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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2000067

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2000067

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2000067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELURL JURIS LABORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 janvier 2020, 4 février et 30 mars 2021, M. B A, représenté la société Arvis Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 8 novembre 2019 de l'office public de l'habitat Emeraude habitation (OPHEH) révélée par le courrier du 15 novembre 2019 du président de l'office, prononçant son licenciement pour faute grave à effet immédiat ;

2°) d'annuler en tant que de besoin le courrier du 15 novembre 2019 du président de l'office ;

3°) d'enjoindre à l'OPHEH de le réintégrer sur son poste de directeur général dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OPHEH la somme de 2 000 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération est inopposable en l'absence de communication au contrôle de légalité ;

- il n'a pas été en mesure d'exercer utilement ses droits de la défense, dès lors qu'il n'a pas été fait droit à sa demande de désignation d'un expert ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elle méconnaissent le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;

- aucun des griefs reprochés n'est de nature à justifier le licenciement pour faute grave ;

- la sanction est disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 juin 2020 et 11 mars 2021, l'OPHEH, représenté par la société d'avocats Juris Laboris, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 2 000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code du travail ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 10 décembre 2002 relatif à l'évaluation des avantages en nature en vue du calcul des cotisations de sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tronel,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- les observations de Me Turpin, représentant l'OPHEH.

Considérant ce qui suit :

1. M. A avait été recruté par contrat à durée indéterminée en qualité de directeur général de l'OPHEH à compter du 7 janvier 2013. Par une délibération du 8 novembre 2019, le conseil d'administration de l'OPHEH l'a licencié pour faute grave avec effet immédiat. Par courrier du 15 novembre 2019, le président de l'office l'a informé de cette décision et lui a demandé de restituer le matériel professionnel mis à sa disposition au plus tard le 20 novembre, faute de quoi il lui serait facturé au prix de remplacement. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

I Les conclusions d'annulation dirigées contre la délibération du conseil d'administration du 8 novembre 2019 :

I.1 La légalité externe :

I.1.1 Le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-20-4 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le licenciement du directeur général est prononcé par le conseil d'administration sur proposition écrite et motivée du président. () / II. - Préalablement à la saisine du conseil d'administration, le président communique par écrit à l'intéressé sa proposition de licenciement et l'informe de son droit à obtenir la communication de son dossier individuel, à présenter ses observations et à être assisté d'un défenseur de son choix () ". L'article 6.2 du contrat de travail conclu entre M. A et l'OPHEH stipule que, dans le cadre d'une procédure de licenciement, le directeur " peut se faire assister d'un défenseur ou d'expert(s) de son choix, demander l'audition de témoins, produire un mémoire ou tout document pouvant présenter un intérêt pour sa défense. Pour l'organisation de sa défense, le directeur général ou son mandataire est en droit d'obtenir communication de tous documents détenus par l'office. Les frais d'expertise et de déplacement éventuels relatifs à la procédure sont à la charge de l'office ". Le licenciement d'un directeur général, agent contractuel de droit public, ne peut intervenir que dans le respect des dispositions réglementaires applicables, et conformément aux clauses particulières prévues à son contrat.

3. Si par courrier du 6 novembre 2019, le conseil de M. A a indiqué à l'OPHEH que selon lui, une expertise apparaissait indispensable pour apprécier le grief tiré de la conclusion de ruptures conventionnelles, ni les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation, ni celles du contrat de travail de M. A, ne soumettent l'assistance d'un expert à l'accord préalable de l'OPHEH ou n'obligent l'office à désigner un expert à la demande de l'intéressé. Il appartenait seulement à M. A, s'il s'y croyait fondé, de prendre l'initiative de soumettre les ruptures conventionnelles à un expert de son choix, l'OPHEH étant seulement tenu d'acquitter les frais d'expertise. Par suite, le moyen tiré de ce que l'OPHEH n'a pas donné suite au courrier du 6 novembre 2019 n'entache pas la procédure de licenciement d'un vice de procédure.

