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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2601942

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2601942

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2601942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP SVA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la demande de suspension en référé d'une décision d'exclusion définitive d'une infirmière par le CHU de Montpellier. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la requérante pouvant bénéficier d'indemnités de chômage, et que les moyens soulevés (vices de procédure, absence de matérialité des faits, disproportion de la sanction) ne créaient pas de doute sérieux quant à la légalité de la sanction disciplinaire. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique et du code de la santé publique relatives à la discipline et à la déontologie des infirmiers.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2026, Mme B... C..., représentée par
Me Jeanjean, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution d’une décision du centre hospitalier universitaire de Montpellier du 24 février 2026 portant exclusion définitive des fonctions à compter du
24 mars 2026 ;

2°) d’enjoindre au CHU de Montpellier de la réintégrer dans ses fonctions sans délai dans l’attente du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Montpellier la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
la condition d’urgence est remplie car la décision la prive de toute rémunération à compter du 24 mars 2026 alors qu’elle doit faire face à de nombreuses charges mensuelles estimées à plus de 1 300 euros ;
la décision attaquée est illégale pour les motifs suivants :
1) insuffisance de motivation du procès-verbal de la séance du conseil de discipline du
24 février 2026 ;
2) des vices de procédure affectant la tenue du conseil de discipline tenant à :
a) la régularité de la désignation de ces membres selon les dispositions de l’article
L. 262-7 du code général de la fonction publique ;
b) le non-respect du principe de parité prévu à l’article L. 262-1 du code précité, en l’absence du représentant de la CFDT et alors qu’il y a eu 6 voix pour l’exclusion définitive des fonctions issus des représentants de la direction et 5 voix contre issues des représentants du personnel ;
3) absence de matérialité des faits reprochés car le patient n’a pas été laissé gisant sur le sol, un médecin l’a examiné, notamment sa plaie au front, le service de sécurité était présent, la requérante n’a pas reconnu les faits décrits dans la décision alors que le patient était alcoolisé, agité et agressif, ne parlais pas français et s’est opposé à son examen médical, faisant conclure au médecin qu’il devait partir des urgences ; face à son refus d’obtempérer et alors qu’il s’était allongé sur le sol, un collègue infirmier a dû le trainer tandis qu’elle a récupéré les affaires du patient et a aidé son collègue avec un agent de sécurité à le porter jusqu’à l’extérieur des urgences sur une courte distance ; les témoignages recueillis lors de l’enquête administrative confirment l’agressivité du patient à l’égard des soignants, son refus de faire soigner une plaie à la tête, la décision médicale de le faire sortir des urgences, l’absence de gestes de maltraitance commise lors de son évacuation ; aucun protocole ne prévoyait alors le signalement d’un tel incident au cadre de garde ;
4) caractère disproportionné de la sanction au regard des faits avérés décrits ci-dessus et compte tenu des excellentes appréciations portées sur elle par sa hiérarchie et ses collègues, de son jeune âge et relative inexpérience face au contexte particulier du service d’affectation et de l’incident.




Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2026, le centre hospitalier universitaire de Montpellier conclut au rejet de la requête et à ce que Mme C... soit condamnée à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
l’urgence n’est pas établie car la requérante a continué à percevoir son traitement jusqu’au 24 mars 2026 et pourra bénéficier ensuite de l’aide au retour à l’emploi pour un montant d’environ 1 832 euros dans l’attente de retrouver un nouvel emploi ;

