Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 22 avril 2026 portant rehaussement du niveau d’escorte de M. B... de 2 à 3. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas caractérisée, les éléments avancés par le requérant (aggravation des conditions de détention et atteinte aux droits) ne justifiant pas une intervention à très bref délai. En conséquence, la requête a été rejetée sans examen des moyens de légalité, par application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mai 2026, M. A... B..., représenté par Me Koraitem, demande au tribunal :
1°) de suspendre, en application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision prise en commission pluridisciplinaire le 22 avril 2026 portant rehaussement du niveau d’escorte de 2 à 3 ;
2°) d’enjoindre à l’administration pénitentiaire de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’urgence est caractérisée : l’exécution de la décision contestée entraîne un renforcement substantiel des mesures de sécurité, une aggravation des modalités d’extraction, une augmentation des mesures de contrainte physique, ainsi qu’une dégradation manifeste des conditions de détention et une atteinte directe aux conditions d’exercice de ses droits et de ses facultés de réinsertion en lui bloquant directement l’accès à certains travails en détention ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : elle ne comporte aucune motivation ; elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation, en l’absence de risque établi justifiant un rehaussement du niveau d’escorte ; elle méconnait le principe du contradictoire et les droits de la défense ; elle porte une atteinte excessive à ses conditions de détention.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., détenu au centre pénitentiaire de Villeneuve les Maguelone, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision prise en commission pluridisciplinaire le 22 avril 2026 portant rehaussement du niveau d’escorte de 2 à 3.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes enfin de l’article L 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L.522-1 ».
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
4. M. B..., pour démontrer l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de la décision du 22 avril 2026, fait valoir qu’elle entraîne un renforcement substantiel des mesures de sécurité, une aggravation des modalités d’extraction, une augmentation des mesures de contrainte physique, ainsi qu’une dégradation manifeste des conditions de détention et une atteinte directe aux conditions d’exercice de ses droits et de ses facultés de réinsertion en lui bloquant directement l’accès à certains travails en détention. Cependant, les éléments ainsi avancés par le requérant ne suffisent pas à constituer des circonstances particulières permettant de caractériser la nécessité pour M. B... de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Dès lors, en l’état de l’instruction, il n’apparaît pas que la situation du requérant revêtirait ainsi le caractère d’une situation d’urgence, au sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu’il conteste, prononcée au demeurant à son encontre il y a près d’un an, soit suspendue. Par suite, et dès lors que la condition d’urgence, qui doit s’apprécier objectivement et globalement, n’est pas remplie, et sans qu’il soit besoin de vérifier s'il est fait état d'un moyen propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de faire application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B....
5. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de M. B... en ce compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Fait à Montpellier, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
J. Charvin
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er juin 2026,
La greffière,
A-L. Edwige