I.1.2 Le moyen tiré du défaut de motivation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

5. La délibération du conseil d'administration de l'OPHEH du 8 novembre 2019 prononçant le licenciement de M. A rappelle la procédure suivie et énumère en les détaillant, les huit manquements retenus à l'encontre de l'intéressé. Elle est suffisamment motivée en droit et en fait. La circonstance que cette délibération n'a pas été notifiée à M. A est sans incidence sur sa légalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette délibération doit, par suite, être écarté.

I.1.3 Le moyen tiré du défaut de transmission de la délibération au contrôle de légalité :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposées au point 8, le moyen tiré de ce que la délibération n'a pas été transmise au contrôle de légalité outre qu'il est sans incidence sur la légalité de cette délibération manque, en tout état de cause, en fait.

I.2 La légalité interne :

I.2.1 Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des actes administratifs :

7. L'OPHEH est rattaché à Saint-Malo agglomération en vertu du 1° de l'article L. 421-6 du code de la construction et de l'habitation et est à ce titre, soumis au contrôle de légalité en application de l'article L. 5211-3 du code général des collectivités territoriales, qui renvoie au chapitre premier du titre III du livre premier de la deuxième partie de ce code relative au contrôle de légalité et à la publicité et à l'entrée en vigueur des actes des communes. Aux termes du I de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. () / La preuve de la réception des actes par le représentant de l'Etat dans le département ou son délégué dans l'arrondissement peut être apportée par tout moyen ". Aux termes de l'article L. 2131-2 du même code : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : / () 5° Les décisions individuelles relatives () au licenciement des agents non titulaires () ". Ces dispositions font obstacle à ce que l'entrée en vigueur d'un acte soumis à obligation de transmission soit fixée à une date antérieure à la date à laquelle il est procédé à sa transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'OPHEH a transmis le 15 novembre 2019 la délibération litigieuse à la direction départementale des territoires et de la mer d'Ille-et-Vilaine (DDTM 35), qui est placée, en vertu de l'article 1er du décret du 3 décembre 2009 relatif aux directions départementales interministérielles, sous l'autorité du préfet du département. Il l'a donc bien transmise au représentant de l'Etat dans le département au sens des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales. S'il est exact que la DDTM 35 n'exerce pas le contrôle de légalité, il appartenait à celle-ci de transmettre la délibération au service compétent, sans que cette erreur de service destinataire puisse avoir pour conséquence de priver d'effet exécutoire la délibération contestée. Il résulte de ce qui précède que l'entrée en vigueur de la délibération doit être fixée au 15 novembre 2009. Il s'ensuit que la délibération attaquée méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs en tant seulement qu'elle est entrée en vigueur avant le 15 novembre 2019.

I.2.2 Sur les moyens tirés de l'absence de caractère fautif des faits reprochés et de la disproportion de la sanction :

9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Lorsque l'administration s'est fondée sur plusieurs motifs dont certains sont illégaux, il appartient au juge administratif d'examiner s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls motifs légaux.

I.2.2.1 En ce qui concerne le grief portant sur la méconnaissance de la valorisation des jours sur son compte épargne-temps :

10. L'OPHEH a conclu un accord d'entreprise relatif au compte épargne-temps dont l'article 2 prévoit qu'il est applicable aux seuls salariés de l'office, à l'exclusion du personnel ayant le statut de fonctionnaire. Il comprend une annexe pour le personnel relevant de la fonction publique territoriale, qui fixe les modalités de fonctionnement du compte épargne-temps pour " les salariés de droit public ".

11. M. A ayant la qualité d'agent contractuel de droit public, son compte épargne-temps est régi par les dispositions de cette annexe. Il ne pouvait pas, par suite, liquider les droits inscrits sur son compte épargne-temps en les versant sur un plan d'épargne pour la retraite collective selon les modalités prévues à l'article 6 de l'accord d'entreprise qui ne lui était pas applicables et dont aucune disposition similaire ne figure dans l'annexe à cet accord. Le grief susvisé doit, par suite, être regardé comme matériellement établi.

