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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2002545

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2002545

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2002545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 26 juin 2020, le 29 août et le 5 septembre 2022, Mme B M, M. C I, M. H F, Mme D J, M. G J, Mme L E et M. A E, représentés par la société d'avocats DSC Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 6 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de La Roche Maurice ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux présentée par la société Orange pour l'édification d'une station-relais de téléphone mobile sur un terrain cadastré section A n°191 situé lieudit Kerfeunteuniou ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir, la décision du maire de La Roche Maurice en date du 12 mars 2020 par laquelle leur recours gracieux a été rejeté ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Roche Maurice le versement d'une somme globale de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont un intérêt à solliciter l'annulation de cet arrêté en leur qualité de propriétaires voisins de la parcelle sur laquelle sera implantée la station-relais ;

- le dossier de demande est entaché d'incomplétude au regard des articles R. 431-36, et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'arrêté préfectoral du 19 août 2016 déclarant d'utilité publique au bénéfice de Brest métropole l'établissement des périmètres de protection de la prise d'eau de Pont ar Bled ainsi que l'institution des servitudes ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 113-1 et suivants du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est incompatible avec certaines des règles du futur plan local d'urbanisme intercommunal du pays de Landerneau-Daoulas ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe de précaution ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la commune de La Roche Maurice, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 29 août 2022, la société Orange, représentée par la SELARL Cabinet Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 5 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment la Charte de l'environnement ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. K,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de M. I, de Me Rouhaud, de la SELARL Lexcap, représentant la commune de La Roche Maurice, et de Me Guranna, de la SELARL Cabinet Gentilhomme, représentant la société Orange.

Considérant ce qui suit :

1. La société Orange a déposé, le 9 novembre 2019, une déclaration préalable en vue de l'installation d'un pylône de téléphonie mobile treillis de 30 mètres de hauteur, de trois antennes en tête de pylône, d'une zone technique, d'un accès gravillonné et d'une clôture rigide de ton vert sur la parcelle cadastrée section A n° 191 située au lieu-dit Kerfeuteuniou sur le territoire de la commune de La Roche Maurice. Par un arrêté du 6 décembre 2019, le maire de la commune de La Roche Maurice ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par leur requête, Mme M, M. I, M. F, M. et Mme J et M. et Mme E demandent au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision en date du 12 mars 2020 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de déclaration préalable :

2. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante () / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. / Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

3. La circonstance que le dossier de demande d'autorisation d'urbanisme ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision d'autorisation d'urbanisme que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En l'espèce, le dossier de demande préalable comportait les documents graphiques et photographiques prévus aux c) et d) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme.

5. Les requérants soutiennent cependant que ces documents étaient insuffisants pour apprécier le traitement des accès au terrain qui est un espace boisé classé, le bâti environnant du projet avec les maisons d'habitation et les perspectives depuis le château de Roch Morvan ainsi que la localisation des réseaux.

6. Le plan de situation DP1 et la photographie aérienne permettaient de situer le projet par rapport au lieu-dit Kerfeuteuniou et à la commune de la Roche Maurice, de localiser les habitations plus ou moins isolées se trouvant à proximité du projet, dont la maison d'un des requérants et faisait apparaître, vue du ciel, le chemin d'accès existant au sein de l'espace boisé classé ainsi que la configuration des lieux. Le plan de masse détaillé joint au dossier faisait figurer le chemin d'accès au projet en indiquant qu'il sera empierré sur environ 150 mètres et qu'il ne sera prévu de procéder à des élagages uniquement au niveau de la zone d'empierrement du site. La circonstance que des arbres auraient été abattus au cours de l'exécution des travaux est à cet égard sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et n'est pas de nature à établir l'insuffisance du dossier de déclaration préalable. Ce plan faisait également apparaître les modalités de raccordement envisagées au réseau d'électricité et le descriptif du projet indiquait que dans le cas où il serait nécessaire d'étendre le réseau pour assurer l'alimentation électrique de la station radiotéléphonique, la société Orange s'engageait à prendre les frais à sa charge. Enfin compte tenu de la nature du projet, qui consiste à installer un relais de radio téléphonie comprenant un pylône treillis en acier galvanisé d'une hauteur de 30 mètres, des armoires techniques et une clôture, les documents, plans et photographies montrant l'environnement proche, éloigné et aérien du projet étaient suffisants pour permettre au service instructeur d'apprécier ses proportions et son insertion par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, et notamment la maison la plus proche située à environ 140 mètres. Par suite, il n'est pas démontré qu'une insuffisance du dossier de déclaration préalable de travaux aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme :

7. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction (), des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies () ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. L'autorité compétente doit s'opposer à une déclaration préalable lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

8. En l'espèce, il est constant que le raccordement au réseau public d'électricité de l'antenne relais projetée implique des travaux d'extension du réseau sur une longueur d'environ 530 mètres. Toutefois le syndicat départemental d'énergie et d'équipement du Finistère, autorité gestionnaire du réseau d'électricité sur le territoire de la commune de La Roche Maurice, saisi par le maire, a donné son accord aux travaux d'extension du réseau nécessaires au raccordement des installations projetées en prévoyant une mise en service en juin 2020. Il ressort en outre des pièces du dossier que la société Orange s'était engagée dans son dossier de déclaration préalable à prendre à sa charge l'intégralité des coûts nécessaires à la réalisation des travaux de raccordement. Si comme le font valoir les requérants, la date à laquelle la commune a sollicité le syndicat départemental d'énergie et d'équipement du Finistère n'est pas connue et pourrait avoir été effectuée après la délivrance de l'arrêté attaqué, cela n'apparaît pas, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant été de nature à contraindre la commune à supporter des charges financières ou à imposer au concessionnaire l'exécution de travaux contre sa volonté. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'arrêté du 19 août 2016 du préfet du Finistère instituant un périmètre de protection de la prise d'eau de pont Ar Bled :

9. L'arrêté préfectoral du 19 août 2016 instituant un périmètre de protection de la prise d'eau de pont Ar Bled et de la rivière Elorn, en application des articles L. 1321-2 et R. 1321-13 du code de la santé publique, limite les travaux et aménagement autorisés et en particulier au titre des mesures de protection : " 4.3.1.1. () la suppression de l'état boisé de parcelles. L'exploitation du bois par coupes progressives reste possible. () ".

10. S'il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe au sein du périmètre P1 de protection rapprochée défini par cet arrêté préfectoral, les travaux autorisés par l'arrêté attaqué n'ont pas pour objet de permettre la suppression de l'état boisé de la parcelle d'emprise du projet en méconnaissance des dispositions de l'article 4.3.1.1 de l'arrêté du 19 août 2016. Il n'est pas plus établi que l'autorisation accordée aurait été de nature à porter atteinte à la qualité de l'eau en méconnaissance des dispositions de l'article 4.3.2.1 de cet arrêté concernant les zones P1 et P2 de cet arrêté.

11. La circonstance que le projet prévoit l'élagage de deux arbres n'est pas de nature à supprimer la destination forestière du sol ou son état boisé. Enfin les requérants ne peuvent utilement invoquer, pour contester l'autorisation accordée sur la base du dossier de demande préalable, les conditions dans lesquelles ces travaux auraient été exécutés. Au demeurant si les photographies produites établissent que le chemin d'accès existant a fait l'objet d'un défrichement de la végétation et de coupes de branches, elles ne démontrent pas l'existence d'une réelle altération de l'état boisé, à cet égard la seule photographie de troncs d'arbres coupés sans plus de précisions est insuffisante pour établir un lien avec l'exécution des travaux. Par suite, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'atteinte à un espace boisé classé :

12. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 113-2 de ce code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. ". Pour refuser un permis de construire ou une autorisation de travaux sur la base de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'apprécier si la construction ou les travaux projetés sont de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements.

13. En l'espèce, il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, soit le 6 décembre 2019, le règlement graphique du plan local d'urbanisme de la commune de La Roche Maurice applicable ne comportait pas d'espace boisé classé sur la parcelle cadastrée section A n°191 devant recevoir la construction autorisée.

