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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001676

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001676

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2020, M. C B, Mme F D et M. H G, représentés par Me Bourges-Bonnat (cabinet Arciane), demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Cintré ne s'est pas opposé à la déclaration d'élevage déposée le 24 août 2019 en application du règlement sanitaire départemental par Mme E ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- le dossier de déclaration était incomplet ;

- dès lors que la pose d'une dalle de béton, destinée à accueillir les installations du chenil, nécessitait un permis de construire, le dossier de demande de permis de construire devait être joint au dossier de déclaration d'élevage soumis au maire ;

- la décision est entachée d'incompétence négative dès lors que le maire s'est cru lié par l'avis défavorable de l'agence régionale de santé ;

- elle méconnaît l'article 153-3 du règlement sanitaire départemental dès lors que le chenil objet de la déclaration constitue une nuisance excessive présentant un caractère permanent pour le voisinage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2021, la commune de Cintré, représentée par Me Lahalle (SELARL Lexcap), conclut au rejet de la requête et à la mise à charge des requérants de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le silence du maire consécutif à la déclaration d'élevage déposée par Mme E n'est pas une décision administrative ;

- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par les requérants sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2021, Mme A E, représentée par la SCP Depasse-Daugan-Quesnel-Demay, conclut au rejet de la requête et à la mise à charge des requérants de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le silence du maire consécutif à la déclaration d'élevage déposée par Mme E n'est pas une décision administrative ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par les requérants sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. I ;

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bourges-Bonnat, représentant les requérants, de

Me Lévêque, représentant la commune de Cintré, et de Me Depasse, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

Sur les fins de non-recevoir :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1311-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice de l'application de législations spéciales et des pouvoirs reconnus aux autorités locales, des décrets en Conseil d'Etat, pris après consultation du Haut Conseil de la santé publique et, le cas échéant, du Conseil supérieur de la prévention des risques professionnels, fixent les règles générales d'hygiène et toutes autres mesures propres à préserver la santé de l'homme. () ". L'article L. 1311-2 de ce code prévoit que " Les décrets mentionnés à l'article

L. 1311-1 peuvent être complétés par des arrêtés du représentant de l'Etat dans le département ou par des arrêtés du maire ayant pour objet d'édicter des dispositions particulières en vue d'assurer la protection de la santé publique dans le département ou la commune. ". L'article 153 du règlement sanitaire départemental d'Ille-et-Vilaine, approuvé par arrêté préfectoral du

8 octobre 1979, dispose que " Toute création, extension ou réaffectation d'un bâtiment d'élevage ou d'engraissement à l'exception des bâtiments d'élevage de lapins et volailles comprenant moins de 50 animaux de plus de 30 jours et des bâtiments consacrés à un élevage de type familial doit faire l'objet, de la part du maître d'ouvrage de l'établissement, d'un dossier de déclaration préalable. () Ce dossier de déclaration est adressé au maire de la commune en quatre exemplaires, en même temps que le dossier de demande de permis de construire. Dans la semaine qui suit le dépôt du dossier de déclaration, le maire en transmet : - un exemplaire au directeur départemental des affaires sanitaires et sociales (). Dans le cas où la création d'un élevage soumis au règlement sanitaire départemental n'a pas à justifier d'un permis de construire, le dossier est constitué et transmis dans les conditions prévues aux précédents alinéas, à l'exception du dossier de permis de construire. Le directeur départemental des affaires sanitaires et sociales dispose d'un délai d'un mois à dater de la réception du dossier de déclaration pour faire connaître son avis motivé au maire de la commune, qui statue, en cas d'avis défavorable, au nom de l'Etat et notifie sans délai sa décision au déclarant. Si le dossier nécessite l'obtention d'une dérogation après avis du conseil départemental d'hygiène, le délai d'instruction est prolongé d'un mois. ".

2. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. ".

3. Il résulte de l'article 153 du règlement sanitaire départemental d'Ille-et-Vilaine que le dossier de déclaration préalable d'un élevage entrant dans le champ d'application de cet article est transmis au maire de la commune intéressée, qui communique ce dossier au directeur départemental des affaires sanitaires et sociales, auquel s'est substitué le directeur de l'agence régionale de santé. Après que ce dernier a rendu son avis et quel que soit le sens de cet avis, le maire rend une décision qu'il notifie sans délai au déclarant. Il ressort des pièces du dossier que Mme A E a déposé le 24 août 2019 un dossier de déclaration préalable d'un élevage auprès du maire de Cintré, sur le fondement de l'article 153 précité. Le silence conservé par le maire pendant deux mois a fait naître, en application de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite de non-opposition à cette déclaration. Par suite et alors que, au demeurant, la dernière phrase de l'article 153 précise que le dossier de déclaration fait l'objet d'une instruction, la fin de non-recevoir tirée de ce que le silence conservé par le maire postérieurement au dépôt du dossier de déclaration de Mme E n'a pas un caractère décisoire doit être écartée.

4. En second lieu, pour établir que la décision attaquée leur fait grief, M. C B, Mme F D et M. H G indiquent qu'ils résident à proximité du lieu des boxes pour chiens objet de la déclaration. S'ils indiquent que leurs habitations se trouvent à

50 mètres du terrain d'assiette du projet, ils n'apportent aucune pièce à l'appui de cette allégation, notamment aucun document cartographique permettant de localiser leurs maisons et d'apprécier la distance entre celles-ci et le chenil de Mme E. Il résulte par ailleurs du plan de masse joint au dossier de déclaration qu'aucune habitation ne se trouve à moins de 50 mètres du chenil. La commune de Cintré indique, pour sa part, que les habitations de MM. B et G et de Mme D se trouvent à 150 mètres du chenil, sans être ultérieurement contredite par les requérants, qui n'ont pas répliqué à son mémoire en défense. Dans ces conditions, alors que les boxes ne sont destinés à accueillir que neuf chiens et faute pour les requérants de mettre le tribunal en mesure d'apprécier la réalité du risque de nuisances sonores allégué, la fin de non-recevoir tiré du défaut d'intérêt à agir doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Cintré ne s'est pas opposé à la déclaration d'élevage déposée le 24 août 2019 en application du règlement sanitaire départemental par Mme E doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de MM. B et G et de Mme D la somme que la commune de Cintré et

Mme E demandent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D'autre part, les dispositions de cet article font obstacle à ce que la commune de Cintré, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse la somme demandée à ce titre par les requérants.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de MM. B et G et de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Mme E et de la commune de Cintré présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme F D,

à M. H G, à la commune de Cintré et à Mme A E.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

A. I

Le président,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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