I.2.2.2 En ce qui concerne le grief tiré de l'absence d'information du conseil d'administration de ruptures conventionnelles :

12. D'une part, aux termes de l'article L. 423-10 du code de la construction et de l'habitation : " Toute convention, conclue directement ou par personne interposée entre un des organismes mentionnés à l'article L. 411-2 et un de ses dirigeants, un de ses salariés, un de ses administrateurs, un des membres du conseil de surveillance ou une personne morale dans laquelle un de ses dirigeants, un de ses salariés, un de ses administrateurs ou membres du conseil de surveillance exerce des fonctions d'administrateur, de membre du conseil de surveillance ou de dirigeant est subordonnée à l'autorisation préalable du conseil d'administration ou du conseil de surveillance de l'organisme ". Aux termes de son article L. 423-11-1 : " Les articles L. 423-10 et L. 423-11 ne sont pas applicables aux conventions portant sur des opérations courantes et conclues à des conditions normales. / Ces conventions sont communiquées par l'intéressé au président du conseil d'administration, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs implications financières, ne sont significatives pour aucune des parties. La liste et l'objet de ces conventions sont communiqués par le président aux membres du conseil d'administration ". Aux termes de son article R. 421-18 : " () Le directeur général a autorité sur les services, recrute, nomme et, le cas échéant, licencie le personnel. Il préside le conseil social et économique ".

13. D'autre part, il résulte des articles L. 1237-11 à L. 1237-15 du code du travail, que la rupture conventionnelle homologuée du contrat de travail est une procédure de rupture d'un commun accord destiné à garantie la liberté du consentement des parties et se distingue du régime du licenciement.

14. Il résulte de l'instruction que M. A, a lui-même négocié et conclu entre 2014 et 2019 onze ruptures conventionnelles avec des salariés de l'OPHEH, en fixant librement l'indemnité de rupture versée. Ces ruptures conventionnelles, compte tenu de leur faible fréquence, ne sont pas au nombre des opérations courantes visées à l'article L. 423-11-1 du code de la construction et de l'habitation et devaient être soumises à l'autorisation préalable du conseil d'administration en vertu de l'article L. 423-10. M. A n'a jamais soumis ces conventions, pour lesquelles au demeurant l'article R. 421-18 du code de la construction et de l'habitation ne lui donnait pas compétence, à l'autorisation préalable du conseil d'administration.

I.2.2.3 En ce qui concerne le grief tiré de l'utilisation à des moyens de l'office à des fins personnelles :

I.2.2.3.1 Les dépenses de véhicules :

15. Si l'OPHEH reproche à M. A d'avoir fait équiper sa voiture de fonction de pneumatiques hiver et d'avoir acheté un pare-soleil et des caches-vitres, il ne démontre pas, en se bornant à invoquer la météorologie bretonne que ces opérations seraient motivées par des considérations strictement personnelles. En revanche, aucun motif professionnel ne justifie que M. A ait fait équiper son véhicule de fonctions d'un attache remorque (facture du 28 décembre 2017 de 879,73 €), la circonstance que son successeur a également bénéficié d'un attache-remorque ne pouvant être retenue comme justificatif.

16. M. A admet en outre avoir fait supporter par l'office des dépenses de parking d'un montant de 187,20 € lors d'un retour de vacances. Il n'a jamais pris l'initiative de rembourser cette somme.

I.2.2.3.2 Les dépenses effectuées lors du congrès de Troyes des 30 et 31 mars 2017 :

17. Il résulte de l'instruction que M. A a présenté deux notes de restaurant pour deux personnes les 30 et 31 mars 2017 sans préciser la personne invitée. Si M. A soutient qu'il s'agissait du directeur associé de la société Décorénov et d'un commercial multicartes, il ne le justifie pas. Ces dépenses ne peuvent par suite, être regardées comme présentant un caractère professionnel.

