jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001691 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LEXCAP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 avril 2020, 24 novembre 2021 et
2 juin 2022, la commune de Quessoy, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement, ou à défaut chacun pour son fait, la société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société Bretagne Travaux publics étanchéité à lui verser la somme de 76 000,00 euros toutes taxes comprises au titre des travaux de réparation du dallage du parvis de la mairie de Quessoy, avec intérêt au taux légal et capitalisation des intérêts ;
2°) de condamner solidairement, ou à défaut chacun pour son fait, la société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société Bretagne Travaux publics étanchéité à lui verser la somme de 8 180,13 euros au titre des frais exposés dans le cadre des opérations de constat et d'expertise, avec intérêt au taux légal et capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge solidaire, ou à défaut chacun pour son fait, de la société Archipole Urbanisme et Architecture, de Mme B A et de la société Bretagne Travaux publics étanchéité la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les désordres affectant les aménagements extérieurs de la mairie de Quessoy mettent en cause la solidité de l'ouvrage et le rendent impropre à sa destination, de sorte qu'ils sont de nature à engager la responsabilité décennale des constructeurs ;
- ces désordres sont dus à un défaut d'exécution du titulaire du lot " aménagements extérieurs " et à un manquement de la maîtrise d'œuvre à sa mission de direction de l'exécution du contrat de travaux ;
- les désordres sont dès lors imputables à la société Bretagne Travaux publics étanchéité et au groupement de maîtrise d'œuvre ;
- la responsabilité solidaire des membres du groupement de maîtrise d'œuvre est engagée dès lors qu'aucune convention à laquelle le maître d'ouvrage est partie ne précise la répartition des missions au sein du groupement et que, au surplus, le tableau de répartition des honoraires annexé à l'acte d'engagement indique que l'ensemble des membres du groupement concourent à la mission de direction de l'exécution du contrat de travaux ;
- elle est fondée à engager la responsabilité solidaire de la société Bretagne Travaux publics étanchéité et du groupement de maîtrise d'œuvre, dont les manquements ont concouru à la réalisation des désordres litigieux ;
- le coût des travaux de reprise s'élève à 75 000 euros et celui de la pose de bornes destinées à éviter la circulation automobile sur le parvis piéton à 1 000 euros ;
- ces sommes doivent être assorties du montant de la taxe sur la valeur ajoutée, dès lors qu'elle bénéficie d'une présomption de non-assujettissement à cette taxe ;
- elle est fondée à demander le paiement des frais exposés dans le cadre du référé constat, qui présentait un caractère utile, ainsi que des frais d'expertise.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2021 et 5 avril 2022, la société Archipole Urbanisme et Architecture, représentée par Me Groleau, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions de la commune de Quessoy dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner Mme B A et la société Bretagne Travaux publics étanchéité à la garantir de toute condamnation prononcée contre elle.
