lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2002665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 juillet et 21 décembre 2020, 6 avril et 15 décembre 2021 et 25 mai 2022, M. D B, représenté par Me Camous, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2020 par lequel le maire de Vern-sur-Seiche a délivré à la SCI A un permis de construire pour l'aménagement d'un hangar existant en deux chambres funéraires et un espace de vente d'articles funéraires sur le terrain cadastré AK 6 situé 12, rue de la Motte, ensemble la décision du 19 mai 2020 par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vern-sur-Seiche la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il dispose d'un intérêt à agir contre le permis de construire attaqué ;
- ce permis de construire méconnaît l'article UI 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche ;
- il méconnaît l'article UI 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UI 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche ;
- aucune régularisation n'est possible.
Par des mémoires, enregistrés les 26 février et 7 décembre 2021, la commune de Vern-sur-Seiche, représentée par Me Varnoux, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir contre le permis de construire contesté ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- le tribunal procèdera, au besoin, à la requalification de la destination du funérarium ;
- à titre subsidiaire, il fera application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire, enregistré le 19 mai 2022, la SCI A, représentée par Me Groleau, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B, à verser à M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par des mémoires en intervention, enregistrés les 25 novembre 2020 et 18 janvier et 19 mai 2022, M. C A, représenté par Me Groleau, doit être regardé comme demandant au tribunal de faire droit aux conclusions présentées en défense par la commune de Vern-sur-Seiche et la SCI A et de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir la même argumentation en défense que la SCI A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Bourges-Bonnat, substituant Me Camous et représentant M. B, de Me Clairay, représentant la commune de Vern-sur-Seiche et de Me L'hirondel, représentant la SCI A et M. A.
Une note en délibéré, présentée pour M. A et la SCI A, a été enregistrée le 13 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI A a déposé le 16 janvier 2020 une demande de permis de construire pour l'aménagement d'un hangar en deux chambres funéraires avec espace de vente d'articles funéraires sur le terrain cadastré AK 6 situé 12, rue de la Motte à Vern-sur-Seiche. Par un arrêté du 31 janvier 2020, le maire de Vern-sur-Seiche lui a délivré le permis de construire sollicité. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision du 19 mai 2020 par laquelle son recours gracieux a été rejeté.
Sur l'intervention de M. A :
2. Il ressort des pièces du dossier que le bénéficiaire du permis de construire contesté est la SCI A, dont la personne et les intérêts sont distincts de celle de son gérant, M. A. Par conséquent, ce dernier doit être regardé comme simple intervenant volontaire à l'instance. Or, M. A n'indique pas quel est son intérêt personnel, distinct de celui de la société dont il est le gérant, au maintien du permis de construire contesté. Par suite, son intervention ne peut être admise.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article UI 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche : " Occupations ou utilisations du sol interdites () / 2-En secteur UI1, les constructions, ouvrages ou travaux destinés aux nouvelles implantations commerciales et à d'autres usages que les activités industrielles, artisanales, tertiaires ou de services, de restauration et équipements collectifs d'intérêt général. () ". Aux termes des définitions de ce règlement : " () VIII- Équipements collectifs d'intérêt général / Il s'agit des équipements publics ou privés destinés à accueillir des fonctions à caractère d'intérêt général, notamment dans les domaines hospitalier, sanitaire, social, enseignement et services annexes, culturel, sportif, cultuel, défense et sécurité, ainsi que les services publics administratifs divers. () ". Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 2223-19 du code général des collectivités territoriales que les soins de conservation des corps des défunts et la gestion et l'utilisation des chambres funéraires font partie de la mission de service public du service extérieur des pompes funèbres et que cette mission peut notamment être assurée par toute entreprise bénéficiaire de l'habilitation requise.
4. Par conséquent, en l'absence de circonstances particulières, un bâtiment à usage de chambres funéraires doit être regardé comme relevant de la destination " Service public ou d'intérêt collectif " pour l'application des règles d'urbanisme quand bien même il serait exploité par un entrepreneur privé. Cette destination correspond, au sens et pour l'application du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche à celle d'équipement collectif d'intérêt général dès lors que cette destination comprend, au sens de ce règlement, les équipements privés destinés à accueillir des fonctions à caractère d'intérêt général.
