforme à la doctrine de la DDTM et l’installation d’un poste de relevage.

La requête et la procédure ont été communiquées à la commune de Lunel qui n’a pas produit d’observations.

Vu :
- la requête enregistrée le 11 février 2026 sous le n° 2601088, par laquelle les requérants demandent l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 12 mars 2026 à 10 heures :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;
- les observations de Me Sorano, représentant les requérants, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Boillot, représentant la SNC Vinci Immobilier Méditerranée, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens.

Après avoir pris connaissance de la note en délibéré, enregistrée le 12 mars 2026 à 11H18, présentée pour M. et Mme F... et autres.


Considérant ce qui suit :

Le 29 juillet 2025, la SNC Vinci Immobilier Méditerranée a déposé auprès des services de la commune de Lunel un dossier de demande de permis de construire en vue de la construction d’une résidence de 31 logements avec parking sur les parcelles cadastrées section BC numéros 10 et 11 sises 385, situées avenue de Mauguio sur le territoire de la commune de Lunel. Par un arrêté n° PC 034 145 25 00028 du 15 décembre 2025, la commune a accordé le permis de construire sollicité. Par la présente requête, les requérants demandent au juge des référés de suspendre l’exécution dudit arrêté du 15 décembre 2025.

Sur les conclusions à fin de suspension :

Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

D’une part, aux termes de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme : « Lorsqu’un recours formé contre une décision d’opposition à déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d’aménager ou de démolir est assorti d’un référé introduit sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d’urgence est présumée satisfaite ».
D’autre part, aux termes de l’article R. 600-6 du code de l’urbanisme : « Le juge statue dans un délai de dix mois sur les recours contre les permis de construire un bâtiment comportant plus de deux logements, contre les permis d'aménager un lotissement ou contre les décisions refusant la délivrance de ces autorisations. »
En l’espèce, la société pétitionnaire produit une attestation sur l’honneur selon laquelle elle ne mettra pas en œuvre le permis de construire en litige qui a lui été délivré par le Maire de Lunel tant que ledit permis de construire ne sera pas devenu définitif. Par ailleurs, la requête en annulation enregistrée sous le n° 2601088 le 11 février 2026 fera l’objet d’un audiencement prioritaire en application des dispositions précitées de l’article R. 600-6 du code de l’urbanisme.

Par suite, et en l’état de l’instruction, la condition d’urgence de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est, au cas d’espèce, pas satisfaite et la requête ne pourra qu’être rejetée, sans qu’il soit besoin de statuer sur sa recevabilité.

Sur les frais irrépétibles :

7. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

8. La commune de Lunel n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions des requérants tendant à ce qu’une somme soit mise à sa charge sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne pourront qu’être rejetées.

9. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées sur le même fondement par la SNC Vinci Immobilier Méditerranée.






O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme F... et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SNC Vinci Immobilier Méditerranée sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.



Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme I... et L... F..., premièrement désignés dans la requête, à la commune de Lunel et à la SNC Vinci Immobilier Méditerranée.


Fait à Montpellier, le 16 mars 2026.


La juge des référés,
F. Corneloup
La greffière,
M. J...




La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 mars 2026

La greffière,




M. J...

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