Elle soutient que :
- les désordres litigieux ne lui sont pas imputables, dès lors qu'ils sont dus à un défaut d'exécution par le titulaire du lot " aménagements extérieurs ", qu'aucune faute du maître d'œuvre dans le suivi des travaux ne peut être mise en évidence en présence de défauts d'exécution ne pouvant être décelés qu'après des investigations approfondies et, enfin, qu'aucune faute de conception ne lui est imputable ;
- la société Bretagne Travaux publics étanchéité doit la garantir de toute condamnation contre elle dès lors que les désordres sont imputables à des défauts d'exécution et que cette société aurait dû appeler l'attention du maître d'œuvre sur les difficultés liées au changement de procédé constructif ;
- Mme B A, architecte paysagiste, doit également la garantir de toute condamnation prononcée contre elle dès lors que le suivi des travaux des aménagements extérieurs relevait de son domaine de compétence.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2021 et 22 avril 2022,
Mme B A, représentée par Me Lahalle (SELARL Lexcap), demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions des autres parties dirigées contre elle ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la société Archipole Urbanisme et Architecture, la société Bretagne Travaux publics étanchéité et la société TCA, liquidatrice judiciaire de la société Bretagne Travaux publics étanchéité, à la garantir de toute condamnation prononcée contre elle ;
3°) en tout état de cause, de mettre à la charge solidaire, ou à défaut chacun pour son fait, la commune de Quessoy, la société Archipole Urbanisme et Architecture, la société Bretagne Travaux publics étanchéité et la société TCA, liquidatrice judiciaire de la société Bretagne Travaux publics étanchéité, à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les désordres litigieux ne lui sont pas imputables, dès lors que le groupement de maîtrise d'œuvre était conjoint mais non solidaire et que les manquements relevés par l'expert concernent des missions de maîtrise d'œuvre qui ne lui étaient pas dévolues ;
- ils ne lui sont pas imputables dès lors, d'une part, qu'aucune faute de conception n'a été commise et, d'autre part, qu'aucune faute du maître d'œuvre dans le suivi des travaux ne peut être mise en évidence en présence de défauts d'exécution ne pouvant être décelés qu'après des investigations approfondies ;
- la société Bretagne Travaux publics étanchéité doit la garantir de toute condamnation contre elle dès lors que les désordres sont imputables à des défauts d'exécution et que cette société aurait dû appeler l'attention du maître d'œuvre sur les difficultés liées au changement de procédé constructif ;
- la société Archipole Urbanisme et Architecture doit également la garantir de toute condamnation prononcée contre elle dès lors qu'elle était chargée du suivi du chantier et qu'elle s'est par ailleurs abstenue de conseiller au maître d'ouvrage de recourir à un bureau de contrôle pour les travaux des aménagements extérieurs ;
- la condamnation ne saurait être assortie du montant de la taxe sur la valeur ajoutée, dès lors que la commune de Quessoy peut récupérer le montant de cette taxe dans le cadre du fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée ;
- les frais de la procédure de référé constat ne sauraient être mis à sa charge dès lors que ce référé ne présentait pas d'utilité.
La requête a été communiquée à la société Bretagne Travaux publics étanchéité et à la société Groupama Loire Bretagne, qui n'ont pas produit d'observations.
Par ordonnance du 4 septembre 2018, M. D a été désigné comme expert sur le fondement de l'article R. 531-1 du code de justice administrative.
M. D a déposé son rapport d'expertise le 30 novembre 2018.
Par ordonnance du 5 février 2019, M. D a été désigné comme expert sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
M. D a déposé son rapport d'expertise le 26 février 2020.
Par ordonnance du 28 mai 2020, les frais et honoraires de l'expert ont été taxés et liquidés à la somme de 9 270,73 euros.
Par lettre du 13 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les actions en garantie entre des constructeurs liés dans le cadre d'un groupement.
Les observations de la SARL Archipole Urbanisme et Architecture, présentées en réponse à ce courrier le 17 janvier 2023, ont été communiquées aux parties.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- le décret n°93-1268 du 29 novembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public ;
- et les observations de Me Geffroy, représentant la commune de Quessoy, de Me Cazo, représentant Mme A et Groupama Loire Bretagne et de Me Fontan, représentant la société Archipole Urbanisme et Architecture.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 15 décembre 2006, la commune de Quessoy a confié à un groupement, composé de la société Archipole Urbanisme et Architecture, mandataire, de
Mme B A et de la société AUA Structures, un marché de maîtrise d'œuvre de la construction d'une mairie et d'un espace public. Par acte d'engagement du 25 janvier 2008, le lot " aménagements extérieurs : travaux préparatoires et démolitions, terrassements, voirie, revêtements de sols " a été confié à la société Bretagne Travaux publics étanchéité (BTPE). La réception de ce lot a été prononcée le 7 octobre 2009, avec des réserves levées le 12 mars 2010.
