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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2001991

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2001991

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2001991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2020, Mme B C, représentée par Me Mascrier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 5 mars 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Bretagne Atlantique (CHBA) a prononcé à son encontre la sanction de révocation, à titre subsidiaire d'ordonner une expertise médicale ;

2°) de mettre à la charge du CHBA la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

A titre principal :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît le principe d'égalité entre les fonctionnaires ;

A titre subsidiaire :

- il conviendra d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer si son discernement était ou non altéré au moment des faits.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2021, le CHBA représenté par le cabinet d'avocats Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de Me Dufour, représentant le CHBA.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, employée par le CHBA depuis le 1er avril 2009 en qualité de préparatrice en pharmacie hospitalière a été titularisée dans ses fonctions à compter du 1er avril 2010. Par l'arrêté attaqué du 5 mars 2020 dont Mme C demande l'annulation, le directeur du CHBA a prononcé à son encontre la sanction de révocation à titre disciplinaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur et dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur et désormais codifié à l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () Quatrième groupe : / () la révocation ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

3. Il est reproché à Mme C d'avoir en 2016 et 2017 dérobé des quantités importantes de daffalgan codéïné ainsi que 12 560 comprimés de zolpidem, molécule classée comme stupéfiant.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2018, des investigations ont mis en évidence des modifications des dotations en zolpidem de l'unité de neurologie dans des proportions importantes depuis plusieurs années. A l'issue des auditions de plusieurs préparateurs en pharmacie entre le 8 et le 12 juin 2018, il est apparu que Mme C et un de ses collègues avaient détourné du daffalgan codéiné à des fins personnelles. Reçue en entretien en avril et juillet 2019, Mme C a reconnu avoir détourné d'autres médicaments, en particulier du zolpidem et du stilnox alors qu'elle ne détenait pas de prescription médicale pour leur usage. Le CHBA a alors diligenté une enquête administrative dans le cadre de laquelle il est apparu que Mme C avait également détourné à des fins personnelles du zolpidem destiné à la maison d'arrêt de Vannes. Reçue de nouveau en entretien en août et septembre 2019, Mme C a reconnu les faits.

5. En premier lieu, d'une part, les investigations menées par le CHBA ont permis d'établir que Mme C a établi des bons d'urgence, document permettant à une unité de l'établissement d'obtenir la délivrance de médicaments en cas de dotation hebdomadaire insuffisante, dans le but de sortir du daffalgan codéiné des stocks à des fins personnelles. Elle a également procédé à une augmentation fictive, allant parfois jusqu'au doublement, de la dotation en zolpidem ou en stilnox de certains services, et plus spécialement des unités de neurologie, afin de récupérer ce type de médicament, ce qu'elle a admis lors des entretiens menés au cours de l'enquête administrative et lors de sa comparution devant le conseil de discipline. Ainsi, il est établi que pour la seule journée du 14 février 2017, Mme C a détourné 200 comprimés de l'unité fonctionnelle (UF) neurologie HTC, 200 comprimés de l'unité soins intensifs neurologie et 200 comprimés de l'unité chirurgie post urgence, soit 600 comprimés au total pour une même journée. L'historique des dotations de l'UF de neurologie en zolpidem fait apparaître une augmentation de la dotation de cette unité de 50 à 100 comprimés ainsi que l'existence d'un doublement régulier des dotations entre 2016 et 2018, atteignant 200 comprimés pour une capacité de seulement 10 lits. Cet historique révèle qu'en 2016, 6 650 comprimés de zolpidem ont été sortis des stocks à destination de deux unités de neurologie sans avoir été pris en compte par le magasinier, le recoupement de la date de ces sorties avec les plannings de travail de Mme C ayant permis d'établir que l'intéressée était systématiquement présente à son poste de travail lors de ces opérations. Par ailleurs, il est établi que Mme C a utilisé le système de dotation individuelle mis en place pour la maison d'arrêt de Vannes jusqu'en septembre 2017, en modifiant les prescriptions médicales à destination de cet établissement, soit en augmentant les quantités de zolpidem prescrites aux détenus, soit en éditant des bons de sortie des stocks ne correspondant pas aux prescriptions médicales, les vérifications effectuées ayant permis de constater que les sorties de médicaments litigieuses avaient eu lieu au moyen de l'identifiant de Mme C à des dates où elle se trouvait effectivement présente dans l'établissement. Ainsi, les investigations ont permis d'établir qu'en 2016 et 2017, 5 910 comprimés de zolpidem ont été sortis des stocks à destination de la maison d'arrêt de Vannes sans prescription médicale correspondante.

