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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1901650

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1901650

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1901650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGARET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 2 avril 2019,

4 octobre 2019 et 22 décembre 2020 sous le n° 1601650, Mme B C, représentée par Me Garet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 24 et 30 janvier 2019 lui refusant la prise en charge des soins et arrêts de travail pour rechute d'accident de service ;

2°) d'ordonner toutes mesures d'exécution en renvoyant à l'administration le réexamen de sa situation ;

3°) d'ordonner le cas échant une expertise avant dire droit ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a présenté un dossier " incomplet " devant la commission de réforme en janvier 2019 ; ainsi qu'un dossier " incomplet et orienté " au docteur D ;

- elle a procédé à une lecture erronée du procès-verbal de la commission de réforme réunie en janvier 2015 ;

- elle a manqué de neutralité ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'aggravation et la rechute qui est très clairement conclu par les deux spécialistes rhumatologue et radiologue qui non seulement relèvent l'aggravation et donc la rechute des séquelles d'accident de 2010 mais préconisent des soins post consolidation ;

- s'il l'estime nécessaire, le tribunal pourrait recourir à une expertise juridictionnelle indépendante, confiée à un expert rhumatologue.

Par un mémoire, enregistré le 10 juillet 2021, le ministre de l'économie et des finances, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- Mme C ne développe aucun moyen, ni conclusions à l'encontre des décisions des 24 et 30 janvier 2019 ;

- elle ne soulève aucun moyen sérieux si ce n'est des vices de procédure non étayés, ni démontrés, ni même expliqués ;

- dans son jugement n° 1600166, 1600186, 1700663, 1701013, 1702104, 1703534, 1705890, 1800751 du 7 mars 2019 le tribunal de céans a déjà statué sur ces mêmes questions ;

- les reproches qu'elle fait à l'administration ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 décembre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au

18 janvier 2021.

Par ordonnance du 5 mai 2021, l'instruction a été rouverte et clôturée 21 mai 2021.

II. Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 6 août 2019,

4 octobre 2019 et 22 décembre 2020 sous le n° 1904123, Mme B C, représentée par Me Garet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 mai 2019 portant refus de prise en charge de soins postérieurs à la date de consolidation de son accident de service et de la décision du 17 juin 2019 portant refus de prise en charge de son arrêt de travail du 11 juin au 5 juillet 2019 ;

2°) d'ordonner toutes mesures d'exécution en renvoyant à l'administration le réexamen de sa situation ;

3°) d'ordonner le cas échant une expertise avant dire droit ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a présenté un dossier " incomplet " devant la commission de réforme en janvier 2019 ; ainsi qu'un dossier " incomplet et orienté " au docteur D ;

- la décision du 17 juin 2019 est insuffisamment motivée ;

- la décision du 23 mai 2019 est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a manqué de neutralité ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'aggravation et la rechute qui est très clairement conclu par les deux spécialistes rhumatologue et radiologue qui non seulement relèvent l'aggravation et donc la rechute des séquelles d'accident de 2010 mais préconisent des soins post consolidation ;

- s'il l'estime nécessaire, le tribunal pourrait recourir à une expertise juridictionnelle indépendante, confiée à un expert rhumatologue.

Par un mémoire, enregistré le 10 juillet 2021, le ministre de l'économie et des finances, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- Mme C ne développe aucun moyen, ni conclusions à l'encontre des décisions des 24 et 30 janvier 2019 ;

- elle ne soulève aucun moyen sérieux si ce n'est des vices de procédures non étayés, ni démontrés, ni même expliqués ;

- dans son jugement n° 1600166, 1600186, 1700663, 1701013, 1702104, 1703534, 1705890, 1800751 du 7 mars 2019 le tribunal de céans a déjà statué sur ces mêmes questions ;

- les reproches qu'elle fait à l'administration ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 décembre 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au

18 janvier 2021.

Par ordonnance du 5 mai 2021, l'instruction a été rouverte et clôturée 21 mai 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- et les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 1901650 et 1904123 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme C, contrôleuse principale à la direction départementale des finances publiques (DDFIP) du Finistère a été victime les 15 mars 1980, 25 juillet 1986, 11 décembre 1987, 1er février 2010, 4 juin 2013 et 18 mai 2015 de six accidents de service. Par un courrier du

1er décembre 2016, le directeur départemental des finances publiques du Finistère a indiqué à l'intéressée que par un avis du 17 novembre 2016, la commission de réforme avait estimé

que les soins postérieurs à la date de consolidation de l'accident du 1er février 2010, fixée au

18 janvier 2013, ne devaient pas être pris en charge au titre du service et qu'en conséquence le remboursement des frais médicaux postérieurs à cette date ne serait pas assuré par l'administration. Il a par ailleurs informé l'intéressée que selon l'avis de la commission de réforme les dates de guérison des accidents des 4 juin 2013 et 18 mai 2015 devaient être respectivement fixées au 16 janvier 2015 et au 17 août 2016, l'arrêt de travail du 2 au

