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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1905463

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1905463

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1905463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFARGUES FRÉDÉRIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 4 novembre 2019, le 29 septembre 2022 et le 17 octobre 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. et Mme G et D C, représentés par Me Fargues, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2019 par lequel le maire de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer a délivré un permis de construire à M. et Mme B et E A pour la rénovation et l'extension d'une maison d'habitation, ensemble l'arrêté du 4 septembre 2019 par lequel il leur a délivré un permis de construire modificatif et la décision du 7 octobre 2019 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme en ce qu'ils sont voisins du terrain d'assiette du projet et bénéficient d'une servitude de passage sur ce terrain dont la largeur se trouve réduite du fait de ce projet ;

- leur requête n'est pas tardive dès lors que l'affichage sur le terrain n'a pas été effectué de manière à leur permettre d'apprécier l'importance et la consistance du projet, puisqu'il a été fait non sur la voie publique mais sur la servitude de passage et n'a pas été continu pendant une durée de deux mois ;

- leur recours gracieux a été notifié au pétitionnaire ;

- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'inexactitudes et d'une omission s'agissant de la surface créée ;

- le projet méconnaît les articles UC 7, UC 9, UC 12 et UC 13 point 2 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 3 mars 2022, le 29 septembre 2022 et le 10 octobre 2022, la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer, représentée par Me Rouhaud de la SELARL Lexcap, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme C le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- le recours est tardif ;

- le recours gracieux n'a pas été notifié aux pétitionnaires en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme F ;

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public ;

- et les observations de Me Messéant de la SELARL Lexcap, représentant la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont déposé, le 28 janvier 2019, une demande de permis de construire, complétée le 28 février 2019 pour la rénovation et l'extension d'une maison d'habitation avec démolitions sur un terrain situé à Saint-Jacut-de-la-Mer, parcelles cadastrées section AC n° 513 et n° 826. Par un arrêté du 6 mars 2019, le maire de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer leur a délivré le permis sollicité. M. et Mme C ont formé un recours gracieux par courrier du 5 août 2019 reçu en mairie le 6 août suivant, qui a été explicitement rejeté le 7 octobre 2019. Par arrêté du 4 septembre 2019, le maire de Saint-Jacut-de-la-Mer a délivré à M. et Mme A un permis de construire modificatif portant sur l'élévation de la partie arrière de la construction et la modification des pentes de toiture. Les requérants demandent au tribunal d'annuler les arrêtés des 6 mars et 4 septembre 2019 ainsi que la décision du 7 octobre 2019 de rejet de leur recours gracieux.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire litigieux autorise la rénovation et l'extension d'une maison d'habitation existante incluant des démolitions sur un terrain situé 10, rue des Haas à Saint-Jacut-de-la-Mer. M. et Mme C sont propriétaires d'une maison d'habitation située au n°4 de la même rue, à l'Ouest à une quarantaine de mètres du terrain d'assiette du projet dans une zone largement urbanisée. S'ils allèguent qu'ils auront une vue directe sur les nouvelles constructions depuis leur maison et leur jardin, ils ne produisent aucune pièce permettant d'apprécier l'impact visuel du projet sur leur propriété, alors qu'il ressort des plans cadastraux qu'ils en sont séparés par une parcelle bâtie.

5. Si M. et Mme C soutiennent également que l'emprise de la servitude de passage qui, en vertu d'un acte notarié du 16 février 1923, grève une partie du fonds appartenant aux époux A au profit de leur propre fonds, verra sa largeur réduite en raison des travaux en litige, il ressort du plan masse du projet contesté que l'extension qu'il prévoit permet de respecter un passage d'une largeur de trois mètres, correspondant à l'assiette conventionnelle de cette servitude. Les requérants n'établissent pas qu'ils bénéficieraient d'une servitude d'une largeur supérieure ni, en tout état de cause, qu'un passage d'une largeur de trois mètres ne serait pas adapté à la desserte de leur habitation. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que la mise en œuvre du projet litigieux serait susceptible de porter atteinte à l'utilisation et à la jouissance de leur droit de passage du fait de l'implantation de nouveaux bâtiments.

6. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens des requérants ne sont pas affectées par le projet. Par suite, et ainsi que le soutient la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer, ceux-ci ne peuvent être regardés comme justifiant d'un intérêt suffisant à agir contre les arrêtés en litige et leur requête doit être rejetée comme irrecevable.

Sur les frais liés au litige :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme C doivent, dès lors, être rejetées.

Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme C le versement à la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer d'une somme de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront à la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G et Mme D C, à la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer et à M. B et Mme E A.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

F. F

Le président,

signé

E. Kolbert

La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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