14. Si le plan local d'urbanisme intercommunal approuvé par la communauté de commune du pays de Landerneau le 28 février 2020 et rendu exécutoire le 8 juin 2020 a classé une partie de la parcelle cadastrée section A n° 191 en espace boisé classé, le projet ne s'implante pas au sein de cet espace boisé et ces dispositions n'étaient pas encore applicables le 6 décembre 2019, date à laquelle l'arrêté attaqué a été pris.

15. En tout état de cause, le projet qui implique uniquement, au sein de l'espace boisé classé identifié par le local d'urbanisme intercommunal, l'élagage de deux arbres et l'entretien d'un chemin existant, n'apparaît pas de nature à compromettre la conservation ou la protection des boisements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme :

16. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". L'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, lequel se trouve dans le livre IV relatif aux " constructions, aménagements et démolitions ", dispose que : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () ". Un sursis à statuer ne peut être opposé à une déclaration préalable, sur le fondement de ces dispositions, postérieurement au débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable, qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.

17. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du 6 décembre 2019 le conseil communautaire de la communauté de communes du Pays de Landerneau-Daoulas avait délibéré des orientations du projet d'aménagement et de développement durables et que le projet de plan local d'urbanisme intercommunal avait atteint, à cette date, un degré suffisant d'avancement dès lors que l'enquête publique s'était achevée depuis le 30 septembre 2019 et que le projet était très largement finalisé en vue de son approbation survenue le 28 février 2020.

18. Le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Pays de Landerneau-Daoulas précise que : " Le secteur N est constitué par les secteurs (..) à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique () / E. autres construction et installations autorisées sous conditions particulières l-- Les constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs ou à des services publics, à condition qu'elles ne soient pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière dans l'unité foncière où elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages ".

19. En premier lieu, les requérants soutiennent que le projet est de nature à porter atteinte au paysage naturel entourant le seul monument historique de la commune. Cependant, le pylône d'une hauteur de 30 mètres de haut doit s'implanter en fonds de vallée à plus de 1 800 mètres du château de Roc'h Morvan et se trouvera entouré par plusieurs rangées d'arbres qui en réduiront la visibilité. S'il va surplomber des arbres de haute tige, il forme un élément isolé du paysage, dépourvu de caractère imposant, limitant son impact sur les perspectives ouvertes depuis le château du Roc'h Morvan. Compte tenu de cette distance et de la configuration des lieux, le champ de visibilité de ce pylône demeurera limité de sorte qu'il n'apparaît pas de nature à méconnaître manifestement le futur article N.1 en portant " atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. ".

20. En deuxième lieu, le document graphique du plan local d'urbanisme intercommunal identifie un cône de vue sur le site du château de Roc'h Morvan, situé au cœur du centre bourg de La Roche Maurice et prohibe " Tout projet qui, par sa situation, son architecture, ses dimensions ou son aspect extérieur est de nature à compromettre un cône de vue, () ". Cependant, l'institution d'un cône de vue, sur le fondement des articles L. 151-19 et L. 151-23 du code de l'urbanisme, doit par sa délimitation être proportionnée à l'objectif recherché et ne saurait avoir pour effet de conduire à une interdiction de toute construction alors, ainsi qu'il a été dit, que le projet est distant de plus de 1 800 mètres du château de Roc'h Morvan dans un secteur de fonds de vallée situé à un niveau nettement inférieur à ce château. Au regard de sa localisation et de ses caractéristiques, le projet n'apparaît pas de nature à altérer la couverture boisée des hauteurs de la vallée de l'Elorn ou les vues portées depuis le château sur les versants de cette vallée.

21. En troisième lieu, le projet de règlement écrit prévoit que : " En limite d'espaces boisés classés (EBC), tout projet de construction ou d'opération d'aménagement d'ensemble devra être conçu de manière à ne pas compromettre les boisements. Pour garantir la pérennité des espaces boisés classés, identifiés au règlement graphique, les volumes racinaires (volumes occupés par les racines) doivent être protégés par un recul minimum de 5 m des constructions et installations de part et d'autre de l'axe de la haie ou du bord du boisement. ". Toutefois il n'est pas établi par les pièces du dossier que l'emprise du projet ne respecterait pas la distance de cinq mètres par rapport au projet d'espace boisé classé, ni que l'emprise au sol totale du projet, soit 5,40 m², soit de nature à en compromettre le boisement.

