vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001542 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | TROUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 mars 2020, 20 janvier 2022 et 17 octobre 2022, la société civile immobilière Les Petits Moineaux, représentée par Me Troude, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler, pour excès de pouvoir, la délibération du 27 janvier 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté d'agglomération ou, à titre subsidiaire, d'annuler cette délibération en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section AO nos 300 et 302 à Quévert en zone A ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la délibération attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 2121-17 du code général des collectivités territoriales ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est illégale en raison de l'absence de clarté et d'intelligibilité du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat, notamment au regard de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 151-4 et L. 151-5 du code de l'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le règlement graphique classe les parcelles cadastrées section AO nos 300 et 302 à Quévert en zone A.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2021 et 16 septembre 2022, la communauté d'agglomération Dinan Agglomération, représentée par la SELARL Arès, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société requérante le versement de la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, à défaut pour la société requérante de justifier de son intérêt et de sa capacité à agir ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Troude, représentant la SCI Les Petits Moineaux, et de Me Hipeau, de la SELARL Arès, représentant la communauté d'agglomération Dinan Agglomération.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 13 mars 2017, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté d'agglomération créée le 1er janvier 2017. Par une délibération du 25 mars 2019, il a tiré le bilan de la concertation et arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat. Il a été décidé, par une délibération du 25 mars 2019, d'appliquer les articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l'urbanisme. Par une délibération du 22 juillet 2019, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a à nouveau arrêté le projet de plan. L'enquête publique s'est déroulée entre les 12 août et 20 septembre 2019. Le 27 janvier 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local d'urbanisme par une délibération dont la société requérante demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat :
2. Aux termes de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité de : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme, de document d'urbanisme en tenant lieu et de carte communale, en collaboration avec les communes membres. L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale arrête les modalités de cette collaboration après avoir réuni une conférence intercommunale rassemblant, à l'initiative de son président, l'ensemble des maires des communes membres ; / 2° La commune lorsqu'elle n'est pas membre d'un tel établissement public, le cas échéant en collaboration avec l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre dont elle est membre ". La délibération prescrivant l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir. Le moyen tiré de l'illégalité de cette délibération ne peut, eu égard à l'objet et à la portée de celle-ci, être utilement invoqué contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme.
3. D'une part, la délibération du 13 mars 2017, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat mentionne la tenue de la conférence des maires de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération le 6 mars 2017. Ni l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme invoqué par la société requérante ni d'ailleurs aucune autre disposition n'imposent l'annexion du procès-verbal de la conférence intercommunale des maires à la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme. D'autre part, à supposer même que l'un ou plusieurs des maires des communes membres de cette communauté d'agglomération aient été représentés par un adjoint lors de cette conférence, ce que la société requérante n'établit par aucun élément précis ni aucune pièce, cette circonstance n'a pas été de nature à priver les intéressés d'une garantie ni d'exercer une influence sur le sens de la délibération. Enfin, il ressort de la délibération du 13 mars 2017, qui a également eu pour objet de définir les modalités de collaboration avec les communes et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que cette délibération a été transmise au préfet le 21 mars 2017. La société requérante n'est ainsi pas fondée, en tout état de cause, à se prévaloir que l'irrégularité de la procédure au regard de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne la conférence intercommunale des maires :
4. En vertu de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli ; () ".
5. En premier lieu, il ressort de la délibération attaquée du 27 janvier 2020, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que s'est réunie le 18 décembre 2019 une conférence intercommunale des maires des communes membres de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération au cours de laquelle ont été présentés les avis joints au dossier d'enquête publique, les observations du public et le rapport de la commission d'enquête. La communauté d'agglomération Dinan Agglomération produit en outre la convocation qui a été adressée aux intéressés par courrier du 10 décembre 2019. La société requérante n'apporte aucun élément précis de nature à remettre en cause la réalité de la tenue de la conférence intercommunale des maires. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au regard de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme en l'absence de tenue de cette conférence intercommunale des maires doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 2121-17 du code général des collectivités territoriales, applicable à l'organe délibérant d'un établissement public de coopération intercommunale en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Le conseil municipal ne délibère valablement que lorsque la majorité de ses membres en exercice est présente. / Si, après une première convocation régulièrement faite selon les dispositions des articles L. 2121-10 à L. 2121-12, ce quorum n'est pas atteint, le conseil municipal est à nouveau convoqué à trois jours au moins d'intervalle. Il délibère alors valablement sans condition de quorum ".
