vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001810 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | VALLANTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2020 et 28 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Desroches, représentée par Me Vallantin, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la délibération du 30 janvier 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes du Pays des Abers a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté de communes ;
2°) d'enjoindre à la communauté de communes du Pays des Abers de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, à la suppression de la zone N et de la zone humide sur la parcelle cadastrée section YE n° 303 à Plabennec et à son reclassement en zone UE ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays des Abers le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles L. 103-2 et suivants du code de l'urbanisme relatifs à la concertation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 153-18 du code de l'urbanisme ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article R. 123-18 du code de l'environnement ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme en l'absence de tenue d'une conférence intercommunale et en ce qu'une nouvelle enquête publique était nécessaire en raison des modifications importantes apportées au projet arrêté de plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 414-23 du code de l'environnement ; le rapport de présentation est insuffisant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme en raison des incohérences existantes entre le projet d'aménagement et de développement durables et le règlement littéral du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat s'agissant du classement en zone N de la parcelle cadastrée section YE n° 303 à Plabennec ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle classe la parcelle cadastrée section YE n° 303 à Plabennec en zone naturelle N ;
- elle est entachée d'une rupture du principe d'égalité injustifiée.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre et 16 novembre 2022, la communauté de communes du Pays des Abers, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société requérante le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Vallantin, représentant la SI Desroches, et de Me Voisin, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la communauté de communes du Pays des Abers.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 17 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes du Pays des Abers a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté de communes. Il a été décidé, par une délibération du 14 avril 2016, d'appliquer les articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l'urbanisme. Par une délibération du 18 avril 2019, le bilan de la concertation a été tiré et le projet de plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat a été arrêté. L'enquête publique s'est déroulée entre les 16 septembre et 25 octobre 2019. Le conseil communautaire de la communauté de communes du Pays des Abers a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local d'urbanisme par une délibération du 30 janvier 2020 dont la société civile immobilière (SCI) Desroches demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la concertation :
2. Aux termes de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme dans sa version applicable à la date de la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes du Pays des Abers du 17 décembre 2015 prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat, dont la teneur a été reprise aux articles L. 103-2 et suivants du même code : " I. Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme ; () II. Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont fixés par : / 1° Le préfet lorsque la révision du document d'urbanisme ou l'opération sont à l'initiative de l'Etat ; / 2° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. / () IV. Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux I et II ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies par la décision ou la délibération prévue au II ont été respectées. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Le conseil communautaire doit, avant que ne soit engagée la concertation, délibérer, d'une part, et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme, et, d'autre part, sur les modalités de la concertation. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir, ni son illégalité, ni l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peuvent, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoqués contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Ainsi que le prévoit l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme précité, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant la révision du document d'urbanisme demeurent par ailleurs invocables à l'occasion d'un recours contre le plan local d'urbanisme approuvé.
4. La délibération du 17 décembre 2015 prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat a défini les modalités de la concertation. Elle prévoyait une " information dans la presse locale ", la diffusion d'informations sur une page spécifique du site internet de la communauté de communes, une " exposition publique (au minimum) au siège de la communauté de communes ", un " affichage dans les communes et à la communauté de communes aux principales étapes du projet (diagnostic, PADD, arrêt) ", la " mise à disposition d'un registre ouvert aux habitants pendant toute la durée de la procédure, dans chaque commune et au siège de la communauté de communes ", la " mise en place d'une adresse mail spécifique () permettant au public d'adresser ses remarques, questions ou contribution " et l'" organisation (au minimum) de 2 réunions publiques, à 2 étapes de la procédure ". La SCI Desroches soutient que l'affichage prévu par cette délibération n'a pas été mis en œuvre. Toutefois, si le rapport du commissaire enquêteur ne fait pas mention de cet affichage, il ressort tant de la délibération du 18 avril 2019 tirant le bilan de la concertation et arrêtant le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que de la note explicative de synthèse annexée à la délibération attaquée du 30 janvier 2020 que l'affichage prévu par la délibération du 15 décembre 2015 s'est couplé avec l'exposition publique également prévue par cette délibération. Elle s'est traduite, au siège de la communauté de communes et dans chacune des communes concernées, par l'affichage, en trois temps, de panneaux de format 1 mètre par 0,5 mètre portant, d'une part, sur l'explication de la procédure, ses obligations réglementaires, les modalités de la concertation mise en place et le calendrier de celle-ci, d'autre part, sur le diagnostic du territoire et les premiers enjeux et, enfin, sur le projet d'aménagement et de développement durables. La société requérante, qui se borne à se référer au rapport du commissaire enquêteur, n'apporte pas d'élément de nature à mettre en doute la réalisation de cet affichage. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas allégué que les autres modalités de la concertation n'auraient pas été respectées, le moyen tiré de l'irrégularité de la mise en œuvre de cette concertation doit être écarté.
