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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1905568

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1905568

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1905568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL SAOUT & GALIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 novembre 2019 et le 6 avril 2021, M. et Mme C et B A, représentés par la SELARL Saout et Galia, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme opérationnel négatif qui leur a été délivré le 6 septembre 2019 par le maire de la commune de Quimper pour la construction d'une maison à usage d'habitation sur un terrain cadastré section CX n° 507 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Quimper de leur délivrer un certificat d'urbanisme positif dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Quimper le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le plan local d'urbanisme de la commune sur lequel se fonde le certificat en litige est illégal en tant qu'il classe le terrain en zone A ;

- le certificat d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation sur la nécessité de démontrer l'aptitude du terrain à l'assainissement collectif.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 8 janvier 2020 et le 1er mars 2022, la commune de Quimper conclut au rejet de la requête et à ce soit mis à la charge des époux A le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Vennegues, rapporteur public,

- et les observations de Me Saout, de la SELARL Saout et Galia, représentant M. et Mme A.

Une note en délibéré, présentée pour M. et Mme A, a été enregistrée le 12 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux A ont déposé le 12 juillet 2019 une demande de certificat d'urbanisme pour une construction à usage d'habitation d'une surface de plancher de 110 m² sur leur parcelle cadastrée section CX n° 507 située 4 chemin de Menez Guen à Quimper. Par un certificat d'urbanisme du 6 septembre 2019, la commune de Quimper a déclaré non réalisable cette opération aux motifs, d'une part, que le projet ne respectait pas le règlement de la zone A du plan local d'urbanisme et, d'autre part, que l'aptitude du terrain à l'assainissement collectif n'était pas avérée et qu'autoriser cette construction était de nature à porter atteinte à la salubrité publique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus () ".

3. Aux termes de l'article R. 151 22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Par ailleurs, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou reposerait sur des faits matériellement inexacts.

5. Par ailleurs, si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone agricole A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

6. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section CX n° 507, d'une superficie de 796 m², dont M. et Mme A sont propriétaires sur le territoire de la commune de Quimper, est située au lieudit Ménez Guen, qui est séparé du vaste secteur urbanisé de l'agglomération de Quimper, à l'est, par le vallon de Kermabeuzen et de vastes espaces agricoles. Le lieudit Ménez Guen ne comporte lui-même qu'une trentaine de constructions, dont une exploitation agricole en activité, qui sont édifiées de façon linéaire le long du chemin de Menez Guen. En outre, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Quimper prévoit comme objectif n° 3 de préserver l'agriculture par la limitation de l'étalement urbain en délimitant clairement les limites de l'urbanisation afin de réduire la consommation d'espaces agricoles et de donner une visibilité de long terme aux agriculteurs. Par suite, eu égard au parti d'urbanisme retenu, à la vocation et au caractère agricole avéré du secteur dans lequel la parcelle en cause se situe, son classement en zone agricole, alors même qu'elle n'est pas cultivée et ne présenterait pas par elle-même le caractère d'une terre agricole, qu'elle jouxte des parcelles construites et est raccordée aux réseaux d'eau et d'électricité, n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Pour apprécier si les risques d'atteinte à la sécurité publique justifient la délivrance d'un certificat d'urbanisme négatif par application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'apprécier compte tenu des données scientifiques disponibles, tant la probabilité de réalisation de ces risques que la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

8. Il ressort des pièces du dossier que le certificat d'urbanisme négatif contesté est également fondé sur la circonstance que l'aptitude des terrains à l'assainissement non collectif n'est pas avérée et que par conséquent le projet en l'état est de nature à porter atteinte à la salubrité publique. Toutefois, aucune disposition du code de l'urbanisme, notamment les articles L. 410-1 et R. 410-1 du code de l'urbanisme, n'impose au pétitionnaire d'assortir sa demande de certificat d'urbanisme de la description d'un dispositif d'assainissement autonome dont serait susceptible d'être assortie la construction projetée faisant l'objet de la demande. Conformément aux dispositions du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, il appartenait au maire d'indiquer sur ce certificat l'état des équipements publics existants ou prévus. Ce certificat pouvait également indiquer que la réalisation de l'opération envisagée nécessiterait l'aménagement d'un dispositif d'assainissement autonome. Dès lors, même s'il ressort des pièces du dossier que les terrains objets de la demande ne sont pas desservis par un réseau public d'assainissement collectif, le maire, qui ne démontre pas ni même n'allègue que le terrain en cause ne serait pas apte à l'assainissement individuel, ne pouvait fonder le certificat d'urbanisme négatif en retenant que le projet était, en l'état, de nature à porter atteinte à la salubrité publique. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que ce motif est entaché d'une erreur de droit.

9. Il résulte toutefois de l'instruction que le maire de Quimper aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone contestée qui pouvait légalement la fonder ainsi que précisé au point 6.

10. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation du certificat d'urbanisme opérationnel négatif qui leur a été délivré le 6 septembre 2019 par le maire de la commune de Quimper.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Quimper, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. et Mme A.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Quimper au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A verseront à la commune de Quimper une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et B A et à la commune de Quimper.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

F. D

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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