mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LE VERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars 2020 et 16 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Le Verger, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2019 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à sa fille D ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de délivrer à l'enfant D une carte nationale d'identité et un passeport dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer la demande dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- la décision méconnaît les articles 3 paragraphe 1, 7 et 8 de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2020, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 décembre 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 avril 2018, Mme A B a sollicité la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport pour l'enfant D B née le 2 juin 2015 à Rennes et reconnue par M. C F, de nationalité française. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 30 septembre 2019 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande.
Sur la légalité de la décision :
2. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". L'article 310-1 du même code prévoit que : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de
la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande () " et aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du
juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé.
3. En outre, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable
dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire,
il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude
revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit
exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables
aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit
un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité pour le compte d'un enfant mineur, que la reconnaissance de cet enfant a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte nationale d'identité.
4. Pour refuser la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport au profit de l'enfant D, le préfet du Finistère s'est fondé sur le fait que Mme B ignore l'essentiel des éléments de vie de M. F et réciproquement, que la requérante ignore le fait que ce dernier a déjà deux enfants, qu'elle se maintient irrégulièrement sur le territoire français, que les intéressés n'ont jamais eu de communauté de vie, que le père putatif n'a pas assisté à l'accouchement, qu'il ne justifierait pas participer à l'éducation et à l'entretien de l'enfant et qu'il existerait un décalage temporel entre la conception et la naissance de l'enfant.
5. Aucun de ces éléments, même combinés, ne suffit toutefois à établir, que
M. F ne serait pas le père biologique de l'enfant Lyndsay et que la reconnaissance de paternité, à laquelle il a procédé deux mois et deux jours après la naissance de Lyndsay serait frauduleuse, le préfet du Finistère n'établissant pas, ni même n'alléguant que la relation ayant donné naissance à cet enfant serait matériellement impossible, et n'établissant pas davantage que des poursuites pénales auraient été diligentées par le procureur de la République de Rennes, auprès duquel un signalement a été effectué par le préfet d'Ille-et-Vilaine le 6 novembre 2019, ou qu'une action aurait été engagée pour obtenir du tribunal d'instance l'annulation judiciaire de cette reconnaissance de paternité. En outre, et en tout état de cause, la requérante démontre, la naissance prématurée de l'enfant, les différents virements ou mandats effectué par M. F, à son profit dans les premiers mois de la vie de Lyndsay, et produit une attestation de sa sœur corroborant ses dires quant aux visites du père putatif. Enfin, il est constant que l'enfant est titulaire d'un certificat de nationalité française.
6. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Finistère ne rapporte pas la preuve que la reconnaissance de paternité souscrite par M. F serait entachée de fraude et, partant, qu'il existerait un doute suffisant sur la nationalité de l'enfant Lyndsay de nature à justifier le refus de délivrance des titres d'identité sollicités, paraît propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 30 septembre 2019.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs et sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait des intéressés, que le préfet du Finistère procède à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport à l'enfant Lyndsay B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Finistère ou à tout autre préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de l'intéressée, de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant Lyndsay B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Verger de la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Finistère du 30 septembre 2019 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère, ou à tout autre préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de fait ou de droit des intéressés, de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant Lyndsay B dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Le Verger la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Le Verger et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022 .
Le rapporteur,
Signé
Y. E
Le président
Signé
G. Descombes
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026