jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2000972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS AVENS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 février 2020, 25 octobre 2022,
10 janvier 2023, 8 février 2023 et 6 mars 2023, la société Guyot Environnement Valorisation et Energie, représentée par Me Massa (SCP Avens), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision qui lui a été notifiée le 26 décembre 2019 par laquelle le syndicat mixte Kerval Centre Armor refuse d'augmenter le prix des combustibles solides de récupération ;
2°) d'enjoindre au syndicat mixte Kerval Centre Armor de fixer à titre d'indemnité d'imprévision le prix de la tonne de combustibles solides de récupération à hauteur des coûts réels à compter du 1er janvier 2018, soit 76,22 euros par tonne du 1er janvier 2018 jusqu'au
31 décembre 2019, 72,37 euros par tonne en 2020, 90,17 euros par tonne en 2021 et
114,48 euros par tonne en 2022 ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner le syndicat mixte Kerval Centre Armor à lui payer à titre d'indemnité d'imprévision provisoire le prix de la tonne de combustibles solides de récupération à hauteur de 76,22 euros par tonne du 1er janvier 2018 jusqu'au 31 décembre 2019, 72,37 euros par tonne en 2020, 90,17 euros par tonne en 2021 et 114,48 euros par tonne en 2022 ;
4°) de mettre à la charge du syndicat mixte Kerval Centre Armor la somme de
4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande est recevable dès lors qu'elle tend au versement d'une indemnité d'imprévision ;
- l'augmentation exceptionnelle du coût des combustibles solides de récupération (CSR) résulte d'évènements indépendants de sa volonté, tenant à l'abandon de projets de chaudières consommatrices de CSR dans la région, aux regroupements intervenus dans le secteur des cimenteries, à l'interruption du plan de structuration de la filière des CSR et à la fermeture du marché chinois aux importations de plastiques collectés en vue d'un recyclage ;
- cette suppression simultanée de nombreux débouchés pour les CSR était imprévisible au moment de la conclusion du marché ;
- à cet égard, il n'était pas possible, lors de la conclusion du marché, d'indexer le prix des CSR sur un indice reflétant l'évolution de son prix dès lors qu'il n'existait aucun indice portant sur les CSR et que, en tout état de cause, les documents de la consultation ne prévoyaient pas de possibilité d'indexation pour les CSR ;
- la hausse du coût des CSR s'est élevé à 64 % entre 2017 et 2019, de 161 % en 2019, de 141 % en 2020, de 200 % en 2021 et de 281 % en 2022, représentant un montant total d'environ 5 millions d'euros de charges extracontractuelles ;
- cette hausse du montant des charges extracontractuelles imputables aux CSR dépasse le seuil du quinzième du montant du marché traditionnellement admis pour reconnaître une situation d'imprévision, de sorte que l'économie du contrat est bouleversée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 mars 2021, 5 décembre 2022 et
6 février 2023, le syndicat mixte Kerval Centre Armor, représenté par Me Collet (SELARL Ares), conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend à l'annulation d'une mesure d'exécution du contrat ;
- les circonstances invoquées par la société requérante n'avaient pas un caractère imprévisible lors de la conclusion du marché et sont, en tout état de cause, insuffisamment établies ;
- l'incidence des circonstances invoquées par la société requérante sur le coût des CSR dans le cadre du marché litigieux n'est pas indépendante de la volonté de cette dernière, dès lors qu'il lui appartenait de proposer dans son offre une indexation du prix des CSR sur l'évolution de leur coût ;
- le bouleversement de l'économie du contrat n'est pas établi, dès lors que la société n'a pas réalisé de déficits d'exploitation et que les pièces produites par la requérante ne permettent pas de déterminer de manière précise les charges imputables à la hausse des coûts des CSR ;
- les pièces produites par la requérante ne permettent pas d'évaluer la part du préjudice allégué qui doit être laissée à la charge du titulaire du marché, à supposer qu'une situation d'imprévision soit admise ;
- la société requérante a cessé d'exécuter une partie de ses obligations, dès lors qu'elle s'est abstenue de livrer 20 000 tonnes par an de déchets extérieures aux circuits normaux d'approvisionnements de l'unité des Châtelets.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;
- et les observations de Me Massa, représentant la société Guyot Environnement Valorisation et Energie, et de Me Collet, représentant le syndicat mixte Kerval Centre Armor.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 13 octobre 2014, le syndicat mixte Kerval Centre Armor a conclu avec la société Guyot Environnement Valorisation et Energie (GEVE) un marché public de performance globale portant sur la conception, la réalisation et l'exploitation pour une durée de neuf ans d'une unité de traitement de déchets située aux Châtelets, à Ploufragan.
En ce qui concerne l'indemnité d'imprévision :
2. Une indemnité d'imprévision suppose un déficit d'exploitation qui soit la conséquence directe d'un évènement imprévisible, indépendant de l'action du cocontractant de l'administration, et ayant entraîné un bouleversement de l'économie du contrat. Le concessionnaire est alors en droit de réclamer au concédant une indemnité représentant la part de la charge extracontractuelle que l'interprétation raisonnable du contrat permet de lui faire supporter. Cette indemnité est calculée en tenant compte, le cas échéant, des autres facteurs qui ont contribué au bouleversement de l'économie du contrat, l'indemnité d'imprévision ne pouvant venir qu'en compensation de la part de déficit liée aux circonstances imprévisibles.