I.2.2.3.3 Les dépenses effectuées lors de l'assemblée générale de Rouen le 13 octobre 2017 :

18. L'OPHEH fait valoir sans être contredit que ne sont pas conviés aux assemblées générales des directeurs les partenaires extérieurs. Les explications non étayées de M. A tenant à ce qu'il aurait invité au restaurant des prestataires commerciaux les 13 et 14 octobre 2017 ne sont donc pas probantes. Le caractère professionnel de ces invitations n'est, par suite, pas établi.

I.2.2.3.4 Les dépenses effectuées lors de l'assemblée générale et du congrès HLM de Strasbourg du 25 au 28 septembre 2017 :

19. Il résulte de l'instruction que M. A a présenté des notes de restaurant pour deux personnes les 24 septembre au soir et le 26 septembre, en mentionnant respectivement un et deux invités sans préciser leur identité. Sur ce dernier point, M. A fait valoir qu'il a respecté les consignes qui lui avaient été données, à savoir noter le nombre de convives, sans préciser leur nom. Cette explication, non étayée quant à l'auteur de cette consigne et sa justification, apparaît peu crédible. S'agissant des invités, si M. A soutient qu'il s'agit du responsable des ventes de la société Noralsy pour le premier repas et des représentants de la société Acsal pour le second repas, il ne le justifie pas. En outre, il ne donne aucune explication au motif de ces invitations. Ces dépenses ne peuvent, par suite, être regardées comme présentant un caractère professionnel.

I.2.2.3.5 Les dépenses effectuées lors du congrès de Lille des 29 et 30 mars 2018 :

20. Il résulte de l'instruction que M. A a fait supporter par l'OPHEH un trajet en train de Lille à Lyon le 30 mars 2018 et un trajet de Lyon à Saint-Malo le 2 avril 2018. Ces dépenses sont sans rapport avec le congrès de Lille et ne sont justifiées par aucun motif professionnel.

I.2.2.3.6 Les dépenses effectuées lors du congrès de Caen du 16 mai 2018 :

21. M. A, prétendant avoir dîné le 16 mai 2018 avec le gérant de la société Diamo, fournisseur d'interphonie et de contrôle d'accès, alors que l'OPHEH soutient sans être contredit que cette société était liquidée depuis le 8 février 2018, n'établit pas le caractère professionnel de frais de restauration dont il a demandé le remboursement à l'OPHEH.

I.2.2.3.7 Les dépenses effectuées lors du congrès de Marseille du 9 au 11 octobre 2018 :

22. Il résulte de l'instruction que pour ce congrès, M. A s'est rendu en avion à Lyon le 5 octobre, puis a loué une voiture jusqu'au 14 octobre soit pendant 10 jours pour un kilométrage parcouru de 1 079 km, alors que les collègues de M. A sont arrivés de Rennes en avion le 9 octobre au matin et sont rentrés le 11 octobre au soir. Si M. A justifie avoir assisté à une soirée professionnelle le 11 octobre impliquant un retour le lendemain, il ne fournit aucun élément justifiant de nature professionnelle justifiant son déplacement dès le 5 octobre. Il est ainsi suffisamment établi qu'à l'occasion de ce congrès, M. A a fait supporter des dépenses personnelles par l'OPHEH.

I.2.2.3.8 Les dépenses effectuées lors du congrès de Toulouse des 28 et 29 mars 2019 :

23. M. A ne donne aucune explication au grief qui lui est fait d'avoir déposé à Lyon, le 31 mars, la voiture de location qu'il avait prise à Toulouse le 28 mars précédent, alors qu'aucune mission professionnelle ne lui avait été attribuée sur la région lyonnaise les 30 et 31 mars. La location de cette voiture prise en charge par l'OPHEH doit, par suite, être regardée comme ayant été partiellement utilisée à des fins personnelles par M. A.

