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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001332

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001332

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CLOIX & MENDES-GIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés le 19 mars 2020, 7 juillet 2022, 12 août 2022 et 23 septembre 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme A B, représentée par la SELAS CLOIX et MENDES GIL, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 17 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Plouézec lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif pour la construction d'une maison individuelle sur un terrain situé 12 bis impasse de Kervilin ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Plouézec, à titre principal, de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur la demande de certificat d'urbanisme opérationnel dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Plouézec une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté n'a pas fait l'objet d'une consultation des services gestionnaires des réseaux publics, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme ;

- il ne mentionne pas en caractères lisibles le prénom et le nom de son signataire, en méconnaissance de l'article A. 410-3 du code de l'urbanisme ;

- cet arrêté est illégal en tant que le classement du terrain d'assiette du projet en zone Aa par le règlement graphique du plan local d'urbanisme communal approuvé le 24 juin 2013 et modifié le 5 juillet 2016 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 17 juin 2021, le 4 août 2022 et le 23 août 2022, la commune de Plouézec, représentée par la SELARL Polastri, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- Mme B ne justifie pas avoir notifié le recours contentieux en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Delilaj, substituant la SELARL Polastri, représentant la commune de Plouézec.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 décembre 2019, Mme B a demandé au maire de la commune de Plouézec de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel pour la réalisation d'une maison d'habitation sur un terrain situé 12 bis impasse de Kervilin et cadastré section AP n° 197. Le 17 janvier 2020, le maire de la commune de Plouézec a certifié que la législation d'urbanisme applicable ne permettait pas la réalisation de ce projet. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. ". Aux termes de l'article R. 410-10 du même code : " () Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande. / L'autorité compétente recueille l'avis des collectivités, établissements publics et services gestionnaires des réseaux mentionnés à l'article L. 111-11 ainsi que les avis prévus par les articles R. 423-52 et R. 423-53. / Ces avis sont réputés favorables s'ils n'ont pas été émis dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis ".

3. Mme B fait valoir que l'arrêté du 17 janvier 2020 est illégal en l'absence de consultation des services gestionnaires des réseaux publics. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été pris exclusivement sur le fondement du zonage Aa applicable au terrain d'assiette du projet, lequel interdit toute construction, et non sur l'insuffisance des réseaux publics. Si le maire de la commune de Plouézec n'a effectivement pas procédé aux consultations des services gestionnaires des réseaux prévus par l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme cette circonstance n'a en l'espèce pas été susceptible d'exercer une influence sur le caractère négatif du certificat d'urbanisme et n'a pas privé Mme B d'une garantie. Dans ces condisions cette irrégularité n'est pas de nature à entacher la légalité du certificat d'urbanisme délivré le 17 janvier 2020.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article A. 410-3 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme : / a) Indique la collectivité au nom de laquelle le certificat est délivré ; /b) Vise la demande de certificat et précise si la demande porte sur un certificat d'urbanisme indiquant, en application du a de l'article L. 410-1, les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables au terrain ou sur un certificat d'urbanisme indiquant en outre, en application du b du même article, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation d'une opération ; / c) Rappelle les nom et adresse du demandeur, le numéro d'enregistrement et l'adresse du terrain ; / d) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application ; / e) Vise, s'il y a lieu, les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. / L'arrêté mentionne, en caractères lisibles, le prénom, le nom et la qualité de son signataire ".

5. Si l'arrêté attaqué du 17 janvier 2020 ne mentionne pas, en méconnaissance de ces dispositions, l'indication du prénom et du nom de son signataire, il n'en comporte pas moins la signature de son auteur sous la mention lisible de sa qualité de maire de Plouézec et ne laisse place, ce faisant, à aucune ambiguïté sur l'identification de ce signataire. Par suite, et en l'absence d'élément de nature à remettre en cause la signature de ce certificat d'urbanisme par le maire de la commune de Plouézec, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A. 410-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ".

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

10. Aux termes du règlement littéral du plan local d'urbanisme de la commune de Plouézec approuvé le 24 juin 2013 et modifié le 5 juillet 2016, les secteurs classés en zone A correspondent à des " zones équipées ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. / Elle comprend en outre des secteurs Aa où les constructions sont interdites. ". Le projet d'aménagement et de développement durables précise que les auteurs de ce plan ont cherché à " préserver l'activité agricole " en assurant " de bonnes conditions de travail aux exploitants en maîtrisant le développement urbain pour limiter son impact sur l'espace agricole et les conflits d'usage ". Il ressort de ce même document que la commune de Plouézec a entendu mettre un terme à la consommation foncière excessive et promouvoir une gestion économe de l'espace, impliquant que " les secteurs de développement au sein des zones agglomérées seront privilégiés par rapport aux secteurs contribuant à l'étalement urbain ". Enfin, le rapport de présentation indique que les zones Aa ont été instituées pour " préserver la qualité des paysages, / confirmer les coupures d'urbanisation et prendre en compte les continuités écologiques, / assurer le développement ultérieur de la tâche agglomérée, afin d'éviter les éventuels conflits d'usage entre la population et les agriculteurs ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet cadastrée section AP n° 197 est située dans le périmètre de l'agglomération de Plouézec délimitée par le plan schématique des orientations du projet d'aménagement et du développement durables et, par conséquent, dans la zone où les auteurs du plan local d'urbanisme communal ont entendu privilégier le développement de l'urbanisation. Toutefois, la circonstance que le projet d'aménagement et de développement durables identifie le secteur au sein de l'agglomération de Plouézec ne fait pas obstacle au zonage A agricole de la parcelle d'assiette du projet.

12. Ainsi, il ressort des photographies aériennes produites que la parcelle litigieuse se rattache à un vaste tènement agricole et forestier d'environ huit hectares, en retrait par rapport à la voie structurante de la rue Yves Le Coq, le long de laquelle plusieurs dizaines de constructions sont édifiées. La parcelle d'assiette du projet ne supporte elle-même aucune construction, n'est accessible que par une impasse et jouxte par ses côtés sud et ouest des terrains à usage agricole faisant partie d'un ensemble plus vaste classé en zone Aa.

13. La simple présence d'une haie d'arbustes entre la parcelle d'assiette du projet et le reste du vaste tènement agricole et forestier au sud n'est pas de nature à lui conférer une vocation différente de celle du secteur agricole auquel elle se rattache. Par ailleurs, les circonstances que la parcelle d'assiette du projet n'aurait pas d'usage agricole, qu'elle n'en aurait jamais eu et présenterait une faible superficie de 945 m², ne sont pas de nature à établir qu'elle serait dénuée de tout potentiel agricole ou intérêt écologique.

14. Dans la mesure où les auteurs d'un plan local d'urbanisme ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'ancien zonage UD dont bénéficiait la parcelle. Enfin, la circonstance que la parcelle d'assiette du projet serait desservie par des réseaux est inopérante au regard des termes mêmes des dispositions applicables à la zone A du règlement littéral du plan local d'urbanisme qui concerne des " zones équipées ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

15. Il résulte de ce qui précède, et compte des caractéristiques de la parcelle d'assiette du projet, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont pu sans erreur manifeste d'appréciation décider son classement zonage agricole Aa. Par suite, Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du plan local d'urbanisme pour soutenir que le maire de la commune de Plouézec ne pouvait se fonder sur le classement en zone Aa du terrain cadastré section AP n° 197 pour délivrer un certificat d'urbanisme négatif.

16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Plouézec, que la requête présentée par Mme B doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Plouézec qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Plouézec une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Plouézec.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

C. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Bozzi

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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