jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | KERMARREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 avril 2020, 24 mai 2021 et
9 février 2023, la société SRB Construction, mandataire solidaire du groupement formé avec la société SOMAK, représentée par Me Kermarrec, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 128 333,47 euros hors taxes au titre de travaux supplémentaires et de préjudices nés de fautes du maître d'ouvrage dans l'exercice de ses missions, dans le cadre du marché de restructuration du cercle mixte de l'Ecole de gendarmerie de Châteaulin ;
2°) de la décharger des pénalités, d'un montant de 18 716,79 euros, qui lui ont été infligées dans le cadre de ce marché ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 36 531,27 euros hors taxes au titre de la perte d'industrie et de 41 700 euros hors taxes au titre du préjudice lié aux immobilisations de personnels et de matériels pendant 7 mois et 7 jours ;
4°) d'assortir l'indemnité versée par l'Etat des intérêts au taux légal majoré de 7 points à compter du 15 novembre 2018, avec capitalisation des intérêts ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le décompte général n'est pas devenu définitif, dès lors qu'un mémoire en réclamation a été transmis au représentant du pouvoir adjudicateur avant le terme d'un délai de trente jours courant à compter de la notification de ce décompte au titulaire ;
- elle est fondée à demander réparation de ses préjudices dès lors qu'ils résultent de travaux supplémentaires réalisés sur ordre de service ou indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ou encore de fautes du maître d'ouvrage dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre ;
- ses préjudices à ce titre s'élèvent à des montants de 6 144,63 euros hors taxes s'agissant des fondations de la cuisine provisoire, de 47 385,50 euros hors taxes s'agissant des renforts métalliques, étaiements et sciages des murs en béton armé, de 6 105,66 euros hors taxes au titre des travaux de percement, de 1 359 euros hors taxes au titre des calfeutrements, de
5 438 euros hors taxe au titre des agrandissements de porte, de 37 525 euros hors taxes au titre des travaux pendant le mois d'août 2017 et de 24 375 euros hors taxes au titre des travaux de reprise des édicules en toiture terrasse ;
- aucune pénalité de retard ne saurait lui être infligée dès lors que l'allongement de la durée d'exécution du chantier ne lui est pas imputable ;
- l'allongement de la durée d'exécution du chantier, imputable à des fautes du maître d'ouvrage et aux travaux supplémentaires demandés en cours de chantier, lui a causé un préjudice s'élevant à 36 531,27 euros hors taxes s'agissant de la perte d'industrie et à
41 700 euros hors taxes s'agissant des immobilisations de personnel et de matériels.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 février 2021, 10 mars 2022 et
1er mars 2023, ce dernier n'ayant pas donné lieu à communication, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le décompte général est devenu définitif, dès lors qu'aucun mémoire en réclamation n'a été présenté dans le délai de trente jours prévu aux articles 13.4.3 et 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- pour le surplus, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;
- et les observations de Me Kermarrec, représentant la société SRB Construction, et de Mme A, représentant le ministre de l'intérieur.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 15 janvier 2016, le ministère de l'intérieur a confié le lot " gros-œuvre, démolitions, désamiantage " du marché de travaux de rénovation et de remise aux normes du cercle mixte de l'Ecole de gendarmerie de Châteaulin au groupement composé des sociétés SOMAK et SRB Construction, dont cette dernière est mandataire solidaire. Le maître d'ouvrage a notifié, le 16 octobre 2018, le décompte général du lot à la société
SRB Construction. Par un mémoire en réclamation reçu le 19 novembre 2018 par l'Etat, cette société a contesté ce décompte et a réclamé une somme de 225 282,82 euros hors taxes correspondant à l'indemnisation de travaux supplémentaires et de préjudices qu'elle estime avoir supportés du fait de fautes du maître d'ouvrage. Par courrier notifié le 14 décembre 2018, l'Etat a rejeté cette demande. Le comité consultatif de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics de Nantes, saisi par la société SRB Construction, a rendu un avis le
3 mars 2020, tendant à l'abandon par l'Etat des pénalités de retard et au versement au groupement composé des sociétés SRB Construction et SOMAK d'une somme de
68 230,58 euros hors taxes. Cet avis a été notifié à la société SRB Construction le 30 mars 2020.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article 2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, approuvé par arrêté du 8 septembre 2009 modifié, applicable au marché litigieux : " Définitions. () La notification est l'action consistant à porter une information ou une décision à la connaissance de la ou des parties contractantes par tout moyen matériel ou dématérialisé permettant de déterminer de façon certaine la date et l'heure de sa réception. La date et l'heure de réception qui peuvent être mentionnées sur un récépissé sont considérées comme celles de la notification. () ".