les moyens soulevés par le requérant sont infondés car :
1) l’avis du conseil de discipline n’avait pas à être communiqué à la requérante et il est suffisamment motivé ;
2) a) les représentants de l’administration ont été régulièrement désignés par délibération du conseil de surveillance du 18 décembre 2025 et
b) deux représentants du personnel, délégués syndicaux de la CDFT, titulaire et suppléant, ont indiqué être absents et n’avaient pas à être remplacés en application de l’article R. 264-32 du code général de la fonction publique ;
3) la matérialité des faits est établie par les enregistrements des caméras de surveillance, les témoignages recueillis lors de l’enquête administrative et les aveux de l’intéressée ; ces faits attestent de plusieurs manquements graves aux règles déontologiques applicables aux infirmiers selon les articles L. 4312-3, L. 4312-4, L. 4312-9 et R. 4312-11 du code de la santé publique et la requérante a porté atteinte aux valeurs du service public hospitalier et à l’image de l’établissement ; l’affluence ce soir aux urgences était normale et même il y a avait un sureffectif ; si le patient a causé des perturbations, il n’était pas violent et s’est finalement allongé au sol ; bien que s’étant sentie dépassée par les évènements, elle n’a pas fait appel à son encadrement ou aux médecins présents ;
4) au vu de ce qui précède et alors que le patient présentait une vulnérabilité, les actes de maltraitance et d’atteinte à la dignité de la personne justifient la décision prise.



Vu :
la requête au fond n° 2601941 enregistrée le 10 mars 2026 ;
les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Gayrard, vice-président, pour statuer sur les requêtes en référés.


Les parties ayant été régulièrement convoquées à l’audience publique.


Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 24 mars 2026 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Gayrard ;
- et les observations de Me Gimenez, représentant Mme C..., et celles de Mme A..., représentant le CHU de Montpellier.



Considérant ce qui suit :


Mme B... C... a conclu le 25 avril 2024 avec le centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier un contrat à durée indéterminée pour exercer les fonctions d’infirmière à compter du 30 avril 2024 au sein du service des urgences à l’hôpital Lapeyronie ; Mme C... a été mise en stage à compter du 1er décembre 2025. Par lettre du 31 décembre 2025, une procédure disciplinaire a été engagée à son encontre. Après avoir recueilli l’avis du conseil de discipline réunie le 18 février 2026, la directrice générale du CHU de Montpellier a pris le 24 février 2026 une décision d’exclusion définitive des fonctions à son encontre à compter du 24 mars 2026. Par la présente requête, Mme C... demande au juge des référés d’ordonner sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de cette décision.


Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

En vertu de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».



Sur la condition tenant à l’urgence :

La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’une mesure de suspension de l’exécution d’un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l’exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Une mesure prise à l’égard d’un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie, sauf dans le cas où son employeur justifie de circonstances particulières tenant aux ressources de l’agent, aux nécessités du service ou à un autre intérêt public, qu’il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l’espèce.

La décision attaquée prive Mme C... de toute rémunération à compter du
24 mars 2026 alors qu’elle justifie devoir assurer des charges mensuelles supérieures à 1 300 euros. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance qu’elle pourrait percevoir des allocations de retour à l’emploi comme l’oppose le CHU de Montpellier, Mme C... doit être regardée comme justifiant d’une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle. La condition d’urgence est donc remplie.


Sur la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

En l’état de l’instruction, le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction infligée est de nature à soulever un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, par suite, de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du centre hospitalier universitaire de Montpellier du 24 février 2026 portant exclusion définitive des fonctions jusqu’à ce qu’il soit statué au fond du litige ou, à tout le moins, jusqu’à la fin de son stage.


Sur les autres conclusions :

Compte tenu du motif de suspension retenu par la présente ordonnance, il y a lieu d’enjoindre au CHU de Montpellier de réintégrer provisoirement Mme C... jusqu’à ce qu’il soit statué au fond du litige ou, à tout le moins, jusqu’à la fin de son stage.

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le CHU de Montpellier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du CHU de Montpellier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens.









O R D O N N E :



Article 1er : L’exécution de la décision du CHU de Montpellier du 24 février 2026 portant exclusion définitive des fonctions de Mme C... est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au CHU de Montpellier de réintégrer Mme C..., à titre provisoire, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond du litige.

Article 3 : Le CHU de Montpellier versera à Mme C... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du CHU de Montpellier présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... C... et au centre hospitalier universitaire de Montpellier.


Fait à Montpellier, le 24 mars 2026.



Le juge des référés,




J-P. Gayrard

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 mars 2026,
La greffière,



P. Albaret




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