2. Par requête du 3 septembre 2018, la commune de Quessoy a saisi le tribunal administratif de Rennes en vue de faire constater par un expert, sur le fondement de l'article
R. 531-1 du code de justice administrative, les désordres affectant l'espace public attenant à la mairie. L'expert, désigné par ordonnance du 4 septembre 2018, a rendu son rapport le
30 novembre 2018. Par requête du 17 décembre 2018, la commune de Quessoy a saisi le tribunal administratif de Rennes sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative aux fins de désignation d'un expert chargé d'examiner les désordres, de se prononcer sur leurs causes et de déterminer les travaux propres à y remédier. L'expert, désigné par ordonnance du
5 février 2019, a rendu son rapport le 26 février 2020. Par ailleurs, par une ordonnance du
23 décembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Rennes a condamné in solidum la société BTPE, la société Archipole Urbanisme et Architecture et Mme A à verser à la commune de Quessoy une provision de 75 000 euros au titre des travaux de réparation, ainsi qu'une provision de 8 180,13 euros au titre des frais de constat et d'expertise.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le pavage de l'espace public jouxtant la mairie de Quessoy est en état de ruine généralisée sur la chaussée et de ruine partielle sur le parvis piéton et le caniveau entre la voie et le stationnement. Les désordres affectant le caniveau entre la voie et le stationnement conduisent à des battements de dalles et à une absence de stabilité de celles-ci. Les dalles de la chaussée connaissent des basculements et des décalages. Celles du parvis piétonnier sont affectées d'un glissement de plusieurs centimètres. Ces désordres, qui génèrent un risque de chute pour les piétons et les deux-roues, rendent l'ouvrage impropre à sa destination. Ils sont ainsi de nature à engager la responsabilité décennale des constructeurs.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
5. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur le fondement de la garantie décennale ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Par ailleurs, en l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent conjointement et solidairement envers le maître de l'ouvrage à réaliser une opération de construction, s'engagent conjointement et solidairement non seulement à exécuter les travaux, mais encore à réparer le préjudice subi par le maître de l'ouvrage du fait de manquements dans l'exécution de leurs obligations contractuelles. Un constructeur ne peut échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire avec les autres entreprises co-contractantes, au motif qu'il n'a pas réellement participé aux travaux révélant un tel manquement, que si une convention, à laquelle le maître de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux.
6. Par ailleurs, aux termes du décret du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé, alors en vigueur : " La direction de l'exécution du ou des contrats de travaux a pour objet : a) De s'assurer que les documents d'exécution ainsi que les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions des études effectuées ; b) De s'assurer que les documents qui doivent être produits par l'entrepreneur, en application du contrat de travaux ainsi que l'exécution des travaux sont conformes audit contrat ; (). ". L'article 15 de ce décret prévoit que la direction de l'exécution du ou des contrats de travaux relève de la mission de base de la maîtrise d'œuvre pour les ouvrages de bâtiment.
7. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise s'appuyant sur des essais en laboratoire, que les problèmes de pavage de l'espace public trouvent leur cause dans le défaut d'adhérence des dalles et la rigidité insuffisante du support s'agissant du caniveau entre voie et stationnement, dans l'épaisseur trop forte et variable du lit de pose s'agissant de la chaussée en dalles et, enfin, s'agissant du parvis piéton, dans l'absence de blocage périphérique, dans la mauvaise qualité ou l'inexistence du support en graviers non traités et l'épaisseur variable ou excessive du lit de pose. Ces défauts d'exécution sont dès lors imputables à la société BTPE, chargée des travaux des revêtements de sols des aménagements extérieurs de la mairie.
8. D'autre part, l'article 3 de l'acte d'engagement du groupement de maîtrise d'œuvre prévoit que le marché inclut la mission de base prévue par le décret du 29 novembre 1993, laquelle recouvre donc la direction de l'exécution du ou des contrats de travaux, dite DET. Le contrat de maîtrise d'œuvre ne comportait par ailleurs pas de limitations à la mission DET. Si l'expert a relevé que la détection des défauts d'exécution de la société BTPE n'était possible que par des contrôles poussés, consistant en des sondages, des vérifications du dosage en ciment et des vérifications du nivellement et qu'ils pouvaient échapper aux maîtres d'œuvre en l'absence de présence permanente sur le chantier, de tels éléments ne suffisent pas à établir que les désordres sont dépourvus de lien avec les obligations contractuelles des maîtres d'œuvre, portant notamment sur le contrôle des ouvrages en cours de réalisation et sur la conformité des travaux. En outre, il résulte du compte rendu de chantier n°37, cité par l'expert, qu'une modification du mode de pose par rapport aux stipulations du cahier des clauses a été décidée en cours d'exécution du marché et que cette modification, non conforme aux normes professionnelles, a été en partie la cause des désordres du parvis piéton. En conséquence, les désordres litigieux doivent également être regardées comme imputables à la maîtrise d'œuvre.
