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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1902724

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1902724

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1902724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOHADON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n° 1902724 le 29 mai et le 27 juillet 2019, et le 14 novembre 2020, Mme B A, représentée par Me Cohadon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler :

- les arrêtés n° 2019-031 et n° 2019-033 du 15 janvier par lesquels le président de Guingamp Paimpol agglomération a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts de travail du 15 janvier au 1er décembre 2018 et des soins qu'elle a suivi à compter du 10 août 2018 ;

- l'arrêté n° 2019-034 du 17 janvier 2019 par lequel le président de Guingamp Paimpol agglomération a acté la fin de sa maladie professionnelle, la consolidation de son état de santé avec retour à l'état antérieur au 13 septembre 2018 et l'a reconnue inapte à ses fonctions de façon absolue et définitive ;

- l'arrêté n° 2019-281 du 21 janvier 2019 par lequel le président de Guingamp Paimpol agglomération l'a placée en congé de maladie ordinaire du 14 septembre 2018 au 3 mars 2019 ;

- l'arrêté n° 2019-301 du 21 janvier 2019 par lequel le président de Guingamp Paimpol agglomération l'a réintégrée dans ses fonctions à compter du 14 septembre 2018 ;

- la décision du 2 avril 2019 par laquelle le président de Guingamp Paimpol agglomération a rejeté ses recours gracieux dirigés contre ces décisions.

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire-droit une expertise ;

3°) de mettre à la charge de Guingamp Paimpol agglomération la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité habilitée ;

- les décisions ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de la composition de la commission de réforme et de l'absence de communication du rapport du médecin de prévention ;

- les arrêtés n° 2019-031, n° 2019-033 et n° 2019-034 sont entachés d'inexactitude matérielle des faits ;

- les arrêtés n° 2019-031, n° 2019-033 et n° 2019-034 sont entachés d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit ;

- les arrêtés n° 2019-281 et n° 2019-301 sont entachés d'une erreur de droit ;

- à titre subsidiaire, une expertise médicale pourrait être utile afin de déterminer l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins qu'elle suit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2020, Guingamp Paimpol agglomération, représentée par la SELARL Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2001258 le 16 mars et le 14 novembre 2020, Mme B A, représentée par Me Cohadon, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler les arrêtés n° 2019-864 et n° 2019-865 du 23 septembre 2019 par lesquels le président de Guingamp Paimpol agglomération l'a placée en congé de maladie ordinaire du 14 mars au 13 septembre 2019 puis en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 14 septembre 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire-droit une expertise ;

3°) de mettre à la charge de Guingamp Paimpol agglomération la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le comité médical était irrégulièrement composé et qu'elle n'a pas été mise en mesure de faire entendre le médecin de son choix ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, une expertise médicale pourrait être utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2020, Guingamp Paimpol agglomération, représentée par la SELARL Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dayon,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Cohadon, représentant Mme A et celles de Me Roquet, représentant la communauté d'agglomération.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes susvisées n° 1902724 et n° 2001258, présentées par Mme A, ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les faits :

2. Mme A exerce les fonctions d'auxiliaire de soins principale de 2ème classe depuis 2013 au sein de la communauté de communes de belle Isle en terre, puis de Guingamp Paimpol agglomération. Le 25 août 2013, Mme A a été victime d'un accident de la route qui a entrainé une compression du nerf ulnaire du coude droit et des douleurs à l'épaule droite qui ont nécessité la réalisation d'actes chirurgicaux. Mme A a été placée en arrêt de travail du 22 octobre 2013 au 30 septembre 2015. Par un arrêté du 7 mars 2016, la communauté de communes Pays de Belle-Isle-en-Terre a reconnu l'accident du 25 août 2013 comme imputable au service. Mme A a repris son activité à temps partiel thérapeutique du 1er octobre 2015 au 30 mars 2016, puis à temps partiel sur autorisation à partir du 1er avril 2016, son état de santé étant considéré comme consolidé au 15 avril 2016. Mme A a de nouveau été placée en arrêt de travail du 1er novembre 2017 au 15 mai 2018 pour un syndrome du canal carpien droit nécessitant une intervention chirurgicale le 14 décembre 2017. Par un arrêté du 9 mai 2018, le président de Guingamp Paimpol agglomération a accordé un congé pour maladie professionnelle à Mme A pour cette période. Le 15 janvier 2018, soit au cours du congé pour maladie professionnelle accordée à Mme A, celle-ci a été placée en arrêt de travail en raison d'une rechute de la compression du nerf ulnaire du coude droit jusqu'au 14 février 2018. Cet arrêt de travail a été prolongé jusqu'au 1er décembre 2018. Le 16 mai 2018, des soins sont prescrits à Mme A jusqu'au 9 juillet 2018 en raison d'une rechute de son traumatisme à l'épaule droite. Mme A a demandé à Guingamp Paimpol agglomération de reconnaître l'imputabilité au service de ces arrêts et des soins qui lui sont prodigués. Par trois avis du 13 décembre 2018, la commission de réforme s'est prononcée en faveur de la reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail jusqu'au 13 septembre 2018 pour le syndrome du canal carpien droit et en défaveur pour la reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail relatifs à la compression du nerf ulnaire du coude droit et des soins pour le traumatisme à l'épaule droite. Par deux arrêtés du 15 janvier 2019 (n° 2019-031 et n° 2019-033), le président de Guingamp Paimpol agglomération a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail concernant le coude droit et l'épaule droite de Mme A. Par un arrêté n° 2019-033 du 15 janvier 2019, le président de Guingamp Paimpol agglomération a constaté la fin du syndrome du canal carpien droit de Mme A avec retour à l'état antérieur au 13 septembre 2018 et reconnu celle-ci inapte totalement et définitivement à ses fonctions. Par deux arrêtés n° 2019-281 et n° 2019-301 du 21 janvier 2019, le président de Guingamp Paimpol agglomération l'a réintégrée dans ses fonctions à compter du 14 septembre 2018 et l'a placée en congé de maladie ordinaire du 14 septembre 2018 au 3 mars 2019. Mme A a présenté un recours gracieux contre ces arrêtés, qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 2 avril 2019. Par la requête n° 1902724, Mme A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