3. L'article 13.4.3 du même cahier prévoit que " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. () ". Aux termes de l'article 50.1.1 : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. () ". Il résulte de ces stipulations que l'entrepreneur dispose d'un délai de trente jours à compter de la date à laquelle il a reçu notification du décompte général pour faire parvenir au représentant du pouvoir adjudicateur un mémoire en réclamation. Si, avant l'expiration de ce délai, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas reçu le mémoire contestant le décompte général, celui-ci devient définitif et ne peut plus être contesté. Il en irait autrement dans l'hypothèse où l'entrepreneur établit qu'il a remis son mémoire en réclamation aux services postaux en temps utile afin qu'il parvienne avant l'expiration du délai applicable compte tenu du délai d'acheminement normal du courrier.
4. Il résulte de l'instruction que le décompte général a été notifié par l'Etat à la société SRB Construction le 16 octobre 2018. En application des stipulations précitées des articles 13.4.3 et 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales, il appartenait le cas échéant au titulaire de faire parvenir un mémoire en réclamation au représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai de trente jours à compter de cette date, soit au plus tard le 15 novembre 2018 à minuit.
5. D'une part, il est constant que l'Etat a reçu le 19 novembre 2018 le courrier recommandé avec avis de réception contenant le mémoire par lequel la société SRB Construction contestait le décompte général. Il résulte en outre de l'instruction que la remise par la société aux services postaux du pli contenant le mémoire en réclamation a eu lieu le 15 novembre 2018. Dès lors que ce jour était le dernier du délai imparti au titulaire pour présenter une réclamation, la société ne saurait soutenir que la remise du courrier à La Poste a été faite en temps utile pour que ce courrier parvienne au maître d'ouvrage avant l'expiration du délai applicable.
6. D'autre part, la société SRB Construction fait valoir qu'un courriel a été adressé le
15 novembre 2018 aux services de l'Etat, dans lequel le destinataire était invité à prendre connaissance du mémoire en réclamation en cliquant sur un lien de téléchargement contenu dans le corps du courriel. Toutefois, la société requérante ne produit aucune pièce attestant de la date et de l'heure de réception de ce courriel par son destinataire. Si la société SRB Construction invoque le fait que la plateforme de téléchargement vers laquelle renvoyait le lien mentionné dans le courriel permet, lors du téléchargement des documents par leur destinataire, d'indiquer la date et l'heure de cette opération, elle ne produit aucune pièce établissant le moment auquel il a été procédé à leur téléchargement. Dès lors que la société n'a pas recouru à un mode de transmission présentant des garanties supérieures et permettant d'authentifier sans conteste le bon acheminement auprès du destinataire de son mémoire, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en l'absence de téléchargement du mémoire par l'Etat, celui-ci devrait être réputé en avoir eu connaissance le jour de réception de son courriel. Le principe de loyauté contractuelle invoqué par la requérante est à cet égard sans incidence.
7. Par ailleurs, la société requérante fait valoir que, au cours de l'exécution du marché, des échanges avaient eu lieu avec les services de l'Etat en ayant recours à la même plate-forme de téléchargement, de sorte que serait intervenue une modification tacite des clauses du marché autorisant le titulaire à envoyer par voie dématérialisée un mémoire en réclamation. Toutefois, la requérante n'établit pas la commune intention des parties de modifier les clauses contractuelles en se bornant à produire les courriels adressés par elle à l'Etat et renvoyant à cette plate-forme, à l'exclusion de toute pièce révélant que l'Etat a, pour sa part, recouru à la même plate-forme pour transmettre des documents à la société ou que le maître d'ouvrage a accepté de recevoir par cette voie des échanges de nature à faire courir un délai.
8. Enfin, si la société se prévaut de courriers dans lesquels l'Etat ne conteste pas avoir reçu le courriel du 15 novembre 2018, le seul silence de l'Etat sur ce point ne peut suffire à établir de manière certaine que le mémoire en réclamation a été transmis avant le terme du délai applicable. Par ailleurs, les stipulations de l'article 3.1 du cahier des clauses administratives générales, invoquées par la société requérante, qui prévoient la possibilité d'échanges dématérialisés ou sur supports électroniques, ne sont en tout état de cause applicables qu'aux seules notifications au titulaire de décisions ou informations du pouvoir adjudicateur. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tiré de ce que le décompte général est devenu définitif, dès lors qu'aucun mémoire en réclamation n'a été présenté dans le délai de trente jours prévu aux articles 13.4.3 et 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales doit être accueillie.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société
SRB Construction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société SRB Construction la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société SRB Construction est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SRB Construction et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
A. B
Le président,
signé
G-V. Vergne
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026