5. Il ressort des pièces du dossier que les travaux de réaménagement projetés par la SCI A consistent à créer, à titre principal, deux chambres funéraires ainsi qu'un laboratoire, ces locaux étant destinés à occuper plus de 70 % des surfaces faisant l'objet de ce réaménagement. Les travaux projetés ont par conséquent pour effet d'emporter, s'agissant des surfaces concernées à usage initial d'entrepôt, un changement de leur destination vers celle de service public et d'intérêt collectif. Si le projet comporte également, pour le restant des surfaces réaménagées, la création d'un local affecté à la vente d'articles funéraires, activité ne relevant pas de la mission de service public définie à l'article L. 2223-19 du code général des collectivités territoriales, et alors même que ce local ne serait pas strictement nécessaire à l'activité principale des chambres funéraires, il peut cependant être regardé, à l'intérieur du même bâtiment, comme étant indissociable du fonctionnement des chambres funéraires. S'agissant donc d'un local accessoire, il relève de la même destination que les locaux principaux. Par conséquent, nonobstant la circonstance que le maire de Vern-sur-Seiche a indiqué dans son arrêté autoriser un bâtiment notamment à destination de commerce, M. B n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté aurait été délivré en méconnaissance de l'article UI 1 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche.
6. Aux termes de l'article UI 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche : " () / 1 - Aspect extérieur des constructions / Tout projet de construction devra présenter un volume, une implantation et un aspect permettant une bonne intégration dans le site au regard notamment des constructions avoisinantes et de la végétation existante. () / 1.4. Ravalement / La couleur des façades doit prendre en compte les facteurs suivants : / - l'environnement direct de la construction, / - la surface des façades et leur impact dans la rue ou le quartier. () ".
7. Le projet contesté est situé dans la zone d'activités dite " Parc d'activités du bois de Sœuvres ", laquelle comprend, hormis quelques rares maisons d'habitation, une majorité de hangars à destination artisanale, industrielle ou d'entrepôt. Si la maison d'habitation de M. B est immédiatement voisine du projet contesté, elle ne présente pas d'intérêt architectural particulier et se trouve pour sa majeure partie occultée depuis le terrain d'assiette du projet par une clôture et de la végétation. Les travaux entrepris par la SCI A ont pour objet notamment de modifier l'aspect extérieur d'un hangar existant, notamment en unifiant, en noir, la couleur de ses murs en tôle ondulé. Ce choix, qui est de nature à rendre plus discrète la construction concernée au milieu de la végétation bordant son terrain d'assiette, lui permet de maintenir une bonne intégration dans son site d'implantation au regard des constructions avoisinantes et de la végétation existante. Pour le même motif, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que la couleur noire aurait été choisie sans prise en compte de l'environnement direct de la construction et de la surface des façades et de leur impact dans la rue ou le quartier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UI 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche doit être écarté.
8. Aux termes de l'article UI 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche : " 1 -Obligations imposées aux constructeurs en matière de réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules automobiles / Dans les limites définies aux articles L123.1.12 et L123.1.13 du Code de l'Urbanisme, afin d'assurer en dehors des voies, le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations, le nombre d'emplacements doit répondre aux normes minimales définies ci-après : / 1.1. Normes à respecter () / )Commerces : 1 emplacement par tranche même incomplète de 40 m2, / )Services, bureaux et autres activités : / Surface de plancher créée ( ou = à 150 m2 : aucun emplacement n'est exigé, / Surface de plancher créée ) à 150 m2 : 1 emplacement par tranche complète de 50 m2 de surface de plancher créée. / )Activités artisanales et industrielles : 1 emplacement par tranche complète de 150 m2, / )Entrepôts : 1 emplacement par tranche complète de 500 m2, / )Autres destinations : non règlementées () / 1.3. Modalités de calcul () / ' Pour les changements de destination autres que la création de logements, la suppression éventuelle des places existantes ne pourra concerner que les places dont le nombre est supérieur à la norme exigée par la destination future. () ".
9. Les dispositions précitées de l'article UI 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche, qui poursuivent l'objectif d'imposer un nombre d'emplacements de stationnement automobile correspondant aux besoins des constructions et installations permettant d'assurer ce stationnement en dehors des voies, ont entendu fixer elles-mêmes ces besoins en fonction de l'affectation des bâtiments concernés.