En ce qui concerne la consultation des personnes publiques associées :
5. Aux termes de l'article L. 153-18 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet d'élaboration ou de révision d'un plan local d'urbanisme a pour objet ou pour effet de modifier les règles d'urbanisme applicables à l'intérieur d'un périmètre de zone d'aménagement concerté créée à l'initiative d'une personne publique autre que l'établissement public de coopération intercommunale ou la commune, l'avis de cette personne publique est requis préalablement à l'approbation du plan local d'urbanisme élaboré ou révisé. () ".
6. Il résulte du règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal en litige que la parcelle cadastrée section YE n° 303 à Plabennec, antérieurement classée en zone UE, est désormais classée en zone naturelle par ce plan. A supposer que la modification du classement de cette parcelle située dans la zone d'aménagement concerté de Penhoat créée par arrêté préfectoral du 22 janvier 1985 ait imposé une consultation du préfet du Finistère à ce titre, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport du commissaire enquêteur, que ce dernier a été consulté sur l'entier projet de plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat arrêté. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au regard de l'article L. 153-18 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne l'enquête publique :
7. Aux termes de l'article R. 123-18 du code de l'environnement : " () Après clôture du registre d'enquête, le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête rencontre, dans un délai de huit jours, le responsable du projet, plan ou programme et lui communique les observations écrites et orales consignées dans un procès-verbal de synthèse. Le délai de huit jours court à compter de la réception par le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête du registre d'enquête et des documents annexés. Le responsable du projet, plan ou programme dispose d'un délai de quinze jours pour produire ses observations. () ".
8. Si la société requérante soutient que les délais de huit et quinze jours prévus par les dispositions précitées de l'article R. 123-18 du code de l'environnement n'auraient pas été respectés, ces délais ne sont pas prescrits à peine de nullité, de sorte que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne les modifications apportées au projet de plan local d'urbanisme postérieurement à l'enquête publique :
9. En vertu de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli ; () ".
10. D'une part, la SCI Desroches se prévaut de l'absence de tenue de la conférence intercommunale prévue par l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme en faisant valoir qu'elle n'est pas visée dans la délibération attaquée ni mentionnée dans la note explicative de synthèse. Toutefois, contrairement à ce qu'elle soutient, la note explicative de synthèse annexée à la délibération contestée mentionne la tenue de la conférence intercommunale des maires le 9 janvier 2020. La société requérante n'apportant aucun élément de nature à contredire cette mention, ce moyen doit en tout état de cause être écarté.
11. D'autre part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
12. Pour soutenir que les modifications apportées au projet de plan local d'urbanisme intercommunal postérieurement à l'enquête publique bouleverseraient l'économie générale de ce plan, la SCI Desroches se borne à se référer à la notice explicative de synthèse qui énumère les modifications apportées après l'enquête publique, en particulier s'agissant du déclassement de certains secteurs à urbaniser, de modifications du zonage UHc pour les villages qualifiés de densifiables et du zonage UHt pour les secteurs déjà urbanisés, ainsi que de l'application d'un pourcentage de mixité sociale. En n'apportant aucun élément précis de nature à établir que ces modifications, par leur importance, remettraient en cause l'économie générale du projet ou qu'elles ne procèderaient pas de l'enquête publique, la requérante n'apporte pas au tribunal les précisions suffisantes pour lui permettre d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.
