Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2026 sous le numéro 2601934, M. B... A..., représenté par Me Misslin, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision implicite de refus de délivrance de carte de résident ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Hérault de réexaminer la situation du requérant dans un délai de 10 jours suivant la notification de l’ordonnance à intervenir, si besoin sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai une attestation de prolongation d’instruction l’autorisant à travailler le temps de l’instruction de sa demande ;
3°) de condamner la préfète de l’Hérault à verser à Me Misslin la somme de 1 800 euros, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique sous réserve que Me Misslin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, ou à défaut de condamner la préfète de l’Hérault à payer au requérant la somme de 1 800 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l’urgence :
- l’urgence est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour ;
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision attaquée le place dans une situation de précarité administrative et financière, en particulier eu égard au fait que si aucun titre de séjour, ni aucune attestation de prolongation d’instruction ne lui est délivré, il perdra son emploi et ne pourra prétendre ni au chômage, ni aux prestations sociales, mais également eu égard au fait qu’il doit subvenir aux besoins de sa famille, notamment de sa fille mineure dont il a la garde exclusive ; enfin, la condition d’urgence est remplie en ce que la décision lui cause un préjudice dès lors qu’il est considéré commun un débutant au sein de son entreprise, l’empêchant de prétendre à des primes et dès lors qu’il est confronté à un risque d’éloignement alors même qu’il bénéficie d’un droit au séjour de plein droit du fait de sa qualité de conjoint de français et que cette situation emporte d’importantes répercussions sur son état de santé ;
Sur les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
- la décision attaquée méconnaît les articles L. 423-6 et L. 433-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Par des pièces, enregistrées le 30 mars 2026, la préfète de l’Hérault informe le tribunal qu’elle a délivré au requérant une nouvelle attestation de prolongation d’instruction valable du 20 mars 2026 au 19 juin 2026.
Vu :
- la requête enregistrée le 10 mars 2026 sous le numéro n° 2601940 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision litigieuse ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 31 mars 2026 à 11 heures :
- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;
- les observations de Me Misslin, représentant le requérant, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens.
La préfète de l’Hérault n’était ni présente, ni représentée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant marocain né le 6 juin 1986 à Meknès (Maroc) et entré régulièrement en France le 14 mars 2021 sous couvert d’un visa long séjour mention « conjoint de français », a sollicité, par une demande du 19 décembre 2023, le renouvellement de son titre de séjour valable jusqu’au 3 mars 2024, ainsi que la délivrance d’une carte de résident. Aucune réponse expresse n’étant intervenue, une décision implicite de rejet de sa demande est née le 19 avril 2024. M. A... a bénéficié d’une attestation de prolongation d’instruction jusqu’au 28 février 2026, laquelle a été renouvelée, postérieurement à l’introduction de la requête, pour la période du 20 mars 2026 au 19 juin 2026. Par la présente requête, le requérant demande au juge des référés de suspendre l’exécution de ladite décision implicite de refus du 19 avril 2024.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
S’agissant de la condition d’urgence :
En matière de refus de renouvellement de titre de séjour, l’urgence est présumée. Si la préfète de l’Hérault a informé le tribunal qu’une attestation de prolongation d’instruction valable du 20 mars 2026 au 19 juin 2026 a été délivrée au requérant, cette circonstance n’est pas de nature à s’opposer à ce que la condition d’urgence soit regardée comme étant remplie.
S’agissant du doute sérieux quant à la légalité :
En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-6 et L. 433-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Les deux conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, et sans qu’il soit besoin de statuer sur la recevabilité, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision implicite en date du 19 avril 2024 portant refus de renouvellement de titre de séjour et refus de délivrance d’une carte de résident à l’encontre de M. A..., jusqu’à ce qu’il soit statué au fond.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
L’exécution de la présente ordonnance implique seulement que la préfète de l’Hérault réexamine la demande de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
Aucune demande d’aide juridictionnelle n’ayant été déposée, les conclusions présentées au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique doivent être rejetées. Par ailleurs, dans les circonstances particulières de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’État une somme à verser au requérant en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision implicite du 19 avril 2024 portant refus de renouvellement de titre de séjour et refus de délivrance d’une carte de résident à l’encontre de M. A... est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l’Hérault de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à la préfète de l’Hérault.
Fait à Montpellier, le 2 avril 2026.
La juge des référés,
F. Corneloup
La République mande et ordonne à la préfète de l’Hérault en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 avril 2026
Le greffier,
D. Martinier