I.2.2.3.9 La perception de tickets-restaurants :

24. Les conditions d'allocation de tickets-restaurant à M. A à compter du mois de novembre 2013 ne sont pas clairement établies par les pièces versées au dossier. En particulier, l'OPHEH ne justifie pas que le requérant les aurait expressément demandés en méconnaissance de la législation applicable. Ce grief, dont la matérialité est insuffisamment établie, ne peut pas être retenu.

I.2.2.3.10 L'utilisation des moyens de l'office pour des déplacements personnels :

I.2.2.3.10.1 Les dépenses de carburant :

25. D'une part, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 10 décembre 2002 relatif à l'évaluation des avantages en nature en vue du calcul des cotisations de sécurité sociale : " () lorsque l'employeur met à la disposition permanente du travailleur salarié ou assimilé un véhicule, l'avantage en nature constitué par l'utilisation privée du véhicule est évalué, sur option de l'employeur, sur la base des dépenses réellement engagées ou sur la base d'un forfait annuel estimé en pourcentage du coût d'achat du véhicule ou du coût global annuel comprenant la location, l'entretien et l'assurance du véhicule en location ou en location avec option d'achat, toutes taxes comprises. / () Les dépenses sur la base d'un forfait sont évaluées comme suit : / () - en cas de véhicule loué ou en location avec option d'achat, l'évaluation est effectuée sur la base de 30 % du coût global annuel comprenant la location, l'entretien et l'assurance du véhicule. Lorsque l'employeur paie le carburant du véhicule, l'avantage est évalué suivant ce dernier pourcentage auquel s'ajoute l'évaluation des dépenses de carburant à partir des frais réellement engagés ou suivant un forfait global de 40 % du coût global annuel comprenant la location, l'entretien, l'assurance du véhicule et le carburant ". D'autre part, le contrat de travail de M. A stipule en son article 3.2 que : " M. A bénéficiera des avantages suivants : / () la mise à disposition d'un véhicule de fonction dès l'embauche, pour un usage professionnel et personnel, sur le temps de travail et hors temps de travail. () / M. A sera remboursé sur justificatifs des frais exposés par lui dans le cas de ses déplacements et activités liés à ses fonctions, les frais inhérents au véhicule sont pris en charge en intégralité dans le cadre de l'avantage en nature ".

26. Dès lors qu'il résulte, d'une part, de l'article 3 de l'arrêté du 10 décembre 2002 que le carburant peut être pris en charge par l'employeur au titre de l'avantage en nature, et d'autre part, de l'article 3.2 du contrat de travail de M. A que les frais inhérents au véhicule sont pris en charge en intégralité par l'OPHEH, il ne saurait être fait grief à l'intéressé d'avoir considéré que les frais de carburant du véhicule de fonction mis à sa disposition devaient être réglés par l'office. En outre, l'avantage en nature résultant de la mise à disposition de véhicule est comptabilisé dans les bulletins de salaire de M. A à hauteur de 40 % du loyer mensuel de la location, ce qui tend à montrer que l'OPHEH avait bien entendu prendre en charge les frais de carburant. La circonstance que M. A a proposé un remboursement de ce frais dans le cadre de la procédure de licenciement diligentée à son encontre ne permet pas de tenir pour établie la matérialité de ce grief.

I.2.2.3.10.2 Les frais de péage :

27. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé de consommation avec la carte total GR, que M. A a fait supporter par l'office des frais de péage pour des déplacements personnels. Ce grief est suffisamment établi.

I.2.2.3.11 Les infractions au code de la route :

28. D'une part, en vertu de l'article L. 121-6 du code de la route, lorsqu'une infraction constatée selon les modalités prévues à l'article L. 130-9 a été commise avec un véhicule dont le titulaire du certificat d'immatriculation est une personne morale ou qui est détenu par une personne morale, le représentant légal de cette personne morale doit indiquer, à l'autorité mentionnée sur l'avis de contravention, l'identité et l'adresse de la personne physique qui conduisait ce véhicule. Le fait de contrevenir au présent article est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe.