En ce qui concerne le rapport de présentation :
13. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'ils sont susceptibles d'affecter de manière significative un site Natura 2000, individuellement ou en raison de leurs effets cumulés, doivent faire l'objet d'une évaluation de leurs incidences au regard des objectifs de conservation du site, dénommée ci-après "Evaluation des incidences Natura 2000" : / 1° Les documents de planification qui, sans autoriser par eux-mêmes la réalisation d'activités, de travaux, d'aménagements, d'ouvrages ou d'installations, sont applicables à leur réalisation ; () ". Aux termes de l'article R. 414-23 du même code : " () Cette évaluation est proportionnée à l'importance du document ou de l'opération et aux enjeux de conservation des habitats et des espèces en présence. / () III. - S'il résulte de l'analyse mentionnée au II que le document de planification, ou le programme, projet, manifestation ou intervention peut avoir des effets significatifs dommageables, pendant ou après sa réalisation ou pendant la durée de la validité du document de planification, sur l'état de conservation des habitats naturels et des espèces qui ont justifié la désignation du ou des sites, le dossier comprend un exposé des mesures qui seront prises pour supprimer ou réduire ces effets dommageables. / IV. - Lorsque, malgré les mesures prévues au III, des effets significatifs dommageables subsistent sur l'état de conservation des habitats naturels et des espèces qui ont justifié la désignation du ou des sites, le dossier d'évaluation expose, en outre : / () 2° La description des mesures envisagées pour compenser les effets dommageables que les mesures prévues au III ci-dessus ne peuvent supprimer. Les mesures compensatoires permettent une compensation efficace et proportionnée au regard de l'atteinte portée aux objectifs de conservation du ou des sites Natura 2000 concernés et du maintien de la cohérence globale du réseau Natura 2000. Ces mesures compensatoires sont mises en place selon un calendrier permettant d'assurer une continuité dans les capacités du réseau Natura 2000 à assurer la conservation des habitats naturels et des espèces. Lorsque ces mesures compensatoires sont fractionnées dans le temps et dans l'espace, elles résultent d'une approche d'ensemble, permettant d'assurer cette continuité ; () ".
14. En l'espèce, la SCI Desroches soutient que le rapport de présentation, qui comporte une évaluation des incidences du plan local d'urbanisme sur les sites Natura 2000 présents sur le territoire intercommunal, " ne précise toutefois pas, ou bien trop succinctement " les incidences du plan local d'urbanisme intercommunal sur ces sites, un exposé des mesures qui seront prises pour supprimer ou réduire les effets dommageables de ce plan sur ces sites, ni les mesures compensatoires éventuellement mises en place. Toutefois, en se bornant, à l'appui de ce moyen, à se référer aux avis rendus sur le projet de plan local d'urbanisme intercommunal par le préfet du Finistère et la mission régionale d'autorité environnementale, sans démontrer notamment que les modifications apportées au projet de plan après l'enquête publique n'auraient pas pallié les insuffisances relevées dans ces avis, la SCI Desroches n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
15. En tout état de cause, l'évaluation environnementale de 373 pages figurant au rapport de présentation comprend une partie de 50 pages relative aux incidences du projet sur les sites Natura 2000 au sein de laquelle elle étudie les incidences du projet sur chacun des sites concernés, ainsi qu'une partie relative aux diverses mesures envisagées pour éviter, réduire voire compenser les incidences. De plus, il ressort de la notice explicative de synthèse que le projet de plan local d'urbanisme intercommunal a été modifié sur divers points afin de prendre en compte le rapport de la commission d'enquête, les observations du public ainsi que les avis des personnes publiques associées, notamment ceux du préfet et de la mission régionale d'autorité environnementale.
En ce qui concerne la cohérence entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables :
16. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
17. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
18. L'axe B du projet d'aménagement et de développement durables vise à " renforcer l'attractivité économique du territoire " au moyen, notamment, du " développement d'une offre de foncier économique adaptée aux besoins des entreprises et des artisans ". Il comporte l'objectif de " valoriser les zones d'activités (ZAE) ", notamment " en privilégiant le développement de zones d'activités en continuité des zones d'intérêt communautaire existantes ". A cet égard, le rapport de présentation indique que " les principales extensions urbaines économiques doivent permettre de développer des espaces "d'intérêt pays" ", parmi lesquelles figure le secteur de Penhoat à Plabennec.