7. La société requérante soutient qu'à défaut d'établir que la majorité des maires des communes membres de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération était présente lors de la conférence intercommunale du 18 décembre 2019, la délibération attaquée méconnaît les dispositions citées au point précédent. Toutefois, et dès lors que les avis et observations mentionnés par l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ont été présentés lors de la séance du conseil communautaire du 27 janvier 2020 à laquelle participaient les élus des communes et au cours de laquelle le plan local d'urbanisme intercommunal a été approuvé par 71 voix pour, 10 voix contre et 5 abstentions sur les 91 membres titulaires de ce conseil, la circonstance que le quorum prévu par l'article L. 2121-17 du code général des collectivités territoriales n'aurait pas été atteint n'a en tout état de cause pas privé les intéressés d'une garantie ni exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la délibération prise. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne l'information des conseillers municipaux :
8. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, rendu applicable aux établissements publics de coopération intercommunale comprenant au moins une commune de 3 500 habitants et plus par l'article L. 5211-1 du même code dans sa version applicable : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. () ". Il résulte de ces dispositions que la convocation aux réunions du conseil communautaire doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications pour compléter leur information conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises. Aux termes de cet article L. 2121-13 : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".
9. Il ressort des mentions du registre des délibérations du conseil communautaire de Dinan Agglomération, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, et il n'est pas contesté que la convocation à la séance du 27 janvier 2020 a été adressée aux conseillers communautaires le 17 janvier 2020, soit dans le respect du délai de cinq jours francs prévu par l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales précité. Il ressort des pièces du dossier qu'étaient notamment joints à cette convocation un ordre du jour mentionnant l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal et une note de synthèse accompagnée d'annexes. Ce courrier comporte, s'agissant de l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal, un lien extranet à partir duquel est disponible " l'ensemble du document soumis à l'approbation du conseil communautaire ". La note explicative de synthèse retrace de manière suffisamment précise les objectifs de l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal, les différentes étapes de la procédure et les modifications apportées au dossier après enquête publique pour prendre en compte les avis des personnes publiques associées et de la commission d'enquête. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conseillers communautaires de Dinan Agglomération ont disposé d'une information suffisante sur le projet de plan local d'urbanisme intercommunal préalablement à la séance du conseil communautaire du 27 janvier 2020. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ne peut dès lors qu'être écarté.
En ce qui concerne la clarté et l'intelligibilité du plan local d'urbanisme intercommunal :
11. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
12. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'annexe 1 de la délibération attaquée, que des modifications ont été apportées au projet de plan local d'urbanisme entre sa soumission à l'enquête publique et son approbation pour tenir compte, en particulier, de l'avis des personnes publiques associées et de la commission d'enquête. Ces modifications ont notamment eu pour objet de rectifier des erreurs matérielles, actualiser des surfaces, par exemple s'agissant des superficies des espaces agricoles et des zones urbaines, compléter l'état initial du terrain et l'évaluation environnementale, notamment sur l'analyse de l'impact du projet sur le réseau Natura 2000 et de ses incidences indirectes sur l'environnement, sur son volet cartographique relatif aux incidences du zonage du plan local d'urbanisme intercommunal et à la trame verte et bleue ainsi que sur un scénario " au fil de l'eau " alternatif à celui retenu par le plan local d'urbanisme permettant d'apprécier les perspectives d'évolution de l'état de l'environnement, ajouter de nouvelles données chiffrées quant à la consommation foncière passée, intégrer dans le règlement le risque de submersion marine les zonages ou encore modifier des orientations d'aménagement et de programmation. Une modification du zonage est par ailleurs intervenue suite à la réduction de certaines zones à vocation économique et du nombre de secteurs de taille et de capacité d'accueil limitées. Enfin, le rapport de présentation comprend un résumé non technique de dix pages présentant l'état initial de l'environnement, l'articulation du plan avec les autres plans et programmes, les objectifs, méthode et contenu de l'évaluation environnementale, les incidences du plan sur les composantes de l'environnement, l'évaluation environnementale des sites du projet, l'évaluation des incidences du projet sur les sites Natura 2000 et le dispositif de suivi de l'application du plan au regard de l'environnement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce rapport non technique soumis à enquête publique serait incomplet ou insuffisant. Pour établir l'absence de clarté et d'intelligibilité du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat notamment au regard de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dont elle se prévaut, la société requérante se borne à invoquer les erreurs et incohérences relevées par la mission régionale d'autorité environnementale de Bretagne dans son avis sur le projet du 4 juillet 2019 et par la commission d'enquête, sans démontrer que les modifications apportées au plan local d'urbanisme intercommunal après l'enquête publique, n'auraient pas eu pour effet de pallier ces insuffisances. Dans ces conditions, et au regard de la teneur des modifications apportées au plan, lesquelles ne remettent au demeurant pas en cause l'économie générale du projet, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le rapport de présentation et le projet d'aménagement et de développement durables :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. / () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'approbation du plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. () ". Aux termes de l'article L. 151-5 du même code, dans sa rédaction applicable : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. () ".