10. Conformément à ce qui a été dit aux points 4 et 5, les surfaces réaménagées du projet contesté doivent être regardées, s'agissant de leurs locaux principaux, soit 213 mètres carrés, comme affectées, au sens et pour l'application de ce plan local d'urbanisme, à un usage d'équipement collectif d'intérêt général. Ces surfaces relèvent par conséquent des autres activités au sens de l'article UI 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche. Le local accessoire de vente d'articles funéraires, d'une surface de 53 mètres carrés, bien que relevant de la même destination, est, pour sa part, affecté au commerce. Il en résulte que, au prorata des affectations, le projet de la SCI A, l'application de l'article UI 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Vern-sur-Seiche impose la création de seulement 6 places de stationnement automobile, que leur usage soit concédé au personnel des chambres funéraires ou aux visiteurs. Ainsi, dès lors que le projet contesté prévoit la création de 7 places de stationnement automobile, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il méconnaîtrait les dispositions de l'article UI 12.
11. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
12. Il ressort des pièces du dossier que la rue de la Motte, sur laquelle le projet trouve son accès, présente sur l'ensemble de son linéaire une largeur de chaussée importante de huit mètres ainsi que des accotements végétalisés. Si des camions stationnent déjà sauvagement à certains endroits de cette rue, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils le feraient dans le virage dans lequel se trouve l'accès du projet contesté ou que ce stationnement aurait pour effet d'engendrer des risques dans les autres parties concernées de la rue de la Motte. Si, ainsi que le fait valoir M. B, le projet contesté dispose d'une capacité maximale de vingt-six personnes dans les chambres funéraires et de vingt-sept personnes dans le magasin au sens de la réglementation des établissements recevant du public, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait destiné à accueillir à la fois un ensemble de cinquante-trois personnes dès lors que seule l'activité principale des chambres funéraires devrait générer une fréquentation du site, le magasin n'ayant objet que de capter cette clientèle de passage. M. B n'apporte par ailleurs aucun élément suffisamment précis et circonstancié permettant de supposer que le site accueillera pour chaque défunt sa capacité maximale autorisée pour les chambres funéraires et que les familles en visite s'y rendraient suivant un nombre de seulement deux personnes par véhicule. Il en résulte qu'il n'est pas établi que les sept places de stationnement prévues par le projet ne seraient pas suffisantes pour les besoins de l'activité du bâtiment faisant l'objet des travaux contestés ou que, dans l'hypothèse inverse, cela génèrerait un stationnement sauvage d'une importance telle qu'il en résulterait des risques pour la sécurité publique des usagers de la rue de la Motte. Pour les mêmes motifs, le trafic supplémentaire généré par le projet n'apparaît pas démesuré et il ne ressort pas des pièces du dossier que la rue de la Motte ne serait pas en mesure d'accueillir un tel trafic. Enfin, alors que le projet et le crématorium situé à 650 mètres au nord-est de celui-ci ne sont desservis que par des voies automobiles inadaptées à la circulation des piétons, à savoir notamment une route départementale, la circonstance que les visiteurs des chambres funéraires se rendent à pied au crématorium ou inversement apparaît improbable. Par suite, dès lors que les risques allégués par M. B apparaissent insuffisamment probables, et que la gravité de leur concrétisation n'est pas davantage établie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de Vern-sur-Seiche aurait commis une erreur manifeste d'appréciation à défaut d'avoir fait application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Vern-sur-Seiche, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2020 par lequel le maire de Vern-sur-Seiche a délivré un permis de construire à la SCI A et de la décision du 19 mai 2020 par laquelle son recours gracieux a été rejeté.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Vern-sur-Seiche, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Vern-sur-Seiche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
16. M. A n'étant pas partie à l'instance, la SCI A et lui ne peuvent valablement demander au tribunal de faire application, au bénéfice de celui-ci, des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées au titre de cet article par la SCI A et M. A doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : L'intervention de M. A n'est pas admise.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : M. B versera à la commune de Vern-sur-Seiche la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la SCI A et M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la commune de Vern-sur-Seiche, à la SCI A et à M. C A.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
W. ELe président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
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01/06/2026
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01/06/2026