9. Dès lors que ni le contrat de maîtrise d'œuvre, ni aucune autre convention à laquelle le maître d'ouvrage est partie, ne précise la part qui revient à chaque co-traitant du groupement dans l'exécution des travaux, la responsabilité solidaire des membres du groupement est engagée à cet égard, contrairement à ce que soutient Mme A. Au surplus, le tableau de répartition des honoraires annexé à l'acte d'engagement indique que tous les membres du groupement concourent à la mission DET.
En ce qui concerne les préjudices :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les parties ont produit, lors de l'expertise, quatre devis relatifs aux travaux de reprise du dallage du caniveau entre voie et stationnement, de la chaussée en dalles et du parvis piéton. L'expert, ayant relevé que le jointoiement en mortier n'est pas conforme aux normes professionnelles et ayant exclu les variantes non conformes au marché initial, a tenu compte de ces corrections pour évaluer, sur le fondement du devis le plus bas, le coût des travaux de reprise à un montant de 75 000 euros toutes taxes comprises. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que ces travaux de reprise ne sont de nature à prévenir tout risque futur d'apparition des désordres qu'à la condition que la circulation automobile y soit empêchée par la pose de bornes. Ces bornes, dont l'expert évalue le coût de pose à 1 000 euros toutes taxes comprises sont ainsi nécessaires à la réparation intégrale du dommage et exclusives de toute plus-value.
11. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 256 B du code général des impôts : " Les personnes morales de droit public ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs, sociaux, éducatifs, culturels et sportifs lorsque leur non assujettissement n'entraîne pas de distorsions dans les conditions de la concurrence. ". D'autre part, aux termes du I de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales : " Les attributions ouvertes chaque année par la loi à partir des ressources du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée des collectivités territoriales visent à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales et leurs groupements sur leurs dépenses d'investissement ainsi que sur leurs dépenses pour : / 1° L'entretien des bâtiments publics et de la voirie ; / (). ".
12. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations.
13. Il résulte des dispositions de l'article 256 B du code général des impôts que les collectivités territoriales ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs. Si, en vertu des dispositions de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée vise à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la taxe sur la valeur ajoutée grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.
14. Ainsi, contrairement à ce que soutient Mme A, la commune de Quessoy est fondée à demander à ce que la somme due au titre des travaux de réfection soit assortie du montant de la taxe sur la valeur ajoutée, alors même que la commune serait susceptible de bénéficier du fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée.
15. Il résulte de ce qui précède que la somme de la réparation des préjudices subis par la commune de Quessoy s'élève à 76 000 euros. Dès lors, la société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société Bretagne Travaux publics étanchéité doivent être condamnés in solidum à verser cette somme à la commune de Quessoy.
En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :
16. La commune de Quessoy a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 76 000 euros à compter du 10 avril 2020, date d'introduction de sa requête.
17. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 10 avril 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 avril 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
En ce qui concerne les frais d'expertise :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société BTPE les frais d'expertise, taxés et liquidés au montant de 9 270,73 euros toutes taxes comprises.
En ce qui concerne les appels en garantie :
19. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les désordres sont imputables à des fautes d'exécution de la société BTPE lors de la pose du dallage de l'espace public et du choix des matériaux des lits de pose. Cette faute de la société BTPE, chargée des travaux des revêtements de sols des aménagements extérieurs de la mairie, a eu une part prépondérante dans la survenance des désordres, qui doit être fixée à 80 %.