12 juin 2016 étant reconnu comme imputable à l'accident du 18 mai 2015. Par un courrier du

21 décembre 2016, l'administration a fait connaître à Mme C que le remboursement des frais médicaux postérieurs au 18 janvier 2013 s'agissant de l'accident de 2010, au

16 janvier 2015 s'agissant de l'accident de 2013 et au 17 août 2016 s'agissant de l'accident de 2015, ne seraient pas pris en charge par l'administration. Par décisions des 10 janvier, 9 mars,

19 avril, 22 septembre 2017 et 10 janvier 2018, le directeur départemental des finances publiques du Finistère a refusé de faire droit aux demandes de remboursement de soins médicaux présentées par Mme C au titre de l'accident du 18 mai 2015, postérieurement au

17 août 2016. Par décisions du 24 et 30 janvier 2019, dont la requérante demande l'annulation dans la première requête enregistrée sous le n° 1901650, la directrice départementale des finances publiques du Finistère lui a fait part de l'avis de commission de réforme et a refusé de prendre en charge les soins médicaux post-consolidation relatifs à l'accident de service du

1er février 2010. Mme C demande également, dans la seconde requête enregistrée sous le n° 1904123, l'annulation de la décision du 23 mai 2019, prise par la même directrice et portant refus de prise en charge de soins postérieurs à la date de consolidation de son accident de service ainsi que de la décision du 17 juin 2019 portant refus de prise en charge de son arrêt de travail du 11 juin au 5 juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, si Mme C demande l'annulation de la décision du

24 janvier 2019 de la directrice départementale des finances publiques du Finistère, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce courrier se borne à lui faire part de l'avis défavorable émis par la commission de réforme du 17 janvier 2019, lequel ne constitue qu'une simple mesure préparatoire non susceptible de recours pour excès de pouvoir. Contrairement à ce que soutient Mme C, nonobstant l'indication sur ce courrier d'information de cet avis des voies et délais de recours, ce document ne peut être regardé comme formalisant une décision de la directrice départementale des finances publiques du Finistère de rejeter ses demandes de prise en charge de soins. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 janvier 2019, qui ne sont pas dirigées contre un acte décisoire, doivent être rejetées comme irrecevables.

4. En deuxième lieu, si Mme C fait valoir que son dossier d'accident de service de 2010 aurait été présenté de manière " incomplète " par l'administration devant la commission de réforme en 2019, elle n'assortit ses allégations d'aucune précision ni d'aucun élément de nature à permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, elle ne conteste pas, comme le soutient l'administration, qu'elle a été informée par courriers des 26 décembre 2018 et 27 septembre 2019 sur ses droits devant la commission de réforme et qu'elle a ainsi pu adresser des éléments médicaux à la commission de réforme. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, Mme C déduit de la formulation " il semblerait que ces soins aient été reconnus accident de travail (au moins certaines années) " figurant dans le rapport d'expertise du docteur D, médecin agréé, que lui aurait lu par son médecin traitant que le dossier présenté à ce médecin agréé était " incomplet et orienté ". Toutefois, et en tout état de causes, la requérante ne conteste pas que par courrier du 3 juillet 2018, elle a été invitée à se rendre à l'expertise de ce médecin munie "de tous les documents médicaux nécessaires à l'expertise ". La requérante ne saurait donc reprocher à l'administration ni le manque de pièces médicales qu'il lui a été demandé de communiquer au docteur D, ni, de ce fait, son absence de neutralité.

6. En quatrième lieu, suite à l'examen pratiqué par le docteur F, médecin agréé, le 27 août 2014, la commission de réforme a fixé dans sa séance du 22 janvier 2015, la date de consolidation au 18 janvier 2013 de l'accident de service du 1er février 2010 de Mme C. Lors de sa séance du 17 novembre 2016, la même commission a émis un avis défavorable à la prise en charge de soins post-consolidation. Si la requérante a, par la suite produit de nouveaux certificats médicaux non débattus dans les instances nos 1600166, 1600186, 1700663, 1701013, 1702104, 1703534, 1705890, 1800751, pour une prise en charge de soins et d'arrêts maladie en lien supposé avec une rechute de l'accident de 2010, notamment ceux des

26 et 29 juin 2018 du docteur G, rhumatologue et l'analyse du 19 janvier 2018

du docteur E, radiologue, la commission de réforme, saisie à nouveau, a émis ultérieurement, suite à l'expertise du docteur D, un avis défavorable à la prise en charge

de soins et d'arrêts de travail pour rechute d'accident de service lors de la séance du

17 janvier 2019. Le nouveau certificat produit par la requérante, en date du 31 décembre 2019 du docteur A, radiologue, n'est pas, à lui-seul de nature à remettre en cause ces appréciations. En conséquence, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise sur ce point, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'aggravation de son état de santé.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de

non-recevoir opposées en défense à ces deux requêtes n°s 1901650 et 1904123 de Mme C, qu'elles doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions tendant à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement à Mme C de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 1901650 et 1904123 de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

G. Descombes

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. Moulinier Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaire de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 1901650, 1904123

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