19. En cohérence avec les orientations précitées du projet d'aménagement et de développement durables, le règlement graphique fait évoluer le zonage de ce secteur, en étendant la zone UE au nord-ouest dans un secteur auparavant classé principalement en zone 1AUe et en modifiant dans son prolongement un secteur qui était classé en zone 2AUe en zone 1AUE. Le règlement instaure en outre deux orientations d'aménagement et de programmation nos 7 et 8 relatives à deux secteurs de la " zone d'activités Penhoat - Plabennec " tendant notamment au renforcement de cette zone. La circonstance que la parcelle non bâtie et végétalisée cadastrée section YE n° 303, située au sein du secteur UE de cette zone d'activité, soit elle-même classée en zone naturelle N ne saurait suffire à caractériser, à l'échelle du territoire intercommunal, une incohérence entre le règlement graphique et le projet d'aménagement et de développement durables, lequel prévoit d'ailleurs, dans son objectif précité de " valoriser les zones d'activité (ZAE) ", la nécessité de " veill[er] à la compatibilité des activités avec leur environnement ". Par suite, et alors même que cette parcelle est incluse dans le périmètre d'une zone d'aménagement concertée depuis 1985, le moyen tiré de l'incohérence entre le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal en litige et le projet d'aménagement et de développement durables quant à son classement en zone N doit être écarté.
En ce qui concerne la qualification de la parcelle cadastrée section YE n° 303 à Plabennec parmi les " zones humides identifiées au titre de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme " par le règlement graphique :
20. Aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent ".
21. En l'espèce, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal en litige prévoit en son axe A " Valoriser les atouts qui font l'identité du Pays des Abers " l'objectif de " gérer durablement les ressources naturelles " et en particulier de préserver la ressource en eau. Le rapport de présentation relève que la préservation des zones humides répond à différents objectifs poursuivis par le schéma de cohérence territoriale du Pays de Brest relayés et traduits au sein de ce plan, à savoir la " sauvegarde du patrimoine environnemental ", la " préservation des richesses écologiques et de la trame verte et bleue du territoire auxquelles les zones humides participent ", la " protection des espaces remarquables du littoral dont les zones humides peuvent faire partie ", la " gestion de l'impact environnemental de l'agriculture " et l'" anticipation et la définition des conditions d'aménagement des extensions, notamment en préservant les zones humides des futures urbanisations ainsi que leurs abords ".
22. Les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal en litige liées à des représentations graphiques spécifiques sur le plan de zonage prévoient que " Les zones humides présentant un intérêt environnemental particulier (article L. 211-3 du code de l'environnement) et les zones humides dites zones stratégiques pour la gestion de l'eau (article L. 212-5-1 du code de l'environnement) sont préservées de toute destruction même partielle. () ". L'orientation d'aménagement et de programmation " Trame verte et bleue " tend notamment à " renforcer le continuum des milieux humides "
23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'urbanisme : " Les dispositions du présent chapitre déterminent les conditions d'utilisation des espaces terrestres, maritimes et lacustres : / 1° Dans les communes littorales définies à l'article L. 321-2 du code de l'environnement ; / 2° Dans les communes qui participent aux équilibres économiques et écologiques littoraux, lorsqu'elles en font la demande auprès de l'autorité administrative compétente de l'Etat. La liste de ces communes est fixée par décret en Conseil d'Etat, après avis du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres ". Aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. () ". Aux termes de l'article R. 121-4 de ce code : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : / () 5° Les marais, les vasières, les tourbières, les plans d'eau, les zones humides et milieux temporairement immergés ; () ".
24. Le règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal en litige qualifie la parcelle cadastrée section YE n° 303 à Plabennec de " zone humide identifiée au titre de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme ".
25. La commune de Plabennec n'étant pas une commune littorale, l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme précité, qui figure au nombre des règles particulières au littoral prévues par ce code, ne s'applique pas au territoire de cette commune. Dès lors, l'identification par le règlement graphique de la parcelle cadastrée section YE n° 303 en zone humide au titre de cet article est erronée. Toutefois, et alors que la légende du règlement graphique mentionne, s'agissant des zones humides, les seules " zones humides identifiées au titre de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme ", il ressort du rapport de présentation que les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont au contraire entendu préserver l'ensemble des zones humides, y compris celles se trouvant en dehors des espaces remarquables du littoral. La présentation des zones humides figurant dans les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal liées à des représentations graphiques spécifiques sur le plan de zonage ne mentionnent quant à elles aucune particularité concernant les zones humides situées en espace remarquable du littoral, ce document ne prévoyant pas de dispositions propres à ces zones. Il en résulte que le règlement graphique doit être regardé comme identifiant les zones humides présentes sur l'ensemble du territoire intercommunal au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme précité et que l'erreur entachant la légende de ce document constitue une simple erreur matérielle et non, comme le soutient la société requérante, une erreur de droit.
