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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-1906302

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-1906302

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-1906302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBON-JULIEN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 décembre 2019 et 22 septembre 2022 sous le numéro 1906302, M. D C, représenté par Me Bon-Julien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de mutation sur l'Ile de la Réunion au titre de l'année 2019 et du mouvement général, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux dirigé à l'encontre de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ; notamment il est dans l'impossibilité matérielle de produire la décision attaquée qui ne lui a pas été communiquée malgré une demande en ce sens ;

- la décision litigieuse a été signée par une autorité incompétente ;

- il remplissait tous les critères lui permettant d'obtenir sa mutation ; notamment, le centre de ses intérêts matériels et moraux est situé sur l'Ile de la Réunion conformément à l'article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

II) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 février 2020 et 22 septembre 2022 sous le numéro 2000592, M. D C, représenté par Me Bon-Julien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de mutation sur l'Ile de la Réunion présentée à titre dérogatoire, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux dirigé à l'encontre de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse a été signée par une autorité incompétente ;

- il remplissait tous les critères lui permettant d'obtenir sa mutation présentée à titre dérogatoire ; notamment, le centre de ses intérêts matériels et moraux sont situés sur l'Ile de la Réunion conformément à l'article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et qu'il bénéficie de circonstances exceptionnelles au sens des dispositions de l'article 47 du décret n° 95-654 du

9 mai 1995.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Le Roux, rapporteur public,

- et les observations orales de Me Bon-Julien, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, fonctionnaire d'Etat, est titulaire du grade de gardien de la paix depuis le 1er avril 2003. De 2008 à 2012, il a été muté sur l'Ile de la Réunion avant d'être affecté au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande. Au titre de l'année 2018, il a sollicité sa mutation sur l'Ile de la Réunion qu'il n'a pas obtenu. Les 12 décembre 2018 et 23 janvier 2019, il a de nouveau sollicité sa mutation sur l'Ile de la Réunion, respectivement au titre du mouvement général et à titre dérogatoire. Après examen en commission administrative paritaire nationale le 11 avril 2019, sa demande présentée au titre du mouvement général a été implicitement rejetée, conduisant M. C à adresser deux recours gracieux les 19 août et 8 octobre 2019 qui ont également fait l'objet de rejets implicites. Par ailleurs, sa demande de mutation présentée à titre dérogatoire a fait l'objet d'une décision de rejet le 12 avril 2019 après examen en commission administrative paritaire nationale le 11 avril 2019. Son recours gracieux du 8 octobre 2019 dirigé à l'encontre de cette décision a été implicitement rejeté. Enfin, M. C a saisi le médiateur interne de la police nationale de ses deux demandes de mutation, lequel a rendu un avis défavorable le 4 juin 2020.

2. Par une requête enregistrée sous le numéro 1906302, M. C demande au tribunal d'annuler la décision rejetant sa demande de mutation sur l'Ile de la Réunion au titre de l'année 2019 et du mouvement général, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux. Par une requête enregistrée sous le numéro 2000592, il demande au tribunal d'annuler la décision du 12 avril 2019 rejetant sa demande de mutation présentée à titre dérogatoire, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

3. Ces deux requêtes présentent à juger les mêmes questions de droit et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne le rejet de la demande de mutation au titre du mouvement général :

4. En premier lieu, si M. C soutient que les décisions rejetant sa demande de mutation au titre du mouvement général ainsi que son recours gracieux sont entachées d'incompétence, il s'agit de décisions implicites de rejet, nées du silence gardé par l'administration à la suite de ces demandes. Par suite, ce moyen doit en tout état de cause être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 25 du décret n° 95-654 du

9 mai 1995 : " Les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée sont applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale () ". Aux termes des dispositions

de l'article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, dans sa version applicable au litige : " L'autorité compétente procède aux mouvements des fonctionnaires après avis des commissions administratives paritaires. Dans les administrations ou services où sont dressés des tableaux périodiques de mutations, l'avis des commissions est donné au moment de l'établissement de ces tableaux. () Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les affectations prononcées doivent tenir compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée aux fonctionnaires séparés de leur conjoint pour des raisons professionnelles, () ainsi qu'aux fonctionnaires qui justifient du centre de leurs intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution () ".