20. En second lieu, il résulte de l'instruction que la répartition des tâches entre les membres du groupement de maîtrise d'œuvre n'a pas été fixée par voie contractuelle et que la société Archipole Urbanisme et Architecture et Mme A étaient tous deux chargés d'une mission DET. Par ailleurs, si Mme A soutient que la détection des défauts d'exécution de la société BTPE ne pouvait relever que d'un bureau de contrôle chargé des aménagements extérieurs et qu'il appartenait à la société Archipole Urbanisme et Architecture de conseiller à la commune de recourir à un tel bureau, elle n'apporte pas d'élément de nature à démontrer la particulière complexité du chantier des aménagements extérieurs. Mme A n'établit donc pas l'existence d'une faute de la société Archipole Urbanisme et Architecture à n'avoir pas conseillé le recours à un bureau de contrôle pour les espaces extérieurs. Par ailleurs, la circonstance que Mme A n'ait pas commis de faute de conception et qu'elle n'était pas responsable de l'établissement des spécifications techniques et des plans d'exécution est sans incidence sur l'appréciation de ses responsabilités au titre de la surveillance des travaux exécutés par la société BTPE. Dans ses conditions, la part de responsabilité de Mme A dans le manquement imputable à la maîtrise d'œuvre doit être fixée à la moitié de la condamnation mise à la charge définitive du groupement de maîtrise d'œuvre, soit 10 % du montant total de la condamnation solidaire prononcée à l'encontre de la société BTPE et du groupement de maîtrise d'œuvre.
21. En troisième lieu, la seule qualité d'architecte paysagiste de Mme A ne suffisait à lui conférer la responsabilité exclusive du suivi des travaux des aménagements extérieurs, faute de stipulations contractuelles le prévoyant expressément. Dès lors, la part de responsabilité de la société Archipole Urbanisme et Architecture, doit être fixée à la moitié de la condamnation mise à la charge définitive du groupement de maîtrise d'œuvre, soit 10 % du montant total de la condamnation solidaire prononcée à l'encontre de la société BTPE et du groupement de maîtrise d'œuvre.
22. Il résulte de ce qui précède que la société BTPE doit être condamnée à garantir à hauteur de 80 % la société Archipole Urbanisme et Architecture et Mme A de la condamnation prononcée contre eux. Mme A doit être condamnée à garantir la société Archipole Urbanisme et Architecture à hauteur de 10 % du montant total de la condamnation solidaire prononcée à l'encontre de la société BTPE et du groupement de maîtrise d'œuvre, tandis que cette société doit être condamnée à garantir Mme A à hauteur de 10 % de ce même montant.
Sur les frais liés au litige :
23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de la société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société BTPE la somme de 2 000 euros à verser à la commune de Quessoy, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de rejeter les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société Bretagne Travaux publics étanchéité sont condamnées in solidum à verser à la commune de Quessoy la somme de 76 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 10 avril 2020. Les intérêts échus à la date du 10 avril 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 9 270,73 euros sont mis à la charge définitive et solidaire de la société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société Bretagne Travaux publics étanchéité.
Article 3 : La société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A et la société Bretagne Travaux publics étanchéité verseront solidairement à la commune de Quessoy une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La société Bretagne Travaux publics étanchéité est condamnée à garantir la société Archipole Urbanisme et Architecture et Mme B A à hauteur de 80 % des sommes mises à leur charge.
Article 5 : Mme B A est condamnée à garantir la société Archipole Urbanisme et Architecture à hauteur de 10 % des sommes mises à sa charge.
Article 6 : La société Archipole Urbanisme et Architecture est condamnée à garantir
Mme B A à hauteur de 10 % des sommes mises à sa charge.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête et des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Quessoy, la société Archipole Urbanisme et Architecture, Mme B A, la société TCA, liquidatrice judiciaire de la société Bretagne Travaux publics étanchéité, et Groupama Loire Bretagne.
Copie en sera transmise à M. D, expert.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. C
Le président,
Signé
O. GosselinLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026