3. Aux termes de l'article 14.5.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché litigieux, intitulé " Proposition d'intéressement sur les conditions économiques de valorisation (annexe 8) " : " Le candidat : () / garantit un prix indexé net pour le pouvoir adjudicateur pour les matières sur lesquelles le candidat estime possible de proposer des formules d'indexation / - vend les matières recyclables et valorisables à un prix mensuel réel (prix positif ou négatif suivant les matériaux). Le candidat proposera dans son offre finale un intéressement pour le pouvoir adjudicateur (entre 0 et 100 %) sur le prix de vente réel. () ". L'annexe 8 soumise par la société requérante en application de cet article prévoit, pour les CSR, un prix réel négatif de - 30 euros par tonne, de sorte que, pour chaque tonne de CSR produite par l'unité des Châtelets, une contribution de 30 euros est versée par le syndicat Kerval Centre Armor à la société GEVE.
4. La société requérante soutient que, depuis la conclusion du marché litigieux, les débouchés possibles pour les CSR, destinés à être vendus afin de servir de combustible, ont considérablement diminué. Il en résulte une forte hausse des coûts de traitement des CSR, dès lors que les CSR non vendus à des fins de valorisation énergétique doivent être enfouis aux frais de la société GEVE. La requérante a, en conséquence, saisi le 24 octobre 2019 le syndicat mixte d'une demande de modification du prix des CSR, en vue de fixer le prix d'une tonne de CSR à un montant de 76,22 euros en 2019, dont elle allègue qu'il représente le coût réel supporté par elle pour le traitement des CSR. Le syndicat mixte a rejeté cette demande le 17 décembre 2019. La société GEVE demande également, dans ses écritures, la fixation du prix de la tonne de CSR à 76,22 euros par tonne du 1er janvier 2018 jusqu'au 31 décembre 2019, 72,37 euros par tonne
en 2020, 90,17 euros par tonne en 2021 et 114,48 euros par tonne en 2022.
5. Il résulte de l'instruction que le secteur de la valorisation des CSR ne présentait pas, à la date de la conclusion du marché, un fonctionnement stabilisé dès lors qu'il avait fait l'objet de mesures encore récentes, adoptées en 2014 dans le cadre des plans gouvernementaux de reconquête industrielle, visant à développer l'usage des CSR en précisant leur statut juridique, en les rendant éligibles aux aides publiques et en soutenant la création de centres de production et de combustion de CSR. De plus, si la société GEVE fait valoir que le secteur des cimentiers, principaux consommateurs de CSR, a connu une concentration aboutissant à la fermeture de deux unités qui constituaient auparavant des débouchés pour les CSR qu'elle produisait, il résulte de l'instruction, et notamment des articles de presse spécialisée versés au dossier, que la tendance à la concentration du marché de la cimenterie était annoncée en 2011. Ainsi, alors même qu'il n'est pas contesté que des projets de création de chaudières utilisant des CSR ont été abandonnés depuis 2014 et que la fermeture du marché chinois aux plastiques en 2018 a eu, par effet d'éviction, un impact négatif sur la valorisation des CSR en France, où les plastiques ont été substitués aux CSR comme combustibles compte tenu de leur meilleur rendement énergétique, l'évolution des débouchés possibles pour les CSR pendant la durée d'exécution du marché litigieux connaissait, en 2014, de fortes incertitudes, ce qu'un professionnel avisé pouvait normalement prendre en compte.
6. Il apparaît en outre que la société GEVE n'a pas, lors de la soumission de son offre, proposé de formule d'indexation du coût des CSR alors que l'article 14.5.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché invitait les candidats à proposer une indexation s'ils le jugeaient nécessaire. Si la société requérante fait valoir qu'il n'existe pas d'indice officiel reflétant l'évolution des coûts de traitement des CSR, elle ne conteste pas qu'une formule représentative de l'évolution des coûts de traitement proprement dit, de valorisation et de transport représentatifs du coût global de traitement des CSR pouvait être établie par un candidat au marché.
7. Dans ces conditions, alors que la société GEVE n'apporte pas de précisions quant aux hypothèses de marché qui ont fondé son offre, à ses prévisions de coûts et aux débouchés initialement envisagés, la réduction des débouchés offerts aux CSR depuis 2014 ne peut être regardée comme imprévisible pour elle à la date de la conclusion du marché. L'incidence de la baisse des débouchés sur la hausse du coût supporté par la société GEVE ne peut davantage être regardée comme extérieure à l'action de cette dernière, faute pour elle d'avoir soumis une formule d'indexation pour les CSR lors de la passation du contrat. Par suite, et sans qu'il y ait lieu d'examiner si un bouleversement de l'économie du contrat est intervenu, la société GEVE n'est pas fondée à soutenir que l'évolution du marché caractérise une situation d'imprévision.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus notifiée le 26 décembre 2019 par le syndicat mixte Kerval Centre Armor d'augmenter le prix des combustibles solides de récupération, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes, doivent être rejetées.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société GEVE la somme demandée par le syndicat mixte Kerval Centre Armor au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D'autre part, les dispositions de cet article font obstacle à ce que le syndicat mixte Kerval Centre Armor, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société GEVE la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Guyot Environnement Valorisation et Energie est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du syndicat mixte Kerval Centre Armor présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Guyot Environnement Valorisation et Energie et au syndicat mixte Kerval Centre Armor.
Une copie du présent jugement sera adressée à la direction départementale des finances publiques des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
A. A
Le président,
signé
G.-V. Vergne
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026