29. Il résulte de l'instruction que pour l'infraction constatée le 24 janvier 2017, ainsi qu'il est mentionné sur l'avis de contravention, que M. A a donné pour instruction de ne pas révéler l'auteur de l'infraction. Pour les infractions constatées les 14 et 29 mars et 26 juin, 10 juillet 2017, l'OPHEH n'a pas désigné le conducteur, qui était M. A lui-même. Les agissements de M. A ont conduit l'OPHEH à supporter les amendes pour non désignation du conducteur du véhicule incriminé.

30. D'autre part, il est constant que le 23 juillet 2017, M. A a utilisé son véhicule de fonction alors qu'il faisait l'objet d'une suspension administrative de son permis de conduire.

31. Il résulte de ce qui précède que les infractions au code de la route sont établies.

I.2.2.3.12 La réalisation de travaux d'embellissement :

32. Il résulte de l'instruction que des travaux d'embellissement ont été effectués en 2018 dans un appartement dont la locataire est l'amie de M. A. Deux attestations circonstanciées de salariés de l'OPHEH mentionnent que M. A a personnellement demandé l'exécution de ces travaux et ce, en dehors de toutes les procédures en vigueur. Aucune pièce adverse ne permet de remettre en cause le caractère probant de ces attestions. Le grief doit, par suite, être regardé comme suffisamment établi.

I.2.2.3.13 La location longue durée d'un véhicule :

33. Il résulte de l'instruction que suite à un avis d'appel public à la concurrence lancé selon la procédure adaptée, l'OPHEH a souscrit, le 6 juin 2014 un contrat de location longue durée d'un véhicule à l'usage de M. A. Il est fait reproche à M. A de ne pas avoir informé le président, le bureau ou le conseil d'administration de ce contrat. Ce grief, formulé en 2018 pour un contrat conclu en 2014 pour une voiture utilisée depuis lors et dont les dépenses figurent, ainsi que l'indique M. A sans être contredit sur ce point, dans les budgets approuvés par le conseil d'administration, apparaît toutefois peu vraisemblable et ne peut, dès lors, être retenu.

34. Compte tenu de la gravité des seuls faits dont la matérialité est établie, il ne résulte pas de l'instruction que l'OPHEH n'aurait pas pris la même sanction de licenciement pour faute grave, qui ne présente pas de caractère disproportionné.

35. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération de l'OPHEH doit être annulée en tant seulement qu'elle prend effet avant le 15 novembre 2019.

II Les conclusions dirigées contre le courrier du président de l'OPHEH du 15 novembre 2019 :

36. Cette décision ne fait grief qu'en tant qu'elle enjoint à M. A de restituer son matériel professionnel, sous peine de le lui facturer au prix de remplacement. M. A ne soulève aucun moyen spécifique contre cette mise en demeure. Les conclusions tendant à l'annulation de ce courrier ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

III Les conclusions d'injonction :

37. L'annulation partielle de la délibération du 15 novembre 2019 n'implique pas que l'OPHEH réintègre M. A sur son poste de directeur général sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, ainsi que le demande l'intéressé. Ses conclusions d'injonction devront, par suite, être rejetées.

IV Les frais liés au litige :

38. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'OPHEH, qui n'a pas, pour l'essentiel, la qualité de partie perdante à la présente instance, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par l'OPHEH au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 8 novembre 2019 du conseil d'administration de l'OPHEH est annulée en tant qu'elle prend effet avant le 15 novembre 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de l'OPHEH présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'office public de l'habitat Emeraude habitation.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le président rapporteur,

signé

N. Tronel L'assesseure la plus ancienne,

signé

A. Allex

La greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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