vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2001909 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril 2020 et le 8 octobre 2021, M. C A, représenté par la SELARL Cornet-Vincent-Segurel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2019 du maire de la commune de Sauzon retirant la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable déposée le 21 mai 2019 pour l'extension d'une habitation située lieudit Borcastel, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux daté du 9 janvier 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sauzon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait et en droit ;
- la commune ne s'est pas opposée à la déclaration préalable dans le délai d'un mois, à supposer cette demande illégale ;
- la commune n'a pas procédé au retrait de la décision dans le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;
- la commune ne se trouvait pas en situation de compétence liée pour procéder au retrait ;
- il n'est pas à l'origine de la demande de retrait et a indiqué par un courrier du 9 novembre 2019 ne pas renoncer au bénéfice de la décision de non-opposition à déclaration préalable tacite qu'il avait obtenue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2021, la commune de Sauzon, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête de M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Pichon, de la SELARL Cornet-Vincent-Segurel, représentant M. A, et de Me Le Baron, de la SELARL Le Roy, Gourvennec Prieur, représentant la commune de Sauzon.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a présenté un dossier de déclaration préalable le 21 mai 2019 pour l'extension d'une maison d'habitation créant 25 m² d'emprise au sol. Par un courrier du 5 août 2019, présenté comme une " lettre de procédure contradictoire pour retrait à l'initiative de l'administration ", la commune de Sauzon a informé M. A que la décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable, intervenue le 21 juin 2019, était illégale dès lors qu'un permis de construire s'imposait, que l'augmentation de surface au sol favorisait une extension non limitée de l'urbanisation dans un espace proche du rivage et que le préfet avait émis un avis défavorable sur le projet. Par un courrier du 30 octobre 2019, reçu le 2 novembre par la commune, M. A a indiqué qu'il confirmait acquiescer à la " rétractation de l'autorisation de travaux qui avait été accordée en mai 2019 () ". Puis, par un courrier du 9 novembre 2019, reçu le 12 novembre par la commune, M. A a rappelé les échanges intervenus avec la mairie et conclu en indiquant qu'il n'avait " jamais accepté de renoncer à l'autorisation de travaux () ". Par un arrêté du 13 novembre 2019 le maire de la commune de Sauzon a retiré la décision implicite de non-opposition à déclaration préalable intervenue le 21 juin 2019. M. A demande l'annulation de cet arrêté ainsi que l'annulation de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article R. 423-3 du code de l'urbanisme : " Le maire affecte un numéro d'enregistrement à la demande ou à la déclaration et en délivre récépissé dans des conditions prévues par arrêté du ministre chargé de l'urbanisme. ". Aux termes de l'article R. 423-5 du même code : " Le récépissé précise également que l'autorité compétente peut, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier : / a) Notifier au demandeur que le dossier est incomplet ; / b) Notifier au demandeur un délai différent de celui qui lui avait été initialement indiqué, lorsque le projet entre dans les cas prévus aux articles R. 423-24 à R. 423-33. / Le récépissé indique également que le demandeur sera informé dans le même délai si son projet se trouve dans une des situations énumérées aux articles R. 424-2 et R. 424-3, où un permis tacite ne peut pas être acquis ou ne peut être acquis qu'en l'absence d'opposition ou de prescription de l'architecte des Bâtiments de France. ". Aux termes de l'article R. 423-19 de ce code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". Aux termes de l'article R. 423-23 dudit code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables ; / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; () ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite. ". Aux termes de l'article L. 424-5 du même code : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ". Aux termes de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration peut, selon le cas et sans condition de délai, abroger ou retirer une décision créatrice de droits, même légale, si son retrait ou son abrogation n'est pas susceptible de porter atteinte aux droits des tiers et s'il s'agit de la remplacer par une décision plus favorable au bénéficiaire. ".
4. Il résulte de ces dispositions que le retrait d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable dans le délai de trois mois prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme constitue une faculté et non une obligation pour l'administration, dès lors que l'autorité d'urbanisme compétente n'est pas saisie par un tiers d'une demande en ce sens. En dehors de cette hypothèse, cette autorité peut procéder à son retrait pour lui substituer une décision plus favorable lorsque le retrait est sollicité par le bénéficiaire de cette décision et qu'il n'est pas susceptible de porter atteinte aux droits des tiers.
5. Aux termes, enfin, de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".
6. Il résulte de ces dispositions que la décision portant retrait d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
7. Il n'est pas contesté que la déclaration préalable présentée par M. A a été enregistrée en mairie le 21 mai 2019. Les travaux portant sur une surface de plancher ou une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés, ils devaient, en application l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme, faire l'objet d'une demande de permis de construire et en l'absence de document d'urbanisme couvrant le territoire de la commune, l'avis conforme du préfet devait être recueilli en application l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme. Cependant, la commune de Sauzon, n'ayant pas présenté de demande de pièces complémentaires pour instruire la demande ou rejeté la demande en exigeant la présentation d'une demande de permis de construire, le délai d'instruction d'un mois a commencé à courir à compter du 21 juin 2019. Par suite, une décision implicite de non-opposition à déclaration préalable est intervenue le 21 juin 2019.
8. En premier lieu, la décision de non-opposition née le 21 juin 2019 n'a pas été rapportée dans le délai de trois mois permettant, en application de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme le retrait d'une décision créatrice de droit illégale, mais seulement le 13 novembre 2019. Alors que ce retrait ne pouvait donc plus intervenir à l'initiative de l'administration mais seulement à la demande de M. A, celui-ci a expressément, par un courrier du 9 novembre 2019, reçu le 12 novembre par la commune, manifesté sa volonté de conserver le bénéfice de la décision de non-opposition à son projet. Dès lors, la commune n'a pu considérer le 13 novembre 2019, comme elle l'a fait, que M. A avait présenté " une demande de retrait " de la décision de non-opposition. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la commune de Sauzon ne pouvait pas décider de retirer la décision de non-opposition intervenue le 21 juin 2019 en se fondant sur son accord.
9. En second lieu, l'arrêté attaqué du 13 novembre 2019, qui constitue une décision individuelle défavorable retirant une décision créatrice de droit au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, est dépourvu de motivation en fait et en droit permettant d'en préciser le fondement et de justifier les raisons pour lesquelles la décision a été prise. Par suite, M. A est également fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité pour ce motif.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2019 ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2019.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sauzon une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13. En revanche, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Sauzon doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Sauzon du 13 novembre 2019, ensemble la décision de rejet du recours gracieux, sont annulés.
Article 2 : La commune de Sauzon versera une somme de 1 500 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Sauzon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A au préfet du Morbihan et à la commune de Sauzon.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller ;
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
C. BL'assesseur le plus ancien,
signé
F. BozziLe greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026