vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2000639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 février 2020, M. A E, représenté par Me Beguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 19 mai 2018 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice à son profit des conditions matérielles d'accueil, ainsi que la décision du 5 août 2019 refusant de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- la décision attaquée du 19 mai 2018 est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas respecté la procédure préalable contradictoire prévue par l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée du 5 août 2019 est entachée d'un vice de forme au regard des exigences posées par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil méconnaît les dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision du 19 mai 2019 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse a suspendu le bénéfice à son profit des conditions matérielles d'accueil sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Beguin, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant nigérian né le 6 juillet 1981, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite Dublin le 2 novembre 2017 et a bénéficié, par une décision du même jour de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des conditions matérielles d'accueil offertes aux demandeurs d'asile. Il a été déclaré en fuite le 17 avril 2018. Par une décision du 19 mai 2018, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses droits aux conditions matérielles d'accueil. M. E s'est à nouveau présenté à la préfecture d'Ille-et-Vilaine pour y solliciter l'asile le 23 juillet 2019. Il a saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil par courrier du 29 juillet 2019. Sa demande a été rejetée par une décision du 5 août 2019. Par la présente requête, M. E demande l'annulation des décisions de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 19 mai 2018 et 5 août 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 mai 2018 :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " Aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique alors en vigueur : " Lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : a) De la notification de la décision d'admission provisoire ; / b) De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / c) De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 56 et de l'article 160 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée du 19 mai 2018 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les droits de M. E aux conditions matérielles d'accueil a été notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception à l'intéressé, qui l'a reçue le 8 juin 2018. Cette décision, qui indique qu'elle peut faire l'objet d'un recours devant le tribunal administratif de Rennes dans le délai de deux mois suivant la réception de sa notification, comporte ainsi les voies et délais de recours. A supposer même que le courrier de M. E du 29 juillet 2019 présenté comme un " recours contre notification de refus des CMA " puisse être regardé comme un recours gracieux présenté à l'encontre de cette décision du 19 mai 2018, ce recours administratif a en tout état de cause été présenté après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui avait commencé à courir à compter de la notification de la décision contestée. Ainsi, ce recours n'a pu avoir pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux. De même, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. E n'a été enregistrée que le 7 octobre 2019, soit également après l'expiration du délai de recours contentieux. Dès lors, ainsi que le fait valoir l'Office français de l'immigration et de l'intégration, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 19 mai 2018, présentées par M. E dans une requête qui n'a été enregistrée au greffe de ce tribunal que le 10 février 2020, sont tardives et, par suite, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 août 2019 :
4. En premier lieu, la décision du 5 août 2019 attaquée a été signée par Mme D C, directrice territoriale adjointe à Rennes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a reçu une délégation de signature régulière à cet effet, par une décision du directeur général de cet office du 15 janvier 2019 publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision doit dès lors être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que si la décision contestée comporte la qualité, le nom et le prénom de la directrice territoriale ainsi que, " pour le directeur général et par délégation ", la qualité, le prénom et le nom de la directrice territoriale adjointe de Rennes, seule cette dernière a apposé sa signature sur la décision, de sorte qu'il apparaît clairement que cette dernière en est la signataire. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit, par suite, écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / La décision de suspension () des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / () ".
8. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande, d'apprécier la situation particulière de l'intéressé au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
9. A supposer que le requérant ait entendu soulever le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 août 2019 rejetant sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, il ressort des pièces du dossier que M. E n'a pas honoré une convocation au 8 février 2018 pour la notification d'une décision de transfert et sa mise en exécution vers l'Italie, ni une nouvelle convocation au 16 avril 2018 qui lui a été adressée aux mêmes fins. La réalité de ces manquements n'est pas sérieusement contestée par le requérant.
10. Par ailleurs, il ressort des termes de la décision contestée du 5 août 2019 que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne faisait pas apparaître de facteur de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne produit aucune pièce de nature à étayer et corroborer ses allégations, s'agissant notamment de sa particulière vulnérabilité résultant de l'absence de logement. Il ne ressort ainsi d'aucune pièce du dossier que M. E se trouvait à la date de la décision attaquée dans une situation de vulnérabilité que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas prise en considération. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.
11. En dernier lieu, d'une part, la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil n'est pas prise pour l'application de la décision antérieure par laquelle l'Office a retiré au demandeur ou suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, d'autre part, la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil ne peut être regardée comme constituant la base légale de la décision en refusant ultérieurement le rétablissement. Dans ces conditions, à supposer même que M. E puisse être regardé comme invoquant, par voie d'exception, l'illégalité de la décision du 19 mai 2018 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ce moyen ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de la décision du 5 août 2019 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Kolbert, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
C. B
Le président,
signé
E. Kolbert
La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026