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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001603

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001603

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2020, M. C B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui accorder les droits aux conditions matérielles d'accueil ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en l'absence d'un examen de sa situation particulière ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision du 22 novembre 2019 a perdu son objet dès lors qu'elle a été remplacée par une nouvelle décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 septembre 2020 ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Le Strat, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 19 octobre 1995, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite Dublin le 20 octobre 2017 et a bénéficié, par une décision du même jour de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des conditions matérielles d'accueil offertes aux demandeurs d'asile. Par arrêté du 31 janvier 2018, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert vers l'Italie. Ne s'étant pas présenté aux autorités françaises pour l'exécution de cet arrêté, il a été déclaré en fuite. Par une décision du 15 juin 2018, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu ses droits aux conditions matérielles d'accueil. M. B s'est à nouveau présenté à la préfecture d'Ille-et-Vilaine pour y solliciter l'asile, sa demande ayant alors été requalifiée en procédure normale le 14 août 2019. Il a saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil par courrier du 15 novembre 2019 reçu le 18 novembre suivant. Sa demande a été rejetée par une décision du 22 novembre 2019.

Sur l'objet du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction du recours, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pris une nouvelle décision à l'encontre de M. B, le 11 septembre 2020, refusant de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. B ait été régularisée au titre de la période écoulée depuis la précédente décision du 22 novembre 2019, ni qu'il ait présenté une nouvelle demande à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. La décision du 27 mai 2019 doit donc être regardée comme ayant implicitement mais nécessairement retiré la décision initialement attaquée. Ce retrait a acquis un caractère définitif à l'égard de M. B qui n'établit ni même n'allègue avoir déposé un recours à son encontre. Il s'ensuit que, s'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision initialement attaquée qui ont perdu leur objet, ces conclusions et les moyens s'y rapportant doivent toutefois être redirigés contre la décision de même portée prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 11 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 septembre 2020 :

4. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable, issue de la loi du 29 juillet 2015 : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code, dans sa version applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines () ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".

5. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / La décision de suspension () des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

6. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'est pas stéréotypée, vise les dispositions dont elle fait application et relève que M. B, qui a été déclaré en fuite par la préfecture au cours de la procédure Dublin, n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 20 octobre 2017. Cette décision indique en outre que l'examen de la situation personnelle et familiale de l'intéressé ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen de la situation particulière de M. B avant de prendre cette décision. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit, dès lors, être écarté.

8. En troisième lieu, si M. B fait valoir qu'il n'aurait pas été mis en mesure d'apporter des éléments relatifs à sa situation personnelle et médicale permettant à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de se prononcer notamment sur sa vulnérabilité, il lui était loisible de joindre tous les éléments qu'il estimait utiles à sa demande de rétablissement de ses droits aux conditions matérielles d'accueil ou de compléter sa demande au cours de l'instruction de sa demande. L'obligation de mise en mesure de présenter des observations écrites prévue par l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant toute décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ne s'applique pas aux décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Les dispositions précitées de l'article L. 744-6 du même code n'imposent pas davantage de réaliser un nouvel entretien de vulnérabilité à l'occasion de l'examen d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré de ce que M. B n'aurait pas été en mesure de présenter des éléments relatifs à sa situation personnelle et médicale doit, par suite, être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précédemment citées des articles L. 744-6 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

10. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la circonstance que la France est devenue responsable de l'examen de la demande d'asile de M. B n'emporte pas en elle-même l'obligation pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil. Cet office n'a ainsi pas commis d'erreur de droit au regard de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de les rétablir au motif que le requérant avait été déclaré en fuite, qu'il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti et qu'il ne présentait pas une vulnérabilité particulière ni de besoins particuliers en matière d'accueil.

11. D'autre part, M. B ne conteste pas ne pas s'être présenté aux autorités françaises pour l'exécution de son transfert vers l'Italie en 2018 et n'explique pas ce défaut de présentation. Par ailleurs, ni son orientation sexuelle, ni le seul certificat médical qu'il produit, datant du 31 janvier 2018, selon lequel il devait alors " rester à proximité du CHU de Rennes pour raisons de santé " ne sont de nature à établir la situation de vulnérabilité dont il se prévaut. Par suite, en refusant de rétablir les droits de M. B au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 novembre 2019.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. A

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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