22. Il résulte de ce qui précède que le maire de La Roche Maurice n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme en ne décidant pas de surseoir à statuer sur la déclaration préalable présentée par la société Orange.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

23. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

24. Ainsi qu'il a été indiqué aux points 19 et 20, si le projet d'antenne doit s'implanter dans la vallée de l'Elorn, en surplomb d'une voie ferrée, dans un secteur boisé, ce dernier ne présente pas pour autant de caractère remarquable d'un point de vue paysager. Le projet étant éloigné de plus 1 800 mètres du château de Roc'h Morvan, devant s'implanter en fonds de vallée, sera masqué par plusieurs rangées d'arbres de haute tige et son impact sur le paysage sera limité. L'atteinte visuelle résultant de la partie de l'antenne dépassant la couverture boisée sera encore atténuée par la conception en treillis du pylône. La vue sur la vallée de l'Elorn depuis le promontoire du château de Roc'h Morvan apparaît dès lors peu susceptible d'être affectée par cet équipement. Ainsi au regard de ses caractéristiques et du choix d'implantation retenu par la société pétitionnaire, le projet n'apparaît pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux et paysages avoisinants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du principe de précaution :

25. Aux termes de l'article 1er de la Charte de l'environnement : " Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. ". Aux termes de l'article 5 de cette Charte : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. ". Par ailleurs, l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme prévoit que le permis de construire ou la décision prise sur la déclaration préalable de travaux doit respecter les préoccupations définies par l'article L. 110-1 du code de l'environnement qui se réfère au principe de précaution " selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ".

26. Il appartient à l'autorité administrative compétente, lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, de rechercher s'il existe des éléments circonstanciés de nature à accréditer l'hypothèse d'un risque de dommage grave et irréversible pour l'environnement ou d'atteinte à l'environnement susceptible de nuire de manière grave à la santé, qui justifierait, en dépit des incertitudes subsistant quant à sa réalité et à sa portée en l'état des connaissances scientifiques, l'application du principe de précaution.

27. Si les requérants font valoir que l'installation d'une antenne de radiotéléphonie mobile est susceptible d'engendrer des troubles pour la santé humaine, les documents et rapports qu'ils produisent ne caractérisent aucun élément circonstancié de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter, pour le public, de son exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile.

28. Par ailleurs, la déclaration préalable prescrivait de tenir compte des recommandations émises par l'Agence régionale de santé dans son avis du 17 juillet 2019 portant notamment sur les émissions de champs électromagnétiques. Dans ce cadre, il ressort des pièces du dossier que la société Orange a réalisé un rapport de simulation de l'exposition aux ondes émises par le projet d'installation radioélectrique située lieu-dit Kerfeuteuniou selon les lignes directrices nationales publiées le 23 décembre 2015 par l'Agence nationale des fréquences. Dans ces conditions, et alors au demeurant qu'il n'est pas contesté que l'installation répond aux normes et seuils en vigueur sur le territoire national, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de La Roche-Maurice aurait méconnu le principe de précaution.

29. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de La Roche-Maurice et par la société Orange, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de La Roche-Maurice du 6 décembre 2019 ni de la décision du maire de La Roche Maurice en date du 12 mars 2020 portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Roche-Maurice ou de la société Orange, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

31. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des requérants une somme de 750 euros à verser à la commune de La Roche Maurice et une somme de 750 euros à verser à la société Orange au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme M et M. I et autres est rejetée.

Article 2 : Mme M, M. I, M. F, M. et Mme J et M. et Mme E verseront la somme totale de 750 euros à la commune de La Roche Maurice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mme M, M. I, M. F, M. et Mme J, M. et Mme E verseront la somme totale de 750 euros à la société Orange au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B M et M. C I, désignés représentants uniques des requérants dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de La Roche-Maurice et à la société Orange

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

Le président-rapporteur,

signé

C. K

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Plumerault

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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