3. Mme A a demandé à Guingamp Paimpol agglomération son placement en congé de longue maladie. Le 12 septembre 2019, le comité médical de la collectivité a émis un avis défavorable et s'est prononcé en faveur d'une prolongation du congé de maladie ordinaire de Mme A pour une durée de six mois à compter du 14 mars 2019 ainsi qu'à son inaptitude totale et définitive à l'exercice de ses fonctions à compter du 14 septembre 2019. Par deux arrêtés n° 2019-864 et 2019-865 du 23 septembre 2019, le président de Guingamp Paimpol agglomération a placé Mme A en congé de maladie ordinaire du 14 mars au 13 septembre 2019 puis en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 14 septembre 2019. Par la requête n° 2001258, Mme A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés n° 2019-031, n° 2019-033 et n° 2019-034 :

4. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ". Aux termes de l'article 16 du décret du 30 juillet 1987 susvisé : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, la commission de réforme prévue par le décret n° 65-773 du 9 septembre 1965 susvisé est obligatoirement consultée dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 57 (2°, 2e alinéa) de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui lui est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin du service de médecine professionnelle et préventive compétent à l'égard du fonctionnaire concerné ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme s'est prononcée, par trois avis du 13 décembre 2018, sur la situation de Mme A. Ces trois avis comportent la mention au titre des documents médicaux de l'expertise réalisée par le docteur C. Toutefois, il n'est pas établi que la commission de réforme a reçu le rapport du médecin de prévention de Mme A avant de rendre ses avis. Dès lors, l'irrégularité des avis de la commission de réforme, qui a privé Mme A d'une garantie, entache d'illégalité les arrêtés n° 2019-031, 033 et 034 des 15 et 18 janvier 2019.

En ce qui concerne les arrêtés n° 2019-281, n° 2019-301, n° 2019-864 et n° 2019-865 :

7. Il ressort des pièces du dossier que le président de Guingamp Paimpol agglomération a d'une part, par un arrêté n° 2019-281 du 21 janvier 2019, placé Mme A en congé de maladie ordinaire du 14 septembre 2018 au 3 mars 2019 et, d'autre part, par un arrêté n° 2019-301, réintégré Mme A dans ses fonctions à compter du 14 septembre 2018. En outre, par deux arrêtés n° 2019-864 et 2019-865 du 23 septembre 2019, le président de Guingamp Paimpol agglomération a placé Mme A en congé de maladie ordinaire du 14 mars au 13 septembre 2019 puis en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois à compter du 14 septembre 2019. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, les arrêtés n° 2019-031, n° 2019-033 et n° 2019-034 sont entachés d'illégalité. Compte tenu de ce que les arrêtés n° 2019-281, n° 2019-301, n° 2019-864 et 2019-865 tirent les conséquences des trois arrêtés précités pour se prononcer sur la situation de Mme A, ils doivent être annulés par voie de conséquence.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner sur les autres moyens des requêtes, les arrêtés n° 2019-031 et n° 2019-033 du 15 janvier 2019, l'arrêté n° 2019-034 du 18 janvier 2019, les arrêtés n° 2019-281 et n° 2019-301 du 21 janvier 2019 ainsi que les arrêtés n° 2019-864 et n° 2019-965 du 23 septembre 2019 doivent être annulés.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Guingamp Paimpol agglomération la somme totale de 2 000 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés n° 2019-031, n° 2019-033, n° 2019-034, n° 2019-281, n° 2019-301, n° 2019-864 et n° 2019-865 des 15, 18 et 21 janvier et du 23 septembre 2019 sont annulés.

Article 2 : Guingamp Paimpol agglomération versera à Mme A la somme totale de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à B A et à Guingamp Paimpol agglomération.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

C. Dayon

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

Signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 1902724-2001258

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