6. Si Mme C conteste le nombre de zolpidem dont le CHBA lui impute le détournement en faisant valoir qu'il s'agissait d'une pratique courante dans l'établissement, que les logiciels de la pharmacie ne permettaient pas une traçabilité de l'auteur des détournements et que les stocks de la pharmacie ont continué à décroître entre 2018 et 2019 alors qu'elle était suspendue de ses fonctions, elle ne remet pas utilement en cause les éléments décrits au point précédent qui ont permis au CHBA d'évaluer le nombre de médicaments détournés par celle-ci. La requérante qui ne procède à aucune estimation du nombre de médicaments détournés, ne produit pas d'éléments permettant d'établir que ce nombre serait sensiblement inférieur à celui dont l'administration fait état, alors que les détournements qui ont été effectués en quantités importantes se sont produits pendant deux années, Mme C ayant admis avoir parfois doublé les dotations réelles.

7. D'autre part, Mme C fait valoir que victime d'un accident de la route en 2013 et atteinte de douleurs chroniques rebelles de type neurogène, son état de stress notamment post traumatique l'a conduit à détourner les produits en litige, à défaut de pouvoir obtenir des prescriptions médicales correspondant à ses besoins. Elle produit trois certificats médicaux émanant de médecins différents, l'un attestant de la réalité et de l'intensité de ses douleurs ainsi que de sa fragilité psychologique et indiquant sa dépendance à l'utilisation de somnifères, le deuxième qui précise suivre Mme C depuis le 13 décembre 2018, faisant état de sa dépendance au stilnox, et le troisième attestant des démarches entreprises par l'intéressée en septembre 2019 auprès d'un centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie. Toutefois, ces documents ne permettent pas d'établir qu'à la date des faits en cause, l'état de santé de Mme C était tel qu'il aurait eu pour effet d'altérer son discernement ou le contrôle de ses actes. Par ailleurs si Mme C soutient que le détournement de médicaments au sein de la pharmacie de l'établissement était une pratique courante concernant presque tous les agents, cette circonstance n'est pas de nature à atténuer sa responsabilité.

8. Compte tenu de la gravité des faits dont la matérialité est établie et qui constituent des manquements fautifs à la probité et à l'intégrité attendue d'un agent hospitalier, de leur répétition pendant plusieurs années et de leur commission aux moyens de procédés frauduleux tels que la falsification d'ordonnances médicales, le directeur du CHBA, en prononçant à l'encontre de Mme C la sanction de révocation n'a pas commis d'erreur d'appréciation, nonobstant les difficultés personnelles dont la requérante fait état et ses bons états de service.

9. En second lieu, si Mme C soutient qu'un autre préparateur en pharmacie auquel il a été reproché d'avoir remis des médicaments détournés à des tiers, ce qui n'est pas son cas, a fait l'objet d'une sanction disciplinaire moindre, il n'est pas pour autant établi que cet agent se serait trouvé dans une situation strictement identique à la sienne. Par suite, le moyen tiré d'une rupture d'égalité de traitement entre agents publics doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu d'ordonner l'expertise médicale sollicité, que la requête doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la requérante sur le fondement de ces dispositions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme que le CHBA sollicite sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CHBA sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier Bretagne Atlantique.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, où siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. ALe président,

signé

N. TronelLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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