26. En second lieu, pour soutenir que la parcelle cadastrée section YE n° 303 ne présenterait pas les caractéristiques d'une zone humide, les requérants produisent des photographies et se prévalent du rapport de la commission d'enquête selon lequel " la ZA de Penhoat () était vraisemblablement une zone humide qui a été remblayée pour l'installation de la zone ", " seule cette parcelle non encore construite subsiste et reçoit actuellement les eaux de ruissellement des parcelles voisines " et " la commission s'est rendue sur place et a pu constater que les fossés bordant le terrain et recevant les eaux pluviales présentaient effectivement et pour cause des caractéristiques de zones humides contrairement au terrain en lui-même qui a dû faire l'objet de remblaiement comme le reste de la zone ". La commission d'enquête publique a ainsi recommandé à la communauté de communes du Pays des Abers de " reconsidérer sa position sur le zonage N de cette parcelle située dans le périmètre de la zone ". Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du rapport de la commission d'enquête, que la parcelle cadastrée section YE n° 303 est répertoriée par l'inventaire des zones humides émanant du Syndicat des eaux du Bas Léon et validé par la commission locale de l'eau, sur la base duquel les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont identifié les zones humides à préserver. Il ressort plus précisément de la consultation de la carte des zones humides accessible à partir du site internet mentionné dans les mémoires en défense produits par la communauté de communes du Pays des Abers que cette parcelle est identifiée au titre des " prairies humides améliorées ". Par la seule production de photographies du terrain, la société requérante n'apporte quant à elle pas d'élément probant permettant d'établir que cette parcelle de 3 955 m² ne présenterait pas les caractéristiques d'une zone humide, notamment par la démonstration d'un terrain qui ne serait pas habituellement gorgé d'eau ou dont la végétation ne serait pas dominée au moins une partie de l'année par des plantes hygrophiles, alors que la commission d'enquête a elle-même relevé qu'elle recevait les eaux de ruissellement des parcelles voisines et que les fossés qui la bordent présentaient les caractéristiques d'une zone humide ". Ainsi, et eu égard au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal de préserver les zones humides, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'identification de la parcelle cadastrée section YE n° 303 au titre des zones humides serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le classement en zone naturelle N de la parcelle cadastrée section YE n° 303 à Plabennec par le règlement graphique :
27. Aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".
28. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A ce titre, ils peuvent identifier et localiser des éléments de paysage et définir des prescriptions de nature à assurer leur protection. Ce faisant, ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
29. Ainsi qu'il a été dit précédemment, si la parcelle cadastrée section YE n° 303 se trouve dans le périmètre de la zone d'activités de Penhoat et qu'elle est en partie entourée de constructions, elle ne comporte elle-même pas de construction et est entièrement végétalisée. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que son classement en zone humide serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Dans ces conditions, et eu égard en outre au parti d'urbanisme retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal de préserver la ressource en eau, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché le classement en zone N de la parcelle cadastrée section YE n° 303 doit être écarté.
En ce qui concerne le principe d'égalité :
30. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité. En l'absence d'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement en zone N de la parcelle cadastrée section YE n° 303 retenue par le présent jugement, la société requérante n'est dès lors pas fondée à se prévaloir d'une rupture d'égalité dès lors qu'un autre secteur situé dans la zone d'activités de Penhoat également identifié au titre des zones humides a été classé en zone UE par le plan local d'urbanisme intercommunal en litige.
31. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Desroches n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 30 janvier 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes du Pays des Abers a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant plan local de l'habitat de cette communauté de communes.
Sur les frais liés au litige :
32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté de communes du Pays des Abers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée à ce titre par la SCI Desroches.
33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Desroches le versement de la somme de 1 500 euros à la communauté de communes du Pays des Abers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Desroches est rejetée.
Article 2 : La SCI Desroches versera à la communauté de communes du Pays des Abers la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Desroches et à la communauté de communes du Pays des Abers.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
La rapporteure,
signé
C. A
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026