6. Lorsque dans le cadre d'un mouvement de mutation un poste a été déclaré vacant, alors que des agents se sont portés candidats dans le cadre du mouvement, l'administration doit procéder à la comparaison des candidatures dont elle est saisie en fonction, d'une part, de l'intérêt du service, et d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés, appréciée compte tenu des priorités fixées par les dispositions citées ci-dessus de l'article 60 de la loi du

11 janvier 1984. L'appréciation ainsi portée par l'administration n'est toutefois susceptible d'être censurée par le juge administratif qu'en cas d'erreur de fait, d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, ou encore de détournement de pouvoir.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter tant la demande de mutation présentée par M. C au titre du mouvement général que son recours gracieux, l'administration, après saisine de la commission administrative paritaire nationale, a estimé que le requérant était classé au 359ème rang pour le seul poste auquel il a postulé, avec une cotation de 1 331 points dont 300 points de bonification, ce qui ne lui permettait pas d'être positionné en rang utile pour obtenir une mutation. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il remplit les critères lui permettant de bénéficier d'une mutation, le requérant ne conteste pas la mutation de fonctionnaires identifiés qui auraient été moins bien classés que lui, ou dont la situation familiale serait moins prioritaire que la sienne. En tout état de cause, la seule circonstance que M. C ait reconnu, le 7 mars 2018, un enfant né à la Réunion le 27 juillet 2009 et qui y vit toujours, ne suffit pas à établir que le centre de ses intérêts matériels et moraux est situé sur l'Ile de la Réunion où il n'a résidé que 4 ans et où il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y soit retourné depuis 2012. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste en appréciant la demande de mutation de M. C au titre du mouvement général.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 7 que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande de mutation présentée au titre du mouvement général ainsi que celle rejetant implicitement son recours gracieux.

En ce qui concerne le rejet de la demande de mutation présentée à titre dérogatoire :

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 12 avril 2019 rejetant la demande de mutation de M. C vers l'Ile de la Réunion présentée à titre dérogatoire a

été signée par Mme A E. Celle-ci bénéficiait, en qualité de cheffe du bureau de l'accompagnement des personnels et des familles de la direction des ressources et des compétences de la police nationale du ministère de l'intérieur, d'une délégation de signature consentie

par décision du ministre de l'intérieur du 1er septembre 2018 référencée INTC1823534S et régulièrement publiée au journal officiel de la République française du 5 septembre suivant, à effet de signer tous actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquels figurent les rejets de demande de mutation à caractère dérogatoire conformément à l'article 2 de l'arrêté du 6 mai 2019. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses auraient été signées par une autorité incompétente doit en tout état de cause être écarté.

10. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 47 du décret n° 95-654

du 9 mai 1995, dans sa version applicable au litige : " Sans préjudice de l'application des dispositions de l'article 60, alinéa 4, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, les fonctionnaires de police peuvent obtenir, après avis de la commission administrative paritaire et dans la mesure compatible avec les nécessités du service, des mutations dérogeant aux règles d'établissement des tableaux périodiques de mutation, pour raisons de santé ou autres circonstances graves ou exceptionnelles ".

11. Pour justifier du caractère dérogatoire de sa demande de mutation, M. C se prévaut de circonstances exceptionnelles résultant de sa situation familiale, et notamment de ce qu'il a reconnu, le 7 mars 2018, un enfant né à la Réunion le 27 juillet 2009 et qui y vit toujours. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit, M. C n'a résidé que 4 ans sur l'Ile de la Réunion et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y soit retourné depuis 2012, et notamment pas après avoir reconnu sa fille. Dans ces conditions, la circonstance avancée par le requérant, qui ne constitue pas un motif exceptionnel, n'est pas au nombre de celles justifiant le bénéfice d'une mutation à titre dérogatoire. Par suite, l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste en appréciant la demande de mutation de M. C présentée à titre dérogatoire.

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 11 que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 12 avril 2019 rejetant sa demande de mutation à titre dérogatoire ainsi que celle rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes de 2 000 euros sollicitées par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens dans ces deux instances soit mises à la charge du ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C enregistrées sous les numéros 1906302 et 2000592 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Stéphane C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

T. B

Le président

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 1906302, 200059

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