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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2601925

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2601925

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2601925
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKOUAHOU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a ordonné à la préfète de l'Hérault de mettre à disposition de la requérante et de sa fille mineure un hébergement d'urgence dans un délai de 24 heures. Le juge a considéré que l'absence de prise en charge portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, et constituait une violation d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été accordée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mars 2026, Mme A... C..., représentée par Me Kouahou, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’enjoindre à la préfète de l’Hérault de l’orienter dans un délai de 24 heures, vers une structure d’hébergement, susceptible de l’accueillir jour et nuit dans les conditions respectant leur dignité dans la ville de Montpellier, à compter de l’ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 100 € par jour de retard ;

3°) de condamner l’Etat à verser à son conseil, Me Kouhaou, la somme de 1 500 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle est à la rue avec sa fille mineure, scolarisée, qu’elle nécessite un suivi médical en raison d’une sclérose en plaques et que leur recherche de logement durable est restée vaine malgré plusieurs appels au centre 115 ;
- la décision porte atteinte à leur droit à l’hébergement d’urgence institué par l’article L. 354-2-2 du code de l’action sociale et des familles et au droit au respect de la dignité humaine et de la vie privée et familiale, consacrés par les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’action sociale et des familles ;
la loi du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montpellier a désigné M. Gayrard, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement convoquées à l’audience publique.

Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 12 mars à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Gayrard ;
- et les observations de Me Kouahou, représentant Mme C....

Après avoir prononcé la clôture de l’instruction à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


Mme A... C..., ressortissante espagnole née le 16 décembre 2000, déclare être entrée en France, avec sa fille B..., née le 2 mars 2021, en raison de violences conjugales. Par la présente requête, présentée sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme C... demande au juge des référés d’enjoindre à la préfète de l’Hérault de lui indiquer un lieu d’hébergement sur Montpellier pour sa fille et elle dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l’ordonnance.


Sur la demande d’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la présente requête, de prononcer l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de Mme C....


Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

L'article L. 521-2 du code de justice administrative dispose que : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».



L’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l’autorité du préfet, « un dispositif de veille sociale chargé d’accueillir les personnes sans abri ou en détresse ». Aux termes de l’article L. 345-2-2 : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d’urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / L'hébergement d’urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie (...) ». Aux termes de l’article L. 345-2-3 : « Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. ». Aux termes de l’article L. 121-7 du même code : « Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : (…) / 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 (…) ».

Il appartient aux autorités de l’Etat, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l’accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d’apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l’administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l’âge, de l’état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

Il résulte de l’instruction que Mme C... est entrée en France avec sa fille mineure, en raison de violences conjugales et n’a trouvé jusque-là aucune solution de logement durable, ni obtenu un hébergement d’urgence en dépit d’appels auprès de la plateforme du service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) – 115 établis à compter du 3 février 2026. Compte tenu des effets de cette situation sur sa fille de 5 ans scolarisée et de son état de santé nécessitant un suivi médical, et compte tenu de l’absence de mémoire du préfet de l’Hérault quant aux moyens actuels en matière d’hébergement d’urgence, l’absence de toute proposition d’hébergement d’urgence constitue une carence caractérisée dans l’accomplissement de la mission confiée à l’Etat par les dispositions rappelées aux points précédents. Dans les circonstances de l’espèce, cette situation fait ainsi apparaître, pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ainsi qu’une situation d’urgence.

Il découle de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Hérault indiquer à Mme C... un lieu d’hébergement pour sa famille dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une quelconque astreinte.

Sur les frais du litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C... présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


O R D O N N E :


Article 1er : Mme C... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l’Hérault d’indiquer à Mme C... un lieu d’hébergement pour sa fille et elle dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C..., au préfet de l’Hérault et à Me Kouahou.

Fait à Montpellier, le 12 Mars 2026.


Le juge des référés,



JP. Gayrard


La République mande et ordonne à la préfète de l’Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 mars 2026.

Le greffier,


D. Martinier



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