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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2602463

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2602463

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2602463
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantEPAILLY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé, rejette la demande de suspension d'un titre de perception émis contre la SARL Le Tavla. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car la société n'a pas démontré que le paiement de l'amende administrative de 20 500€ porterait une atteinte grave et immédiate à sa situation économique. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 et suivants du code de justice administrative ainsi que sur les dispositions du livre des procédures fiscales relatives aux titres de perception.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 26 mars 2026, la SARL Le Tavla, représentée par Me Epailly, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) la suspension de l’exécution du titre de perception du 5 février 2026, ainsi que de toutes les mesures de recouvrement susceptibles d’être engagées sur son fondement ;

2°) à titre subsidiaire, d’ordonner toute mesure de sauvegarde que le juge des référés estimerait appropriée pour prévenir une atteinte grave et immédiate à la situation économique de la SARL Le Tavla ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est remplie en ce que l’exécution immédiate du titre de perception litigieux porterait à sa situation financière une atteinte grave et immédiate ; le paiement immédiat de l’amende de 20 500 euros compromettrait sa trésorerie et le règlement des charges courantes, le paiement des salaires et des cotisations sociales, et ferait peser un risque réel sur la continuité même de l’exploitation ; l’échéance étant fixée au 15 avril 2026, le recouvrement forcé est imminent et l’expose à une majoration de 20% ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité du titre de perception contesté tenant à:
1°) son insuffisance de motivation ;
2°) un vice de procédure en l’absence de prise en compte des observations qu’elle a formulées le 25 octobre 2025 ;
3°) la méconnaissance du pouvoir de modulation au regard des circonstances de l’espèce et de sa situation ;
4°) l’erreur manifeste d’appréciation sur le quantum de l’amende.


Vu :
- la requête enregistrée le 20 mars 2026 sous le n° 2602466 par laquelle la SARL Le Tavla demande l’annulation du titre de perception du 5 février 2026 ;
- les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code du travail ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Bourjade, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

1. D’une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l’audience publique (...) ». Selon l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande (…) qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ». Enfin, aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».

2. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

3. D’autre part, aux termes de l’article L. 252 A du livre des procédures fiscales : « Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir. ». Aux termes de l’article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance ». Aux termes de l’article 118 du même décret : « En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. (…) Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. ».

4. Par une décision du 27 janvier 2026, le ministre de l'intérieur a notifié à la SARL Le Tavla une amende administrative sur le fondement de l’article L. 8253-1 du code du travail pour un montant total de 20 500 euros. Un titre de perception a été émis le 5 février 2026 en vue du recouvrement de cette somme. Pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de ce titre, la société requérante soutient que le paiement de la somme mise à sa charge compromettrait le règlement de ses charges courantes et des salaires et ferait peser un risque réel sur la continuité même de l’activité économique. Toutefois, il résulte de l’instruction que la société requérante a présenté le 20 mars 2026, une requête tendant à l’annulation de ce titre de perception. Alors qu’une telle contestation a, par application de l’article 117 du décret du 7 novembre 2012, pour effet de suspendre le recouvrement de cette somme, les conclusions à fin de suspension présentées par la SARL Le Tavla sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative présentent un caractère superfétatoire et sont manifestement irrecevables. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence d’un doute réel et sérieux quant à la légalité du titre en cause, il y a lieu de rejeter la requête de la SARL Le Tavla en toutes ses conclusions, par application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.

5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d’une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.




O R D O N N E :


Article 1er : La requête de la SARL Le Tavla est rejetée.


Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Le Tavla.


Fait à Montpellier, le 31 mars 2026.


La juge des référés,





A. Bourjade


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 31 mars 2026,
La greffière,



L. Rocher



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