14. Le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal dans sa version approuvée prévoit, sur la base d'un accroissement démographique projeté de 0,7 % par an, une réduction de la consommation foncière d'environ 50 % sur la période considérée.
15. Il ressort du rapport de présentation que ses auteurs se sont fondés, s'agissant de l'appréciation de la consommation passée d'espaces naturels, agricoles et forestiers, sur plusieurs analyses réalisées sur des périodes différentes et à partir de données non comparables, à savoir une analyse de la consommation d'espaces entre 1985 et 2005 réalisée dans le cadre du schéma de cohérence territoriale à partir de la comparaison de photographies aériennes et de données satellitaires, une analyse de la consommation d'espaces élaborée dans le cadre du diagnostic du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat entre 2002 et 2013 par l'analyse de photographies aériennes permettant de quantifier les surfaces bâties sur la période en renouvellement urbain, en extension et en diffus, une analyse de la consommation d'espace par rapport au " T0 " du schéma de cohérence territoriale entre 2014 et 2018, permettant d'appréhender les surfaces à vocation d'habitat consommées en extension d'urbanisation et, enfin, une analyse de la consommation d'espaces entre 2010 et 2017, réalisée par le centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA), sur la base des fichiers fonciers, à l'échelle de la parcelle et quantifiant les surfaces consommées en lien avec l'évolution de la vocation d'habitat, d'activité ou mixte des parcelles. L'agrégation de ces études dans le temps au regard des différences d'approches méthodologiques et des données traitées ne pouvant permettre une analyse cohérente sur l'ensemble de la période, il a été décidé, ainsi que l'indique la communauté d'agglomération Dinan Agglomération dans son mémoire en réponse aux questions de la commission d'enquête et ainsi qu'il ressort explicitement du cahier foncier, de réaliser l'analyse de la consommation d'espace projetée à partir des données de l'étude du CEREMA, publiée en juillet 2019, qui porte sur la période la plus exploitable allant de 2010 à 2017.
16. Les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont ainsi porté leur analyse non pas seulement sur la période allant de 2003 à 2012, comme le fait valoir la société requérante, mais sur les données les plus récentes en leur possession, l'étude du CEREMA évoquant une consommation foncière moyenne annuelle de 88 hectares pour l'habitat, de 2 hectares pour les équipements et de 16 hectares pour les activités économiques, soit un total moyen annuel de 106 hectares entre 2010 et 2017. De plus, si la période retenue pour l'analyse de cette consommation ne couvre pas les dix années précédant l'approbation du plan, il ne ressort pas des pièces du dossier que la comparaison des chiffres retenus sur la période analysée diffèrerait de manière significative avec la période prévue par l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que la communauté d'agglomération aurait pu avoir accès à des données actualisées et plus précises à la date d'approbation du plan, permettant en particulier une analyse par zone notamment pour les secteurs à vocation économique. Le plan local d'urbanisme intercommunal litigieux est d'ailleurs le premier document d'urbanisme élaboré par la communauté d'agglomération Dinan Agglomération créée le 1er janvier 2017.
17. Au demeurant, l'objectif prévu par le projet d'aménagement et de développement durables de réduction de la consommation foncière annuelle portée, jusqu'en 2032, à la hauteur de 52 hectares par an dont 32 hectares pour l'habitat et les équipements et 20 hectares pour les activités économique, vise une consommation foncière annuelle également inférieure tant à la consommation annuelle de 85 hectares retenue par le schéma de cohérence territoriale sur la période allant de 1985 à 2005 qu'à la consommation annuelle de 78,5 hectares identifiée dans l'analyse du diagnostic du plan local d'urbanisme intercommunal pour la période allant de 2003 à 2012.
18. Par ailleurs, il ressort du rapport de présentation que l'accroissement de la population projeté de 0,7 % par an, qualifié de " réaliste " par la commission d'enquête et non contesté, a été retenu à partir de projections réalisées sur les données de l'INSEE de 2013.
19. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, des corrections ont été apportées au rapport de présentation à la suite de l'enquête publique pour prendre en compte les observations des personnes publiques associées et de la commission d'enquête, notamment en ce qui concerne les chiffres liés à la consommation foncière. Ainsi, les insuffisances du rapport de présentation telles que relevées par l'autorité environnementale dans son avis rendu antérieurement aux modifications apportées au projet après l'enquête publique ne sont pas de nature à remettre en cause la cohérence et la pertinence des données figurant dans ce document.
20. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme doit être écarté.
21. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. () ".
22. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le projet d'aménagement et de développement durables prévoit un objectif de consommation foncière, sur la période allant de 2018 à 2032, de 32 hectares en moyenne par an pour l'habitat et les équipements et de 20 hectares en moyenne par an pour les activités économiques, cet objectif de consommation induisant une réduction de près de 50 % de la consommation foncière de 106 hectares retenue par l'analyse du CEREMA sur la période de 2010 à 2017. Pour atteindre cet objectif, le projet d'aménagement et de développement durables, qui vise une production annuelle de l'ordre de 670 logements neufs permettant de répondre au scénario démographique retenu de croissance globale annuelle de la population de l'ordre de 0,7 % sur le territoire communautaire, prévoit en particulier une politique de renouvellement urbain ambitieuse corrélée à une politique de densité différenciée imposant une densité supérieure près des centralités, le document identifiant des secteurs d'extension urbaine aux densités comprises entre 15 et 30 logements par hectare. Il prévoit également, s'agissant des surfaces dédiées au développement économique, la requalification de certaines fiches et le développement limité d'entreprises isolées.
23. Contrairement à ce que soutient la société requérante et eu égard à ce qui a été dit aux points 14 à 19 du présent jugement, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal en litige, en retenant ces orientations à partir de données cohérentes avec les mentions du rapport de présentation, doivent être regardés comme ayant fixé dans le projet d'aménagement et de développement durables des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne le classement en zone agricole du terrain appartenant à la SCI Les Petits Moineaux à Quévert :
24. Aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
25. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A ce titre, ils peuvent identifier et localiser des éléments de paysage et définir des prescriptions de nature à assurer leur protection. Ce faisant, ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
26. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont entendu modérer la consommation de l'espace et lutter contre l'étalement urbain. Le projet d'aménagement et de développement durables prévoit ainsi qu'" afin de maîtriser les extensions urbaines et de limiter en conséquence la consommation d'espaces naturels et agricoles, le projet vise à répartir des principes de développement respectueux de la typologie des espaces bâtis ", par un " développement prioritaire des bourgs () : en priorité dans l'enveloppe urbaine, puis en extension " et un " développement possible des villages denses : comblement des dents creuses prioritaire puis extension limitée si un besoin particulier est justifié à l'échelle du territoire ".
27. Il résulte du règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal que le terrain appartenant à la société requérante situé au lieu-dit Les Moulins à Vents à Quévert, anciennement cadastré section AO nos 300 et 302, est classé en zone A de ce plan. Ce terrain, d'une superficie relativement importante et en grande partie non bâti, s'ouvre à l'est et au sud sur un vaste espace agricole. En dépit de la présence de haies ou talus identifiés comme à protéger par le règlement graphique, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des photographies du terrain, produites par la société requérante, qui font apparaître une surface pour l'essentiel enherbée et peu entretenue, que ces parcelles seraient dépourvues de tout potentiel agronomique, biologique ou économique. De plus, si le terrain se trouve en bordure d'un secteur construit, ce dernier, qui comporte une dizaine de constructions implantées de manière diffuse, est lui-même intégré à la zone plus étendue à vocation agricole qui l'entoure. L'ensemble de ce secteur est d'ailleurs classé en zone agricole. Au demeurant, le terrain ne peut être regardé comme constituant, au sein de ce secteur qui ne correspond d'ailleurs pas à un " village dense ", une " dent creuse " dont le projet d'aménagement et de développement durables prévoit le comblement prioritaire pour lutter contre l'étalement urbain. Par ailleurs, les commerces et services invoqués par la société requérante se situent à plusieurs centaines de mètres du terrain dont ils sont séparés par un espace agricole. Dans ces conditions, et en dépit de ce qu'elles seraient desservies par les réseaux publics, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal n'ont pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant en zone agricole les parcelles de la société requérante, conformément à leur souhait de maîtriser les extensions urbaines et de limiter en conséquence la consommation d'espaces naturels et agricoles.
28. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la communauté d'agglomération Dinan Agglomération, que la SCI Les Petits Moineaux n'est pas fondée à demander l'annulation en tout ou partie de la délibération du 27 janvier 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté d'agglomération.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Dinan Agglomération, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée à ce titre par la SCI Les Petits Moineaux.
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Les Petits Moineaux le versement de la somme de 1 500 euros à la communauté d'agglomération Dinan Agglomération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Les Petits Moineaux est rejetée.
Article 2 : La SCI Les Petits Moineaux versera à la communauté d'agglomération Dinan Agglomération la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Les Petits Moineaux et à la communauté d'agglomération Dinan Agglomération.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026